
Confrontée à un risque imminent de dépôt de bilan et à un front syndical lézardé, la CGT de la SNCM s'est retrouvée mercredi au pied du mur, au 23e jour de grève, avant un vote déterminant jeudi matin sur la suite de l'action. "Ce dépôt de bilan est une échéance que nous devons regarder en face", a déclaré le secrétaire général des marins CGT de Marseille Jean-Paul Israël. Mercredi soir, une assemblée générale, rassemblant environ 300 sédentaires et marins CGT a été réunie à bord du navire Méditerranée, afin d'expliquer le risque encouru en cas de dépôt de bilan. A sa sortie, Jean-Paul Israël a déclaré vouloir éviter le dépôt de bilan, sans appeler clairement à la reprise du travail. Une autre AG, avec vote, est prévue jeudi matin.
Jeudi toujours, mais à Paris, la société holding de la SNCM - la Compagnie générale maritime et financière (CGMF) - réunit son conseil d'administration et, selon une source proche du dossier, pourrait "statuer sur une éventuelle rallonge" financière de l'Etat à la SNCM, "en considérant qu'il y a un plan crédible de reprise". Ce qui éloignerait la perspective d'un dépôt de bilan, voire d'une liquidation de la compagnie maritime publique. Autre geste de l'Etat : dans un document signé par le commissaire du gouvernement auprès de la SNCM, Pierre-Alain Roche, et remis à la CGT mercredi, le gouvernement a proposé de poursuivre des discussions "sur l'ensemble des sujets" liés au projet de reprise de la SNCM, dès la reprise du travail.
"La CGT a un rôle clé, je pense - ce n'est qu'un pronostic - que l'esprit de responsabilité prévaudra", a déclaré à Toulouse Stéphane Richard, directeur général de la Connex (groupe Veolia), opérateur potentiel de la SNCM dans le plan gouvernemental de reprise de la compagnie maritime, au côté de Butler Capital Partners (BCP). Dans le dernier montage financier du gouvernement, l'Etat conserverait 25% du capital, les salariés obtenant 9%, BCP 38% et la Connex 28%.
Jean-Claude Gaudin : "on ne peut rien reprocher au gouvernement"
Plusieurs syndicats minoritaires, dont ceux des officiers SNPOMM et Ugict-CGT, FO, la CFE-CGC et la CFDT se sont prononcés au cours des trois derniers jours pour une reprise du travail, isolant un peu plus la CGT. Si Jean-Paul Israël a déploré cette "fracture syndicale" qui "facilite la tâche du gouvernement", le secrétaire général de la CFE-CGC, Maurice Perrin a justifié mercredi soir : "Nous avons appelé à une suspension du mouvement de grève afin de lever l'arme de la cessation de paiement des mains de ceux qui la tiennent". Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a de son côté accusé le gouvernement d'organiser, dans sa gestion de la crise à la SNCM, l'abandon de la "solidarité nationale" maritime à l'égard de la Corse, selon un schéma qui "facilitera la vie à tous les indépendantistes".
Au chapitre des réactions politiques, Martine Aubry, ancienne ministre socialiste du Travail, a jugé que le gouvernement avait fait preuve à la fois "d'idéologie, d'amateurisme et de brutalité" dans la gestion de cette crise. Le maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin, a au contraire estimé qu'"on ne peut rien reprocher au gouvernement", appelant à un "sursaut" pour éviter la faillite. En guise de réponse, des grévistes de la SNCM ont muré le siège de la fédération départementale de l'UMP. Trois d'entre eux ont été interpellés.
Photo d'ouverture : l'assemblée générale des sédentaires et marins CGT réunie mercredi soir à bord du Méditerranée - DR
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