© AFP/BORIS HORVATLa grève s'est durcie vendredi à la SNCM avec le ralliement du syndicat corse STC qui menace de bloquer l'accès des ports de la Corse aux navires des autres opérateurs maritimes pour protester contre la privatisation envisagée de la compagnie maritime publique. L'errance des passagers, otages de ce conflit, est en revanche terminée, la Société nationale Corse Méditerranée ayant assuré que les quelques 700 passagers bloqués et ballottés entre Toulon et la cité phocéenne, ces derniers jours, avait embarqué en début de soirée dans deux ferries pour l'Algérie.
Vendredi, le STC (nationaliste, 2e syndicat) a déposé un préavis de grève pour jeudi prochain, "après être tombé d'accord avec la CGT sur la base suivante : un non ferme et définitif à toute privatisation et le maintien de la SNCM dans le giron public", a déclaré Alain Mosconi, le numéro 1 du STC-marins. "Si l'Etat (...) annonçait un dépôt de bilan ou la cession à une entité privée, il est évident qu'on se passerait du préavis", a-t-il prévenu.
Au rabais
Lundi, une réunion cruciale en préfecture de région à Marseille fera le point sur les propositions des fonds d'investissement Butler Capital Partners et Caravelle, les deux candidats à une reprise totale de la SNCM. Les représentants syndicaux des 2.400 salariés dénoncent un projet de vente au rabais de la compagnie publique - le chiffre de 15 millions d'euros circule alors que les actifs de la SNCM se montent à entre 700 et 800 millions d'euros - et craignent un plan social douloureux. La CGT-marins a indiqué qu'elle pourrait consentir à un plan social "acceptable" si la SNCM reste "publique et d'entité nationale". Pierre-André Martel, président de la holding Caravelle, "toujours partante" pour reprendre la totalité de la SNCM, a qualifié vendredi d'"excessifs" et "surréalistes" les chiffres évoqués dans la presse de 700 à 800 suppressions de postes. "Nous n'avons pas l'intention de supprimer de ligne", a-t-il assuré. L'autre repreneur potentiel, Butler, n'a pas l'intention de procéder à un "dépeçage d'actifs" ni de mettre en place un plan social brutal ou de fermer des lignes vers le Maghreb, a indiqué une source proche du dossier.
Jusqu'alors en retrait, les responsables politiques corses, les présidents de l'Assemblée de Corse, le député UMP Camille de Rocca Serra, et du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse (CTC), l'UMP Ange Santini, ont eu une réunion au ministère des Transports à Paris. A leur sortie, ils s'en sont remis à l'Etat "pour que sa compagnie soit mise en situation de pouvoir assurer le service public". Les élus de l'opposition de gauche ou nationaliste ont critiqué la lenteur de la réaction des responsables UMP.
Après l'annonce lundi d'une probable privatisation totale de la compagnie, la flotte de la SNCM a été progressivement paralysée par une grève sauvage des marins CGT depuis mardi soir, entraînant une situation chaotique pour plus d'un millier de passagers en partance pour le Maghreb. "Je comprends l'exaspération des clients, je reconnais que l'on a beaucoup de progrès à faire dans la gestion de ce genre de crise", a déclaré le PDG de la SNCM Bruno Vergobbi, ajoutant qu'"au plan humain, ce sont des choses qui ne sont pas acceptables".
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