Les charters 17 fois plus dangereux que les vols réguliers

le 17 août 2005 à 17h17 , mis à jour le 18 août 2005 à 15h57

Le crash d'un charter colombien au Venezuela, dans lequel ont péri 152 Français, ravive les inquiétudes sur ce type de vols, dont les accidents sont statistiquement supérieurs à ceux des compagnies régulières. Les règles de sécurité sont pourtant les mêmes pour tous.

roissy aéroport vue aérienne © INTERNE

Le nombre total d'accidents aériens tend à baisser mais continue d'impliquer une part significative de charters, pourtant mineurs dans le trafic. Selon une étude du Bureau d'Archives des accidents aéronautiques (BAAA, organisme basé en Suisse) menée sur dix ans (1994-2003), et citée par un rapport parlementaire français, "les vols charters représentent un potentiel de risque dix-sept fois plus élevé que les vols de ligne". Par rapport aux kilomètres parcourus, ces vols enregistrent en effet dix-sept fois plus d'accidents et près de trois plus de morts. Les grandes compagnies régulières représentent ainsi plus de 60% du trafic mondial mais moins d'un tiers des accidents. En 2004, sur les vols non réguliers, le nombre d'accidents mortels était de dix-huit ; sur des compagnies régulières, il était de neuf.

Si les règles sont les mêmes pour tous, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) - 188 Etats-membres - indique que chaque pays est responsable de la sécurité et du contrôle des compagnies aériennes, régulières ou charter, immatriculées sur son sol. En France, la direction générale de l'aviation civile (DGAC) affirme appliquer les mêmes exigences de sécurité à tous les transporteurs. Mais les deux accidents de charters en deux semaines relancent les inquiétudes sur ces vols, affrétés par des tour-opérateurs, le plus souvent sur des destinations estivales ignorées par les lignes régulières.

"Label bleu" contre "liste noire"

Un rapport parlementaire sur la sécurité aérienne pointait en 2004 "des zones géographiques plus dangereuses que d'autres", notamment l'Afrique ou l'Amérique du Sud, où certains pays font preuve de "laxisme" vis-à-vis des normes de l'OACI. "Chaque Etat est responsable de la sécurité de sa flotte. Mais si certains laissent voler des compagnies qui ont des problèmes financiers, et négligent pour cette raison la maintenance de leurs appareils, notre seule défense réside dans les contrôles inopinés", explique-t-on à la DGAC.

Concernant le contrôle des charters étrangers, qui représentent 70% de l'achat de sièges des tours-opérateurs français, la France participe au programme SAFA qui a pour but de contrôler l'état des avions étrangers présents sur les aéroports nationaux. Mais ces vérifications restent sommaires : elles ne s'attachent qu'aux documents de vol et à l'aspect extérieur de l'avion. La France s'est engagée à créer en 2006 un "label bleu" décerné aux compagnies aériennes les plus sres. Mais certains, comme le Syndicat des pilotes de ligne (SNPL) jugent cette mesure cosmétique et réclament une "liste noire" des compagnies non conformes.

Une proposition reprise mercredi par le commissaire européen aux Transports, Jacques Barrot : "Les Etats membres ont accepté à l'automne, au Conseil des ministres des Transports, de rendre publics les avions et les compagnies qui ont fait l'objet de mesures d'interdiction ou même de mesures de réduction de vol", a rappelé le vice-président de la Commission, qui s'exprimait sur BFM. "Nous espérons qu'avec ces informations qui vont être communiquées à la Commission, nous pourrons publier en quelque sorte une 'liste noire'. J'attends que le Parlement ait ratifié cet accord, et nous pourrions normalement à la fin de l'année disposer de cette 'liste noire' qui pourrait être mise à la connaissance des passagers par internet". Projet approuvé jeudi par Dominique Perben : pour établir une liste noire, "il faut un accord des 25 Etats, mais moi je pousse beaucoup, comme Jacques Barrot, comme l'Allemagne, comme l'Italie, comme la Grande-Bretagne... Il faut que nous y arrivions, car ce serait un élément supplémentaire de sécurité pour nos concitoyens", a affirmé le ministre des Transports.

Photo d'ouverture : vue aérienne de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle - DR

le 17 août 2005 à 17:17
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience