
Le mouvement de grève à la SNCM doit-il se poursuivre, oui ou non ? Les salariés de la compagnie maritime publique, en grève depuis 24 jours, ont commencé de voter ce matin, à bulletin secret. Un vote négatif ouvrirait la voie à une reprise du travail et à un déblocage du plus grave conflit qu'a connu la compagnie. Un poursuite de la grève conduirait directement au dépôt de bilan de l'entreprise. La SNCM vit "l'heure la plus cruciale de ses 30 ans d'histoire", a résumé tôt ce matin son PDG, Bruno Vergobbi. "Les heures sont comptées, c'est pour cela que j'ai écrit solennellement une lettre aux salariés mercredi précisant très clairement que la mise en oeuvre du plan de reprise proposé par le gouvernement était l'ultime chance de sauver la compagnie", a-t-il ajouté. "J'espère que la raison prévaudra ce matin lors du vote, pour que l'on évite de tomber dans un drame social à Marseille et en Corse", le dépôt de bilan et la liquidation judiciaire afférente impliquant "2.200 lettres de licenciement", a poursuivi Vergobbi.
Inflexion de la CGT
Mercredi soir, la CGT avait réuni une assemblée générale afin d'expliquer aux marins et sédentaires toutes les implications d'un dépôt de bilan, imminent, et a semblé préparer le terrain à une reprise du travail. "Le seul obstacle incontournable qu'il faut dépasser, c'est le dépôt de bilan", a déclaré à l'issue de l'AG Jean-Paul Israël, secrétaire général de la CGT-marins, estimant qu'"on peut combattre tout autant quand on est dans l'entreprise". "En leur âme et conscience, les salariés décideront de leur destin", a ajouté M. Israël.
La SNCM est en effet, à quelques jours, si ce n'est à quelques heures d'une telle procédure. Pour son PDG, "nous serons techniquement en cessation de paiement vendredi ce qui veut dire qu'à partir de lundi nous ne pourrons plus payer ni les fournisseurs ni les salaires". Dos au mur en raison de cette menace, la CGT a infléchi sa position, après que plusieurs syndicats minoritaires (officiers, FO, CFE-CGC et CFDT) ont successivement appelé à la suspension de la grève, depuis lundi. En Corse, sept syndicats, dont la CGT et le STC (Syndicat des travailleurs corse, dont la position reste encore en suspens), ont toutefois appelé mercredi à une manifestation unitaire samedi à Ajaccio pour réclamer notamment le maintien de la SNCM dans "le giron public".
Une rallonge de l'Etat ?
La compagnie maritime pourrait cependant disposer d'un répit... en cas de reprise du travail : jeudi à 15 heures à Paris, la société holding de la SNCM - la Compagnie générale maritime et financière (CGMF) - réunit son conseil d'administration. Et, selon une source proche du dossier, elle pourrait "statuer sur une éventuelle rallonge" financière de l'Etat à la SNCM, "en considérant qu'il y a un plan crédible de reprise". Membre du CA de la CGMF, Bruno Vergobbi s'y rendra mais estime que "cela risque d'être un conseil difficile".
La SNCM affichait 29,7 millions d'euros de déficit fin 2004. Depuis le début de la grève, le 20 septembre, la SNCM perd chaque semaine 1,5 million d'euros. Le plan de sauvetage gouvernemental de la compagnie prévoit d'attribuer 38% du capital au fonds d'investissement Butler Capital Partners (BCP), 28% à l'opérateur industriel Connex (groupe Veolia), 25% à l'Etat et 9% aux salariés. Ce projet comporte 400 suppressions d'emploi sans licenciement sec.
(Photo : avant le vote à Marseille jeudi matin - LCI)
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