© INTERNEAprès une série noire de cinq accidents d'avion depuis début août qui ont coûté la vie à plus de 300 personnes, la France a publié lundi la liste noire des compagnies aériennes qui ne respectent pas les règles de sécurité. En 2006, la Commission européenne publiera une liste rassemblant les compagnies aériennes interdites dans chaque Etat membre. Cette juxtaposition de listes noires n'entraînera toutefois pas une interdiction automatique de ces compagnies douteuses dans tous les pays européens. Stéphane Durand, secrétaire national du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA) et contrôleur aérien à Roissy estime que ce n'est qu'un modeste pas dans le domaine de la sécurité aérienne qui nécessite bien plus.
TF1.fr : Que pensez vous de cette liste noire ?
Stéphane Durand : C'est un pas pour la sécurité aérienne mais ce n'est pas suffisant. C'est peut être un leurre que l'on donne aux passagers pour les rassurer. A partir des contrôles au sol effectués sur les appareils, la France mais aussi les autres pays vont établir chacun leur propre liste sur des critères nationaux. Par exemple, une compagnie qui figurera sur la liste suisse des avions jugés dangereux pourrait ne pas l'être en France parce que venant très rarement, ses avions n'auront pas subi de contrôle. Il faudrait donc aborder la sécurité au niveau européen.
De plus, ces listes sont établies à propos de contrôles techniques effectués sur les appareils au sol et non en vol. Les aiguilleurs du ciel, acteurs majeurs de la sécurité aérienne, n'ont peu ou pas été consultés. La sécurité aérienne c'est aussi et surtout ce qui se passe dans le ciel, il ne faut pas l'oublier.
TF1.fr : Que proposez vous ?
S.D. : L'idée est de créer une base de donnée européenne basée sur l'ensemble des incidents recensés par les contrôleurs aériens. Ils ont l'obligation de reporter tous les problèmes susceptibles de mettre en cause la sécurité qu'un avion a pu subir lors de son vol (panne hydraulique, panne d’un réacteur par exemple). C'est ce qu'on appelle "une fiche de report d'incident". On demande à ce que toutes ces informations recueillies par les contrôleurs de chaque pays soient centralisées par une entité européenne pour pouvoir faire ensuite une liste d'information. En fonction de cette liste, chaque Etat pourra ou non autoriser une compagnie à venir sur son territoire. Quand on dit qu'il faut créer une base de données européenne, c'est aussi garantir une indépendance entre les compagnies et les contrôleurs aériens, ce sans quoi ces reports ne pourront être impartiaux…
TF1.fr : Pour vous la libéralisation du transport aérien a aussi des conséquences sur le contrôle aérien. Vous citez par exemple les problèmes de panne de radars ?
S.D. : Oui. Dernièrement, il y a eu trois pannes de radar dans des centres de contrôle européens : à Londres et à Maastricht le 24 août ; à Milan, le 26. Ces pannes reviennent à bander les yeux du contrôleur aérien dont le travail consiste justement à diriger à partir de son écran les avions. A Milan, cette panne a duré 15 minutes. On a peu parlé de ces incidents par ce qu'il n'y a pas eu d'accident. Mais cela aurait pu arriver.
Pour nous, ces problèmes pourraient devenir récurrents si le processus de libéralisation accéléré par la mise en place du "Ciel unique" se poursuit. Le contrôle aérien est en train de suivre le même chemin que le transport aérien : on veut détruire des monopoles d'Etat pour donner naissance à des grands groupes concurrents avec pour objectif de diminuer les coûts. Cette dérégulation est un danger. Toute privatisation du contrôle aérien ne peut qu'entraîner l'inversion des priorités et faire passer la sécurité derrière la capacité et les coûts. Diminuer les coûts se fait toujours systématiquement au détriment des équipements et du recrutement des contrôleurs. Donc de la sécurité. Il s'agit de dénoncer l'évolution actuelle qui oublie que la mission première du contrôle aérien est la sécurité des passagers et des populations survolées. Le SNCTA n’est pas opposé à la construction d’une Europe du contrôle aérien mais pas sur un mode de compétition dont les passagers commencent à en subir les effets. Construisons une Europe du transport aérien mais pas sur un mode de compétition au détriment de la sécurité. Le SNCTA fera prochainement des propositions concrètes aux autorités des pays.
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