
La reprise du travail a été votée jeudi à Marseille par une écrasante majorité des grévistes de la SNCM, réunis en assemblée générale au vingt-quatrième jour de grève : 519 voix pour, 73 contre. Un vote la mort dans l'âme pour les représentants CGT : "Le combat ne s'arrête pas là. C'est dur pour les salariés, mais les repreneurs privés, je leur souhaite bien du plaisir car le personnel n'a pas renoncé à combattre", a déclaré Jean-Paul Israël, secrétaire général CGT des marins de Marseille. Tout en reconnaissant : "autant on peut se battre face au gouvernement, autant on ne peut pas face à la Justice". Il faisait allusion à la perspective du dépôt de bilan imminent qu'encourait la compagnie maritime en cas de poursuite de la grève. Le Syndicat des Travailleurs Corses, majoritaire parmi les quelque 800 salariés de la SNCM résidant dans l'île, a annoncé avoir appelé "malgré lui" ses membres à reprendre le travail, se sentant "trahi" par la CGT, selon le dirigeant de sa branche marins, Alain Mosconi.
Dominique de Villepin s'est en tout cas félicité de la "bonne nouvelle". Conséquence de ce vote, le trafic de la SNCM vers la Corse devait reprendre dans la nuit de jeudi à vendredi. Le cargo mixte Pascal-Paoli, celui-là même dont des marins du STC avaient pris le contrôle le 27 septembre à Marseille avant de le conduire à Bastia, devait être le premier navire à quitter le port de Marseille à destination du port d'Ajaccio. Le préfet de la région PACA Christian Frémont et Jean-Paul Israël ont discuté dans l'après-midi de jeudi d'un "protocole de fin de conflit", afin de régler les détails de la reprise du travail. D'ores et déjà, Thierry Breton a confirmé que les vingt-trois jours de grève ne seront pas payés, quelques jours après une première déclaration en ce sens du ministre des Transports Dominique Perben.
Le conseil d'administration de la CGMF reporté à vendredi
Le ministre de l'Economie s'est également réjoui de constater que les "messages du gouvernement ont été entendus sur la gravité de la situation de la SNCM". Puis il a confirmé que le plan de sauvetage de la compagnie sera mis en oeuvre comme annoncé. "Dès lors que l'activité redémarre dans la durée, le risque de dépôt de bilan s'éloignera", a-t-il ajouté. "Mais tout le monde doit avoir conscience que l'entreprise a beaucoup souffert". Il a indiqué que le montant total de la recapitalisation de la SNCM s'élèvera à 35 millions d'euros, 75% de cette somme étant à la charge des partenaires et 25% à la charge de l'Etat. Thierry Breton a par ailleurs confirmé que l'Etat apurerait les dettes de la compagnie à hauteur de 113 millions d'euros. Il a toutefois ajouté que la holding de la SNCM, la CGMF, dont le conseil d'administration a été reporté à vendredi, est "la seule structure habilitée à juger de l'opportunité d'avancer des fonds en attendant la mise en oeuvre très rapide du plan".
La SNCM affichait 29,7 millions d'euros de déficit fin 2004. Depuis le début de la grève, le 20 septembre, la SNCM perdait chaque semaine 1,5 million d'euros. Le plan de sauvetage gouvernemental de la compagnie prévoit d'attribuer 38% du capital au fonds d'investissement Butler Capital Partners (BCP), 28% à l'opérateur industriel Connex (groupe Veolia), 25% à l'Etat et 9% aux salariés. Ce projet comporte 400 suppressions d'emploi sans licenciement sec.
(Photo : le dépouillement après le vote des salariés en AG à Marseille - LCI)
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