© INTERNELe tableau que dresse l'étude du cabinet de consultants en énergie écossais Wood MacKenzie est pour le moins pessimiste. Conclusion choc de ce rapport, intitulé "Le fin mot de l'histoire : les déséquilibres de produits pétroliers en Europe et leurs implications" : "un déficit substantiel de diesel va apparaître en Europe d'ici 2015, qui ne peut pas être comblé par des importations de Russie ou du Proche-Orient". Ce déséquilibre, précise une porte-parole de Wood MacKenzie, "il n'est pas trop tard pour l'éviter, mais des investissements importants sont nécessaires, pas seulement en Europe, mais au Proche-Orient et en Russie". En effet, peu de raffineries sont actuellement capables de produire des "distillats", à savoir des produits moyennement légers tels que le diesel, le gazole ou encore le kérosène pour avion.
Wood MacKenzie prévoit un déficit d'environ 50 millions de tonnes (Mt) par an de diesel en 2015, correspondant à quelque 20% de la consommation attendue à cette date. Il s'agit d'un creusement significatif comparé au déficit de 7 Mt prévu en 2005. L'Europe consomme actuellement environ 200 Mt par an de diesel, mais sa demande devrait nettement progresser, pour atteindre 280 Mt en 2015, selon cette étude. Cette croissance est due aux avantages fiscaux accordés ces dernières années en Europe pour inciter les chauffeurs à passer au moteur diesel, plus propre et économique en énergie que l'essence. Elle s'explique aussi par un envol de 30 Mt de la consommation de diesel attendu de la part des véhicules hors transport, tels que les tracteurs.
Les Etats-Unis et l'Asie-Pacifique seront aussi en déficit
"L'Europe va dépendre de plus en plus des importations de diesel d'autres régions", prévient Wood MacKenzie. Beaucoup supposaient jusqu'à présent que ces besoins croissants en diesel seraient couverts par une augmentation des importations en provenance de Russie et du Proche-Orient, ou encore d'Asie-Pacifique et des Etats-Unis. Mais malgré des investissements en cours dans ces pays, l'étude juge peu probable que ces régions aient suffisamment de diesel pour satisfaire la demande européenne. D'ailleurs, en 2015, les Etats-Unis et l'Asie-Pacifique seront également en situation de déficit.
"Cela veut dire que nous aurons besoin d'investissements majeurs dans des projets d'amélioration des raffineries partout dans le monde", observe l'étude. Les compagnies pétrolières ont peu investi dans de nouveaux systèmes de raffinage depuis les années 1970. Or l'hydrocraqueur nécessaire à la production de diesel cote très cher, et les compagnies dépensent déjà des milliards pour atteindre les objectifs européens de réduction des émissions en soufre.
Les automobilistes français ont dû payer au mois de juillet leur plein de carburant près de 16% plus cher qu'en juillet 2004, une conséquence directe de la flambée continue des prix du baril du pétrole. Un litre de gazole coûtait en moyenne en juillet, toutes taxes comprises, 1,05 euro, soit une hausse de 20,8% en un an, tandis que le litre d'essence (super sans plomb 95) valait 10,9% plus cher à 1,19 euro, soit une augmentation moyenne des carburants de 15,8%, selon les chiffres de la direction générale de l'énergie et des matières premières (DGEMP) au ministère de l'Economie.Les prix à la pompe en hausse de 16% entre juillet 2004 et 2005
Photo d'ouverture : archives
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