
La décision de la DGAC concernant la Cameroon Airlines menace de dégénérer en controverse franco-camerounaise - et les liaisons aériennes sont les premières à en faire les frais. Air France a officiellement suspendu ses liaisons Paris-Douala "jusqu'à lundi inclus". La compagnie belge SN Brussels Airlines (ex-Sabena) a, elle, annoncé avoir annulé ses vols vers le Cameroun samedi après qu'un de ses appareils n'eut pas été autorisé à embarquer ses passagers la veille au soir à Yaoundé. La compagnie suisse Swiss -qui a trois liaisons par semaine vers le Cameroun- assure son prochain vol pour Douala mardi. Selon son porte-parole, Swiss attend de voir comment la situation évoluera pour décider d'annuler ou non ses vols.
A l'origine de cette tension : la décision française, annoncée vendredi, de bannir la compagnie aérienne Camair (Cameroon Airlines) de son ciel pour des raisons de sécurité. Après avoir repéré à plusieurs reprises depuis le mois de mai "de nombreux écarts aux normes internationales" sur les appareils de Camair, la DGAC avait demandé un audit indépendant avant le 15 septembre, mais celui-ci "n'a pas été réalisé dans des conditions satisfaisantes", a expliqué une de ses porte-parole. Les manquements constatés portaient notamment sur une documentation périmée, des pneus usés au-delà des limites, ou encore des chargements en soute non conformes. "La suspension pourra être levée dès que des résultats d'audit satisfaisants auront été transmis", concluait-elle.
"Air France (...) n'est pas étrangère à cette cabale"
Conséquence immédiate de l'annonce de cette décision, vendredi, un avion Air France qui volait en direction de Douala a préféré faire demi-tour vers Roissy, invoquant un défaut possible d'assistance sur cet aéroport. De sources concordantes, Air France aurait craint des mesures de rétorsion en atterrissant. Au Cameroun, la décision des autorités françaises a été une surprise, mais le ministre camerounais de la Communication Pierre Moukoko Mbonjo a assuré vendredi soir qu'"aucune mesure de représailles n'était envisagée par les autorités" de son pays contre la compagnie Air France au Cameroun.
Un avis que ne partagent pas les quatre syndicats de personnels de la Camair. "En attendant que la DGAC revienne à plus d'honnêteté et d'objectivité, la compagnie Air France et ses alliées desservant le Cameroun sont priées de suspendre leurs vols de et vers le Cameroun jusqu'à nouvel avis", ont-ils déclaré. "Nous, personnels de Cameroon Airlines, bien instruits de la qualité de nos avions et des dossiers relatifs, informons nos clients de ce que Air France (...) n'est pas étrangère à cette cabale", ont-ils ajouté, affirmant que la suspension de la Camair visait "à favoriser Air France et à nuire au redécollage de Cameroon Airlines". Vendredi soir, des personnels de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen ont momentanément fermé la piste après l'atterrissage d'un avion de la compagnie Brussels au motif qu'il voulait, selon les manifestants, "emporter des passagers d'Air France". Le directeur général de l'Autorité aéronautique du Cameroun, Ignatius Sama Juma, a lancé vendredi soir à Yaoundé un appel au calme. "Il n'y a pas de guerre camerounaise contre Air France et la situation va se normaliser rapidement", a-t-il affirmé devant la presse. Appel qui n'a semble-t-il convaincu ni Air France, ni Brussels Airlines...
Cameroon Airlines, détenue à 96,4% par l'Etat camerounais et à 3,6% par Air France, opérait jusqu'à présent 4 vols aller-retour par semaine entre Roissy et la ville de Douala. Surnommée "Air Peut-être" pour ses retards légendaires, la Camair, en sérieuses difficultés financières depuis plusieurs années, est en passe d'être privatisée. Le transporteur camerounais rejoint cinq autres compagnies sur la liste noire française: la LAM (Linhas Aéreas de Moçambique), Air Koryo (Corée du nord), Air Saint-Thomas (Etats-Unis), International Air Service (Liberia) et Phuket Airlines (Thaïlande).
Photo d'ouverture : archives
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