Liste noire : "Ce n'est pas suffisant"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 29 août 2005 à 11h58 , mis à jour le 29 août 2005 à 12h32

La France a publié lundi la liste noire des compagnies aériennes qui ne respectent pas les règles de sécurité. Le syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA) estime que ce n'est qu'un modeste pas dans le domaine de la sécurité aérienne qui nécessite bien plus.

Roissy tour de contrôle contrôleur aérien aéroport aviation (DR) © INTERNE

Après une série noire de cinq accidents d'avion depuis début août qui ont coûté la vie à plus de 300 personnes, la France a publié lundi la liste noire des compagnies aériennes qui ne respectent pas les règles de sécurité. En 2006, la Commission européenne publiera une liste rassemblant les compagnies aériennes interdites dans chaque Etat membre. Cette juxtaposition de listes noires n'entraînera toutefois pas une interdiction automatique de ces compagnies douteuses dans tous les pays européens. Stéphane Durand, secrétaire national du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA) et contrôleur aérien à Roissy estime que ce n'est qu'un modeste pas dans le domaine de la sécurité aérienne qui nécessite bien plus.

TF1.fr : Que pensez vous de cette liste noire ?

Stéphane Durand : C'est un pas pour la sécurité aérienne mais ce n'est pas suffisant. C'est peut être un leurre que l'on donne aux passagers pour les rassurer. A partir des contrôles au sol effectués sur les appareils, la France mais aussi les autres pays vont établir chacun leur propre liste sur des critères nationaux. Par exemple, une compagnie qui figurera sur la liste suisse des avions jugés dangereux pourrait ne pas l'être en France parce que venant très rarement, ses avions n'auront pas subi de contrôle. Il faudrait donc aborder la sécurité au niveau européen.

De plus, ces listes sont établies à propos de contrôles techniques effectués sur les appareils au sol et non en vol. Les aiguilleurs du ciel, acteurs majeurs de la sécurité aérienne, n'ont peu ou pas été consultés. La sécurité aérienne c'est aussi et surtout ce qui se passe dans le ciel, il ne faut pas l'oublier.

TF1.fr : Que proposez vous ?

S.D. : L'idée est de créer une base de donnée européenne basée sur l'ensemble des incidents recensés par les contrôleurs aériens. Ils ont l'obligation de reporter tous les problèmes susceptibles de mettre en cause la sécurité qu'un avion a pu subir lors de son vol (panne hydraulique, panne d’un réacteur par exemple). C'est ce qu'on appelle "une fiche de report d'incident". On demande à ce que toutes ces informations recueillies par les contrôleurs de chaque pays soient centralisées par une entité européenne pour pouvoir faire ensuite une liste d'information. En fonction de cette liste, chaque Etat pourra ou non autoriser une compagnie à venir sur son territoire. Quand on dit qu'il faut créer une base de données européenne, c'est aussi garantir une indépendance entre les compagnies et les contrôleurs aériens, ce sans quoi ces reports ne pourront être impartiaux…

 TF1.fr : Pour vous la libéralisation du transport aérien a aussi des conséquences sur le contrôle aérien. Vous citez par exemple les problèmes de panne de radars ?

S.D. : Oui. Dernièrement, il y a eu trois pannes de radar dans des centres de contrôle européens : à Londres et à Maastricht le 24 août ; à Milan, le 26. Ces pannes reviennent à bander les yeux du contrôleur aérien dont le travail consiste justement à diriger à partir de son écran les avions. A Milan, cette panne a duré 15 minutes. On a peu parlé de ces incidents par ce qu'il n'y a pas eu d'accident. Mais cela aurait pu arriver.

Pour nous, ces problèmes pourraient devenir récurrents si le processus de libéralisation accéléré par la mise en place du "Ciel unique" se poursuit. Le contrôle aérien est en train de suivre le même chemin que le transport aérien : on veut détruire des monopoles d'Etat pour donner naissance à des grands groupes concurrents avec pour objectif de diminuer les coûts. Cette dérégulation est un danger. Toute privatisation du contrôle aérien ne peut qu'entraîner l'inversion des priorités et faire passer la sécurité derrière la capacité et les coûts. Diminuer les coûts se fait toujours systématiquement au détriment des équipements et du recrutement des contrôleurs. Donc de la sécurité. Il s'agit de dénoncer l'évolution actuelle qui oublie que la mission première du contrôle aérien est la sécurité des passagers et des populations survolées. Le SNCTA n’est pas opposé à la construction d’une Europe du contrôle aérien mais pas sur un mode de compétition dont les passagers commencent à en subir les effets. Construisons une Europe du transport aérien mais pas sur un mode de compétition au détriment de la sécurité. Le SNCTA fera prochainement des propositions concrètes aux autorités des pays.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 29 août 2005 à 11:58
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

6 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Bryan, le 31/08/2005 à 09h47

    C'est bien l'avis d'un syndicat. Mais pas un mot de l'affaire du contrôleur de nice qui s'est endormi et a été réveillé par les gendarmes, et bien sur, contrôleur=fonctionnaire=zéro sanction. Niveau sécurité ce n'est pas mal non plus...

  • André, le 30/08/2005 à 11h37

    Bah une fois de plus, le gouvernement cherche à communiquer, à se faire mousser dans les médias sans faire grand-chose de concret, en nous proposant une liste noire bidon. Cette liste ne résoudra rien parce que les compagnies en question ne viendront pas chez nous et nous n'allons pas les prendre ici. J'appelle cela de la pure com' et les médias nationaux tombent comme d'habitude dans le panneau. On oublie l'affaire Aerocondor sur Paris-Agen: une compagnie portugaise obtient le marché pour un ATR. Ne disposant pas de l'avion, elle fait appel à une société danoise qui aura recours elle-même à une société lithuanienne qui pratique une liaison entière sur un moteur alors que les règles de sécurité élémentaires exigent qu'on se pose au plus vite. Citons également le cas d'un charter égyptien qui fait du rase-mottes au-dessus du centre-ville de Nantes à la recherche de l'aéroport. Bizarrement, ces compagnies ne figurent pas dans la liste.... Remarque, on pourrait les limiter à 115 km7h!

  • En Attendant, le 29/08/2005 à 19h50

    Encore une fois l'equipe de pingouins qui gerent la france n'a pas raté l'occasion de se faire remarquer une nouvelle fois par son incompetence ! C'est etrange , la plupart des compagnies qui devraient etre interdite viennent d'afrique , des pays arabes etc..., de grands copains de la france et il faut pas casser le business , le tourisme c'est des revenus tres important dans ces pays , alors on fait une reponse diplomatique pour ne pas citer certains pays ... ils sont donc irresponsables ! Une enieme fois ils privilegient les actionnaires et le profit , a la securité des passagers ! le capitalisme primaire sur fond de magouille geopolitique ! au fait qu'en est il du crash egyptien ... aux oubliettes ...

  • Jean-Abdoul Svenson, le 29/08/2005 à 15h29

    Donc la liste officielle francaise est : - AIR KORYO - AIR SAINT-THOMAS - INTERNATIONAL AIR SERVICES - LINEAS AER DE MOZAMBIQUE - TRANSAIRWAYS Ces compagnies ne desservent de toute façon pas la France. Sérieusement, les ronds de cuir qui se sont penchés là-dessus se foutent de la gueule du monde. Ils trouvent cinq (cinq !!!) compagnies ridicules et évitent d'en lister des dizaines, dont bon nombre viennent en France quotidiennement. Liste Italie + GB + Suisse a donné : - toutes compagnies de Gambie, - Libéria, - Guinée Equatoriale - Tadjikistan, - plus Star Air et Air Universal ( Sierra Leone) , - Cameroon Airlines, - Albanian Airlines, - Central Air (Congo) - Silk Way ( Aizerbadjian) - Flash Airlines ( Egypte) - Hemus Air ( Bulgarie) - Jr Excutive ( Liban), - Premium Air ( Nigeria) - Uniporavia ( Ukraine) , - Gir jet (Espagne) Liste Belgique : - Africa Lines (République centrafricaine), - Air Memphis (Egypte), - Air Van Airlines (Arménie), - Central Air Express (République démocratique du Congo), - ICTTPW (Libye), - International Air Tours Limited (Nigeria), - Johnsons Air Limited (Ghana), - Silverback Cargo Freighters (Rwanda) - South Airlines (Ukraine). JAS

  • Pacal, le 29/08/2005 à 14h27

    Et pourquoi que les compagnies aériennes??? Et ne croyez vous pas qu'il faudrait aussi baser ces analyses sur les compétences des contrôles aériens, ceux des aéroports, des personnels au sol??? Non, on va attendre les prochains morts pour se rendre compte qu'il faut tout prendre en compte!!! On est vraiment nase !!!

  • Franck, le 29/08/2005 à 13h04

    Enfin les mots sont prononcés ! "Faire passer la sécurité derrière la capacité et les coûts" Evidement, pour une société payer à la fois des actionnaires et des salariés devient difficile. Si en plus il y a des faux frais de sécurité ... Le libéralisme c'est cela, et La publicité du X,XX? SEULEMENT aussi ! Pour voyager (que se soit pour des raisons professionnelles ou de vies privées il faut accepter d?être facturé du vrai prix. Donc de payer des pros aux tarifs du même nom. Un point c'est tout. Sinon c'est le crash.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience