© INTERNELe pouvoir d'achat des Français ne progresse que très faiblement depuis trois ans, freinant la consommation des ménages contraints de débourser par ailleurs davantage pour l'immobilier ou l'énergie. En hausse de plus de 3% par an de 1998 à 2002, le pouvoir d'achat subit un coup de frein très net depuis 2003. Le "revenu disponible brut réel" tel que le définit l'Insee, c'est à dire l'ensemble des revenus disponibles corrigé de l'inflation, n'a progressé que de 0,4% en 2003 puis de 1,4% en 2004. La tendance devrait être à peine plus favorable en 2005, avec un chiffre compris entre 1,5 et 2%, selon Michel Devilliers, économiste de l'Institut. Par foyer, le pouvoir d'achat affiche une évolution encore plus morose, avec un recul de 0,6% en 2003 puis une légère hausse de 0,4% l'année suivante.
Outre les ménages, qui la subissent, la faible progression du revenu disponible d'achat des ménages préoccupe les économistes qui y voient l'un des principaux freins à la consommation et donc in fine à la croissance. Car même si les ménages peuvent un temps puiser dans leur épargne, au final, "s'il n'y a pas de pouvoir d'achat, les gens ne peuvent pas consommer", souligne Michel Devilliers. Les dépenses de consommation des ménages, très dynamiques au début des années 2000, n'ont progressé que de 2% en 2004, observe-t-il.
Les ménages ont subi de plein fouet l'envolée de l'immobilier
Faible croissance, chômage... Les causes du phénomène sont multiples. Pour Nicolas Bouzou, économiste chez Xerfi, "la faiblesse de l'augmentation du pouvoir d'achat est liée avant tout au manque de vigueur des créations d'emplois dans le secteur privé". Souvent en position d'accusée, l'inflation joue également un rôle. Même si elle est restée sage globalement (2,1% en 2004), la hausse des prix de certains produits a été durement ressentie. Car les priorités des Français ont changé. Dans les années 60, ils consacraient en moyenne 27,5% de leur budget à l'alimentation et 12,5% à leurs dépenses de logement, rappelle une récente étude du CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie). Quarante ans plus tard, ils font l'inverse avec 14,4% du budget dédié à l'alimentation et 24,5% au logement. Les ménages ont donc subi de plein fouet l'envolée des tarifs de l'immobilier et n'ont que marginalement profité de la baisse des prix des produits de grande consommation en grandes surfaces.
Selon une étude de l'Institut national de la consommation (INC) publiée dans "60 millions de consommateurs", les hausses de prix du tabac, des loyers et des carburants sont en tête des postes de dépenses qui ont le plus contribué à dégrader le pouvoir d'achat des Français depuis juin 2001. En quatre ans, les hausses de prix ont absorbé l'essentiel des revalorisations salariales, estiment les économistes de l'INC. L'apparition de nouveaux postes de dépenses, notamment la téléphonie mobile, "rogne" elle aussi le pouvoir d'achat, souligne l'étude du CREDOC. Le gouvernement a affiché sa volonté de lutter contre cette érosion en multipliant les pressions sur la grande distribution, les compagnies pétrolières ou les opérateurs de télécommunications afin d'obtenir une modération des prix. Les syndicats demanderont mardi quant à eux une revalorisation des salaires dans les secteurs public et privé ainsi que l'instauration d'une prime de transport pour l'ensemble des salariés.
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