
Confronté à la colère des syndicats contre la privatisation de la SNCM, fortement déficitaire (29,7 millions d'euros en 2004) et menacée de dépôt de bilan, le gouvernement a rapidement fait un geste mardi en souhaitant rester "actionnaire minoritaire" de la compagnie maritime. "J'ai décidé, en liaison avec mon collègue Thierry Breton, ministre des Finances, d'envisager avec le groupe Butler, qui est donc le groupe repreneur, le maintien de l'Etat comme actionnaire minoritaire, et j'ai donc demandé à M. Butler de nous faire des propositions en ce sens", a déclaré le ministre des Transports Dominique Perben à France Info. Refusant de donner des précisions sur le montant de la part minoritaire que l'Etat souhaitait conserver, le ministre a simplement indiqué : "Je fais une ouverture, je pense que M. Butler doit nous faire une proposition".
Plus tôt dans la journée, le ministère avait pourtant annoncé que le gouvernement avait retenu l'offre du fonds d'investissements Butler Capital Partners pour la reprise totale de la compagnie maritime publique. Butler a proposé de racheter la SNCM pour 35 millions d'euros avec une recapitalisation de l'Etat de 113 millions d'euros - une reprise qui se traduirait par un plan social entraînant 350 à 400 suppressions d'emplois sur les 2.400 que compte la compagnie. Mais après l'intervention de Dominique Perben revenant sur cette reprise totale, le secrétaire général des marins CGT de la SNCM Jean-Paul Israël a déclaré attendre davantage du ministre des Transports. "Nous ne nous contentons pas de la réponse du ministre Perben. Il nous faut des garanties sur le périmètre de la SNCM, des garanties sur la voilure, les emplois et la flotte", a-t-il déclaré sur France 3.
Les élus locaux à la rescousse
A Marseille, le conflit de la SNCM s'est brutalement aggravé, une grève bloquant toute l'activité du Port autonome tandis qu'un navire de la SNCM, le Pascal Paoli, était détourné vers la Corse par les marins du Syndicat des travailleurs corses (STC). Selon un haut responsable de l'administration, proche du dossier, c'est une trentaine d'hommes, en majorité encagoulés et sans armes, qui ont pris le contrôle du bateau. Le parquet de Marseille a ouvert une procédure pour détournement de navire dans le cadre d'un "crime flagrant", équivalant aux yeux de la loi à un détournement d'avion par des pirates de l'air. Ce crime est passible de 20 ans de réclusion. A Bastia, des marins grévistes de la SNCM ont bloqué le chargement de deux navires et des heurts violents ont opposé en soirée gendarmes mobiles et sympathisants du STC.
Plusieurs élus locaux se sont aussi mêlé au débat, avant l'intervention de Dominique Perben, protestant contre le projet de privatisation de la SNCM. Ainsi, le maire de Marseille et président délégué de l'UMP, Jean-Claude Gaudin, a demandé que "l'Etat reste partie prenante au capital" de la SNCM et y conserve "une participation significative". De même, le député-maire de Bastia Emile Zuccarelli (PRG) a estimé que "le gouvernement doit revoir sa copie" car sa décision de "céder la totalité de l'actif de la SNCM au fonds d'investissements Butler Capital Partners est inacceptable".
Photo d'ouverture : le cargo mixte Pascal Paoli faisant route vers la Corse - DR
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