
Les fabricants de chaussures de luxe, Charles Jourdan Industrie et Kélian, sont en faillite. La direction de la première maison, qui emploie 250 salariés à Romans-sur-Isère dans la Drôme, a annoncé lundi lors d'un comité d'entreprise extraordinaire qu'elle déposerait le bilan dans la soirée, selon un syndicaliste. L'entreprise aurait accumulé 9 millions d'euros de dettes. Quelques heures auparavant, le tribunal de commerce de Romans a prononcé la liquidation judiciaire de la maison voisine, Stéphane Kélian Production qui emploie 143 salariés sur le site de Bourg-de-Péage.
Cette annonce a provoqué la colère des salariés qui ont essayé d'empêcher leur président-directeur général, Daniel Bagault, de reprendre sa voiture pour quitter le tribunal. Ils en ont finalement été dissuadés par les forces de l'ordre. Stéphane Kélian Production avait déposé son bilan le 11 août. Selon FO, la direction avait justifié le dépôt de bilan par une compétitivité insuffisante en matière de prix et de production, ainsi que par un endettement de 3 millions d'euros.
"La fin de la chaussure française"
L'industrie française de la chaussure, en perte de vitesse depuis 10 ans, n'est pas épargnée par la concurrence de la Chine dont les exportations vers la France ont bondi de 40% depuis janvier. "Je redoute la fin de la chaussure française. Si nous continuons ainsi, nous allons finir par perdre notre savoir-faire, notre capacité à développer des marques, des brevets et des produits de qualité", affirme Patrick Moniotte, président de la Fédération française de la chaussure.
Depuis 1994, la production française de chaussures a été divisée par trois. La France, qui produisait 155 millions de paires en 1994, n'en fabriquait plus que 53,3 millions en 2004, selon des statistiques de la fédération. Dans le même temps, les effectifs du secteur ont fondu : 13.380 employés (-13% par rapport à 2003) réparties dans 141 entreprises, contre 30.800 en 1994. Parallèlement, 127 millions de paires de chaussures chinoises étaient importées en France en 2004 contre 83 millions en 1994.
Selon la fédération, "les quotas mis en place en 1994 ainsi que les mesures anti-dumping avaient contenu le phénomène jusqu'en 2000/2001, avec même un net recul des importations chinoises en 1997 (60 millions de paires)". Mais les quotas ont été levés. Le secteur français tente depuis plusieurs années de se restructurer et de s'adapter en délocalisant tout ou partie de sa production. La fédération invoque les écarts de salaires : de 1 à 13 entre la France et la Lituanie, de 1 à 33 entre la France et la Chine. Elle dénonce des législations sociales rigides, des coûts de licenciements élevés et des restructurations juridiquement difficiles.
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