
Au lendemain d'un conseil d'administration de la SNCM au cours duquel a été votée (sans les syndicats) une résolution présentant le projet gouvernemental de sauvetage de la compagnie, les positions semblent toujours aussi irréconciliables. Un premier comité d'entreprise, convoqué mardi dans la matinée, a été annulé au tout dernier moment. Le président de la SNCM, Bruno Vergobbi, était absent : il était entendu au même moment par le président du tribunal de commerce de Marseille sur la situation de la société que le gouvernement veut privatiser. Une autre réunion a eu lieu mardi après-midi, à la préfecture à la demande de la direction qui a évoqué des raisons de sécurité, et en l'absence de la CGT. Le président de la SNCM y a répété les menaces formulées la veille : "Le PDG a dit qu'on serait vendredi à minuit en cessation de paiement si le travail ne reprenait pas", a indiqué Rémy Lasserre (FO-officiers) à la sortie du CE. "S'il n'y aucune avancée dans le dossier d'ici jeudi, la direction préparera un comité d'entreprise pour lundi prochain pour annoncer les modalités d'un dépôt de bilan".
Parallèlement, les appels se sont multipliés pour que cesse la grève, tandis que les syndicats campaient sur leur position. La question de la compagnie publique menacée de dépôt de bilan (ce qui pourrait intervenir lundi, selon Bruno Vergobbi, sans une reprise de travail dès jeudi) s'est invitée à l'Assemblée, où Dominique de Villepin a solennellement mis en garde les grévistes. "Le Conseil d'administration a donné son feu vert à la proposition du gouvernement, le comité d'entreprise se réunit aujourd'hui pour décider de la suite à donner", a lancé le Premier ministre lors des questions d'actualité au gouvernement. "Seule la reprise du travail permettra d'éviter le dépôt de bilan et je le dis ici avec gravité, c'est l'heure de vérité pour la SNCM. C'est un rendez-vous important pour Marseille comme pour la Corse. Il faut que désormais chacun prenne ses responsabilités", a-t-il solennellement déclaré.
Le tribunal de commerce "se réserve la possibilité" d'intervenir
Pour sa part, François Sauvadet, porte-parole de l'UDF, a appelé les salariés de la SNCM à faire "preuve de responsabilité" en cessant la grève. Et mardi matin, c'est Thierry Breton qui avait "appelé à la responsabilité de chacun" lors d'une intervention sur RTL ; affirmant avoir fait le "travail d'explication", il estimait que "maintenant c'est à l'entreprise de prendre son destin en main". Un conseil là aussi assorti d'une mise en garde : "Si jamais ce destin n'est plus dans les mains de l'entreprise mais dans celles du tribunal de commerce, alors c'est un autre avenir, alors c'est l'inconnu".
Intervenant également dans le débat, le tribunal de commerce de Marseille a indiqué, par la voix de son président François-Michel Giocanti, qu'il "se réserve la possibilité" d'intervenir et "d'exercer ses prérogatives que lui confère la loi", après avoir "pris connaissance des résolutions du conseil d'administration" annoncées lundi soir à la préfecture de région à Marseille. Un communiqué qui sonne comme une menace pour la compagnie, sachant que le CA avait alors souligné le risque imminent de cessation de paiement...
Mais du côté des grévistes, la position n'a pas changé. Et sur le plan national, la CGT, dans une déclaration du Bureau confédéral, a accusé le gouvernement d'être "arc-bouté sur son seul projet de privatisation" de la SNCM, dressant le "constat évident" après la journée de mobilisation du 4 octobre qu'il "refuse de négocier" avec les syndicats.
Le FLNC-UC s'en mêle Le FLNC-Union des Combattants a revendiqué mardi le tir de roquette contre la préfecture d'Ajaccio le 29 septembre, dans un communiqué reçu et authentifié par France 3 Ajaccio. Dans ce communiqué, le mouvement clandestin, liant clairement cette action au conflit de la SNCM, s'en prend violemment au préfet de Corse Pierre-René Lemas qu'il qualifie de "préfet de circonstance et véritable inquisiteur" et profère des menaces à son encontre. Le mouvement met en cause la "responsabilité de l'Etat français dans l'actuel conflit social" de la SNCM.
Photo d'ouverture : le président de la SNCM, Bruno Vergobbi, s'exprimant mardi soir à la sortie du CE - DR
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