"C'est ma collègue qui me fait les piqûres"

Par Par Sophie LUTRAND, le 05 octobre 2005 à 10h16 , mis à jour le 05 octobre 2005 à 11h04

Cas atypique, rarissime ? Depuis plus de 10 ans, Madeleine, séropositive, est soutenue à bout de bras par sa hiérarchie et ses collègues. "Quand mes résultats sont encourageants, on débouche le champagne".

Sida T-shirt sidaction © DR

" Je vis tout le contraire de ce que je lis dans la presse ou vois à la télé ". Séropositive depuis 16 ans, Madeleine estime être "portée par ses collègues". Madeleine a 40 ans et travaille dans une agence de publicité depuis 12 ans. "Quand je me suis fait embaucher, je n'ai pas parlé de ma séropositivité". Mais deux ans plus tard, la maladie se déclare et c'est l'apparition de la première infection opportuniste. Le traitement est très lourd, Madeleine se "sent mourir" et s'accroche au travail. A son retour dans l'entreprise, elle ne veut plus mentir. "J'ai convoqué ma directrice et je lui ai dit le plus simplement du monde que j'étais séropositive, qu'il me fallait un mi-temps pour me soigner mais que c'était elle qui décidait : elle pouvait me virer ou me garder", raconte Madeleine. Sa chef ouvre de grands yeux mais n'hésite pas une seconde : "ta place est avec nous, gère ta maladie du mieux que tu peux et ne t'en fais pas pour les absences". Dans la foulée Madeleine prévient ses deux plus proches collègues : "Je passe plus de 9 heures par jour avec elles, je ne voulais pas leur faire courir de risque dans le cas où je me blesserais". Même réaction généreuse, elles lui disent : "on va se battre ensemble".

Le virus de Madeleine est dit "mutant" et elle est "en plein échappement thérapeutique". "Cela veut dire que tous les six mois je dois changer de traitement et là, j'ai utilisé toutes les molécules sur le marché à ce jour". Le dernier impliquait des piqûres quotidiennes dans le ventre : "A force, j'avais des nodules très douloureux et seule, je ne peux pas me piquer dans le dos". Une de ses collègues lui propose d'elle-même de venir plus tôt le matin pour lui faire les injections : "vous vous rendez compte jusqu'où va leur soutien", s'exclame-t-elle. Quand les examens sont positifs, les collègues débouchent le champagne, quand ils sont mauvais, elles lui remontent le moral.

Au début cependant, sa chef avait appelé son médecin pour savoir si Madeleine était contagieuse : "c'était il y a plus de 10 ans et c'était surtout un problème de connaissance de la maladie. Et puis, il faut être tolérant dans les deux sens, montrer aux autres que l'on peut travailler, être efficace", estime, compréhensive, Madeleine... "Aujourd'hui, c'est devenu ‘notre' combat. Mes collègues ont appris à relativiser leurs pépins de santé et pour moi, leur soutien est inestimable".

Par Par Sophie LUTRAND le 05 octobre 2005 à 10:16
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15 Commentaires

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  • Jeannie Riedinger, le 08/10/2005 à 14h06

    Qu'on ne parle pas le charité, aucun malade n'a envie d'être l'objet de la charité des autres; Si nos amis se comportent comme si rien n'était, la ils ont tout compris; bravo tout de même à ceux qui font preuve de compassion, c'est important mais surtout important de ne pas le montrer; j'ai appris hier que je suis atteinte d'un cancer, les amies que j'ai informées m'ont dit "et ton mari?" c'était la bonne question et je les en remercie même si elle ne me liront pas.

  • Johanna, le 06/10/2005 à 11h43

    Cela me fait chaud au coeur de voir ces réactions: enfin des gens "humains" agissant de manière intelligente. Bravo et courage.

  • Cotaire18, le 06/10/2005 à 05h49

    Je suis tres toucher par ce que j'ai lu.cela me donne du courage.et je dit a madelaine quel est tres courageuse d'avoir dit a sa chef quel est seropositive.contrairement amoi je n'ose pas en parler.si marlene pouvais m'envoyer un message je serais tres contente.merci a vous

  • Françoise, le 06/10/2005 à 00h24

    J'ai un ami HIV+ depuis 1988. Sa maladie, en fait les effets secondaires des traitements, l'on contraint à abandonner son travail debout, et il a dû être licencié. Il y a plusieurs types de problèmes SIDA/travail, et il est plus facile d'avouer sa maladie et de la vivre en fonction du niveau de formation et du milieu de travail. Ce pendant, bonne nouvelle pour mon ami : avec 5 molécules (certaines n'ayant pas encore l'A.M.M., mais le Professeur qui le suit fait partie de la commission d'attribution, ça aide ! ), il a vu remonter son taux de T4 (attention : si le taux remonte trop, on peut perdre sa pension d'invalidité ! ), et le HIV est devenu indétectable. Mais 14 médicaments par jour, à prendre à certaines heures, à conserver au frais, à prendre avant ou après tel ou tel repas, avec plein d'effets secondaires gênants, ça pourrit la vie quotidienne, ça limite le nombre et le type d'activités, et ça implique de pouvoir trouver des amis capables de comprendre le fonctionnement du virus, et habitués à vivre avec des personnes ayant des contraintes de santé. Là encore, le milieu social et le lieu de résidence ont une extrême importance contre l'isolement et la dépression. Il n'y a pas beaucoup d'anciens activisyes d'Act Up, en province, même dans une capitale régionale...

  • Ta collegue, le 05/10/2005 à 21h21

    Madeleine..... Merci pour ton témoignage, mais tout ceci me semble très naturel. ailleurs ....d'autres "piqueuses occasionnelles" s'appliquent sans doute à leur tache en faisant moins de bleus que je n'en fais. En tous cas on continue. Rien ne peut nous arreter,pas meme la betise. Je t'embrasse... G. Ta collègue

  • Albert Wesker, le 05/10/2005 à 21h09

    C'est tout simplement incroyable cette histoire!!! Incroyable que cette dame courageuse n'ait pas été rejetée comme une pestiférée, comme cela se fait si souvent malheureusement! Toutefois, j'aime à penser que cette histoire n'est pas un cas isolé, et si c'est le cas, c'est vraiment dommage qu'on n'en parle pas plus... De gros bisous à Madeleine et à ses colègues! Et aussi un grand merci à eux, de nous prouver que la solidarité et l'amitié existent encore dans le milieu du travail!

  • Thierry foucher, le 05/10/2005 à 20h50

    Je comprends ce que vit cette femme ! c honteux car moi je suis aussi sero+ depuis 12 a en traitement depuis juin, je trouve pas normale que nous devions continuer a travailler, on devrait etre pris en charge totalement par l'etat! alors que dautres ne bossent pas et epuise la secu alors quils nont aucun soucis de sante! il faut ns permettre de ne plus travailler moi aussi je lutte pour continuer a bosser car je gagne 1500 euro et si je me mets en handicap je suis a 750 euro par mois alors comment faire pr vivre avec 750 euros qd on a deja 600 euros de loyer ! c bien dencourager cette felmme mais il faut fr changer la loi pr que enfin NOUS SEROPO PUISSIONS EVITER DE BOSSER ! c dur a vivre au quotidien et tres difficile de travailler avec des gens car on risque des maladies opportunistes a chaque instant, si qquna la grippe par exemple, on tombe malade et on ne peut pas se fr vacciner nous !

  • Zazie, le 05/10/2005 à 20h15

    Envoyer cet article à tous les employeurs et,surtout aux syndicats permanents au sein des entreprises afin qu'ils méditent que la solidarité se fait au sein de l'entreprise et non dans la rue

  • Jo, le 05/10/2005 à 19h09

    Ceci est véritablement un exemple de charité et de solidarité. Bravo pour tous les collègues qui acceptent de se donner pour secourir une personne gravement malade.

  • Sabrina, le 05/10/2005 à 18h14

    Ne jamais se plaindre, être toujours positif, c'est une preuve de force! Madeleine et ses collègues sont un véritable exemple pour tous! Gros bisous à vous...

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