© DRLe prix du silence. On connaissait le chantage à l’emploi, les salariés contraints de réduire leurs salaires ou d’allonger leur temps de travail pour empêcher une délocalisation, ceux qui se voyaient proposer de conserver leur emploi mais… en Roumanie et pour 300 euros par mois, voici une nouvelle illustration du peu de marge de manœuvre des salariés. Une entreprise mosellane, qui délocalise sa production vers la Chine, veut imposer le silence à ses salariés licenciés - notamment vis-à-vis de la presse - en les menaçant de les priver de leurs indemnités de licenciement.
Après s’être fait signifier leurs licenciements de 31 mai dernier, les 25 salariés de l’Orfèvrerie Barenthal ont obtenu des indemnités supplémentaires à celles prévues dans le cadre d’un licenciement économique en échange de l’engagement de ne pas contester la procédure devant les Prud’hommes. L’entreprise, reprise il y a moins de deux ans par un Américain d’origine chinoise alors qu’elle était en dépôt de bilan, a d’abord proposé 2.000 euros. "Après de longues et houleuses négociations, les salariés ont obtenu des indemnités de 11.000 euros", explique Bernadette Hilpert, secrétaire générale de la CGT pour la région de Sarreguemines. Sur ce, l’été arrive.
"Ils signeront"
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| Peggy Wambst |
Selon la CGT, ce texte porte "atteinte aux droits fondamentaux des salariés". Ce texte est "anormal" et comporte des "dispositions illégales qui touchent aux droits fondamentaux des personnes", a estimé, pour la préfecture de Moselle, M. Michel Bernard, sous-préfet de Metz-Campagne. "Les signataires ne sont pas tenus par les engagements illégaux qui conditionnent le versement d'indemnités supra-légales", a ajouté le haut fonctionnaire. Les salariés licenciés, en majorité des femmes qui ont passé la majeure partie de leur vie dans l'entreprise, ont rencontré la direction de l’Orfèvrerie lundi mais celle-ci refuse de revenir en arrière et argue qu’elle a elle-même élaboré le document avec un avocat. Selon Peggy Wambst, l’une des salariées licenciées, "la plupart signeront, ils n’ont pas le choix". La jeune femme de 33 ans s’offusque de la façon dont se passent les choses. "J’ai l’impression d’être dans un pays communiste où nous n’aurions pas de liberté d’expression". Déjà 11 salariés semblent avoir signé l’accord.
Photo d'ouverture : un exemplaire du "protocole transactionnel" fourni par l'Orfèvrerie Barenthal à ses salariés - DR
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