"Les employeurs ne me serrent pas la main"

Par Par Sophie LUTRAND, le 04 octobre 2005 à 17h46 , mis à jour le 05 octobre 2005 à 14h46

A 50 ans, Dominique vit seule à Nancy grâce à sa pension d'invalidité. Depuis la découverte de sa séropositivité en 88, elle a enchaîné les petits boulots mais à chaque entretien d'embauche la question de sa maladie se pose... et le travail s'envole.

sida sac sidaction © DR

Séropositive depuis 1988 et soignée en trithérapie depuis 1996, Dominique a été reconnue invalide à 80%. Même si c'est ce qui lui permet de vivre, la pension d'invalidité de 680 euros par mois la pénalise dans sa recherche d'emploi. "Récemment, l'ANPE m'a proposée de suivre une formation mais la médecin du travail a vu dans mon dossier que je bénéficiais des aides Cotorep (commission technique d'orientation et de reclassement professionnel, ndlr). Elle a voulu connaître ma maladie, j'ai refusé de lui dire et je n'ai pas pu faire la formation", explique Dominique. En quatre ans, l'ANPE ne lui a proposé aucune offre d'emploi.

De son côté, lorsqu'elle se présente à un entretien d'embauche, c'est le même blocage : "les employeurs voient dans mon dossier que je suis ‘invalide', font le lien avec le ruban rouge que je porte sur moi et, s'ils me serraient la main pour me saluer en début d'entretien, c'est sans contact qu'ils me raccompagnent à la porte". Car Dominique refuse de se "cacher vis-à-vis de cette maladie de la honte". "Je demande juste à vivre comme tout le monde", avoir un travail, un salaire, des amis.

Le travail ? Elle s'en sent capable malgré le traitement, 5 cachets le matin, 8 le soir et les autres pour pallier les effets secondaires. Depuis douze ans, elle travaille bénévolement dans une association près de 30h par semaine. "Je pense donc pouvoir au moins assumer un mi-temps dans une activité salariée". En attendant, c'est là galère: "je suis au bord du gouffre, je n'arrive plus à payer mes factures, je ne peux même pas me soigner pour mon hépatite C faute de mutuelle. Si je ne trouve pas de boulot, je vais me retrouver à la rue. Mais la précarité des séropositifs, on n'en parle jamais", déplore-t-elle. Quant à l'évolution des mentalités, Dominique n'en voit aucune, "j'ai même l'impression qu'on régresse", déplore-t-elle.

Photo : sac en vente à la boutique de l'association Sidaction.

Par Par Sophie LUTRAND le 04 octobre 2005 à 17:46
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10 Commentaires

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  • Thierry FOUCHER, le 06/10/2005 à 10h42

    Sébastien, Paris CACHE C'EST BIEN BEAU MAIS QD TU ES SOUVENT EN ARRET MALADIE IL FAUT AUSSI EXPLIQUER A LEMPLOYEUR POURQUOI TU TOMBES SOUVENT MALADE SINON LES EMPLOYEURS CROIT QUE TU ES FAINEANT ! je suis seropo depuis 12a et en tri depuis 4 mois je suis souvent en maladie car c pas evident de supporter un tel traitement crois moi sebastien.....

  • Dominique, le 05/10/2005 à 18h11

    Je ne suis pas du tout naîve c'est mon choix de ne pas me cacher.Ce sont justement des réactions comme celle de Sébastien de Paris qui fait que je continuerais ce combat contre les discriminations,l'intolérance,l'exclusion.Je pense que certaines personnes devraient relire LES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN article 23 et 25 .Tout être humain a droit de garder sa dignité.

  • Lo-Ran, le 05/10/2005 à 17h17

    Précision à Eric, Montpellier : il semble (mais il faut une confirmation) que les "grandes boites" ont une obligation de moyen et de résultat sur l'aspect social de la gestion des ressources humaines. Concrètement, elles se doivent d'être des entreprises citoyennes et sociales. Bien entendu cela suppose un surcout, c'est pourquoi (et on peut le comprendre) les PME/TPE ne le peuvent pas (sauf certaines lois comme avoir 10% de cotorep à partir de X salariés). Donc les grandes boites "FONT" aussi du social.

  • Lo-Ran, le 05/10/2005 à 17h14

    Ben tiens ... Si vous, internautes, vous aviez comme collègue une personne malade du SIDA, comment réagiriez-vous ? Comme l'employeur de Dominique ou comme la plupart d'entre nous ? Soyez HONNETES. Pas sur que vous vous comportiez comme il FAUDRAIT se comporter... je ne donnerai PAS de leçon, n'étant pas capable de donner l'exemple (c'est mal, c'est contre la tolérance, mais la réaction est difficile). Publiez moi SVP, car je serai curieux de voir les réactions.

  • Sébastien, le 05/10/2005 à 16h03

    Cette femme est trop naive; il faut cacher à tous cette maladie, sinon on est exclu socialement. Même si sur le plan moral et humain c'est anormal, on peux comprendre qu'une employeur n'ait pas envie d'embaucher des personnes susceptibles d'etre souvent en maladie, ou de créer des problemes relationnels dans les services. Un bon conseil aux séropositifs : cachez à tous votre maladie, famille comprise; vous ne vous sentirez ainsi pas rejetés.

  • Eric, le 05/10/2005 à 13h58

    Arrêtez d'être naïf, à croire que certains découvrent la réalité du monde. Un employeur voit les intérêts de son entreprise. Un recrutement est un investissement et a donc un coût. Une entreprise n'est pas là pour faire du social et elle ne peut en faire. Pour que ces personnes ne deviennent pas des exclus dans la société il faut une concertation avec les entreprises, les syndicats, les pouvoirs public pour une prise en charge et un financement de l'insertion des personnes vulnérables dans le monde du travail, où chacun verra un intérêt. Seulement dans un pays où tout est basé sur la confrontation, la lutte, ou le compromis n'est pas dans la culture politique, ou l'endoctrinement idéologique à gauche comme à droite jettent les uns et les autres à se combattre, ou le corporatisme est tel qu'il tue l'intérêt général

  • Alain portier, le 05/10/2005 à 13h48

    Moi non plus l'ANPE ne m'a rien trouvé, même pas une offre que je refuserais, histoire de me radier. Je ne suis pas séropositif, j'ai été père au foyer durant 3 ans pour mes enfants, mettez ça sur un CV pour voir.

  • MORLOF, le 05/10/2005 à 11h46

    Article démontrant une fois de plus l'inhumanité, l'absurdité, l'indifférence des hommes vis à vis des plus faibles... Quant à l'attitude des employeurs, rien d'étonnant, dans un système capitaliste libéral, seule la productivité compte : les handicapés, les immigrés,les malades, les gros,les moches n 'ont pas leur place et si demain les patrons pouvaient réembaucher de jeunes enfants valides et en pleine santé, ils n hésiteraient pas... Qui oseraient prétendre que les patrons sont intelligents, après ce genre de témoignage ? Mais comme dirait la patronne du MEDEF, le travail et la santé sont précaires, par contre la bêtise humaine elle, elle est permanente chez la majorité des employeurs et de beaucoup de nos concitoyens qui ont peur des malades du SIDA...

  • Vastre, le 05/10/2005 à 11h23

    Le cas de Dominique est poignant. Cependant, il est légitime de s'interroger sur la façon de faire les campagnes anti-SIDA. Généralement, elles ont pour objet de ficher la trouille à ceux qui ne l'ont pas encore afin de les convaincre de se protéger. En fait, des explications objectives et simples sur les moyens de transmission du virus seraient bien préférables. Les gens sont capables de comprendre les enjeux et de faire de la prévention.

  • Laurent, le 05/10/2005 à 11h04

    La France le pays du rêve enfin presque? messieurs les au lieu de donner les 10 millions a Mr Tapis que le gouvernement lui doit, donner le a des association pour les personnes qui en on vraiment besoin? les employeurs sont tous les mêmes aucune pitié quand quelqu?un est un peu différent.

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