"Vous croyez que ça m'arrange d'être chômeuse ?"

Par Par Sophie LUTRAND, le 27 octobre 2005 à 17h28 , mis à jour le 27 octobre 2005 à 18h17

Licenciée en 2001, Patricia Sudolski, journaliste, n'a toujours pas retrouvé de travail. Dans un livre intitulé "Vous croyez que ça m'arrange d'être chômeuse" qui sort aujourd'hui, elle s'insurge contre l'image du chômeur fainéant et profiteur véhiculée par les hommes politiques.

Patricia Sudolski chômage livre portrait © Dr

tf1.fr : Pourquoi avoir choisi de prendre la plume* pour parler du quotidien des chômeurs ?

Patricia Sudolski : J'ai fait ce livre car, moi-même au chômage depuis 2001, je suis sensible au discours très négatif sur les chômeurs. Sur les plateaux de télé, les hommes politiques nous accusent d'être des assistés, des fainéants et ces arguments trouvent écho auprès du grand public. Les Français pensent que ceux qui sont au chômage, c'est qu'ils le veulent bien. Ma mère me dit souvent : " si tu savais ce que les gens disent de toi !" Il y a toujours des amis pour vous conseiller d'accepter un boulot de femme de ménage ou de vendre des oeufs sur un marché. Comme si, chômeur, il fallait oublier les études que l'on a faites et tous les efforts pour réussir.

tf1.fr : Comment avez-vous abordé le chômage lorsque vous avez été licenciée du Parisien en 2001 ?

Patricia Sudolski : Quand on travaille, on n'a aucune idée de l'état du marché du travail en France aujourd'hui. J'imaginais qu'en cherchant, en faisant des efforts, j'y arriverais. J'avais des contacts, le dynamisme, je pensais éventuellement traverser une petite période de vache maigre mais pas aussi longue. Il faut savoir que plus de 40% des chômeurs le sont depuis plus d'un an. Le chômage c'est une épreuve, pas une expérience. Socialement on se sent diminué, financièrement aussi évidemment. Déjà, lorsque l'on est licencié, on est mis à l'écart, évincé mais lorsque l'on ne retrouve pas de travail, c'est comme si l'on n'était plus désiré, plus aimé.

tf1.fr : Que cache selon vous le discours qui vise à dénigrer les chômeurs ?

Patricia Sudolski : Il n'est pas rationnel. On tombe toujours sur quelqu'un qui connaît un chômeur qui profite de ses allocations pour ne rien faire. Mais quand on creuse, il ne le connaît pas personnellement, c'est une histoire rapportée.
Si l'on part de l'étymologie du mot chômage cela veut dire "se reposer pendant la chaleur". Et même si les gens ne connaissent pas cette origine, il y a une charge négative dans le mot lui-même. Ce n'est pas seulement la peur que cela nous arrive. Et puis, nous conservons l'idée religieuse que ne pas travailler, c'est mal. On confond l'oisiveté et le fait de ne pas avoir de travail. Quant à ceux qui affirment "profiter du chômage", c'est souvent parce qu'ils ont trop honte d'avouer que ce n'est pas une situation choisie.

tf1.fr : Pour le sixième mois consécutif, les chiffres du chômage publiés aujourd'hui sont en baisse. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Patricia Sudolski : Cela ne veut pas dire grand-chose. A la rentrée, tous les chômeurs de longue durée ont été convoqués dans leur ANPE. On nous a proposé une formation obligatoire de 5 semaines pour apprendre à rechercher un emploi. Or, quand on suit ce type de formation, on sort des chiffres du chômage car on n'est plus "immédiatement disponibles". Pour se faire une véritable idée, il faut regarder les créations d'emplois, or, elles sont très peu nombreuses.

tf1.fr : Où en êtes-vous de votre recherche d'emploi ?

Patricia Sudolski : Ca c'est la bonne nouvelle. Un matin j'écoutais Jean-François Copé à la radio qui râlait contre les "assistés". Je lui ai écrit en lui expliquant ce qu'était la vie et les difficultés des chômeurs. Non seulement il m'a répondu mais il m'a aidé à obtenir un entretien avec un recruteur. Ca ne débouchera peut-être sur rien mais je me suis sentie reconnue et ça m'a redynamisée dans ma recherche d'emploi. Et ça c'est essentiel pour un chômeur.

*"Vous croyez que ça m'arrange d'être chômeuse", Editions Ramsay, 16 euros

Par Par Sophie LUTRAND le 27 octobre 2005 à 17:28
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12 Commentaires

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  • Bone, le 28/10/2005 à 10h35

    Les 2/3 (n'est-ce pas Eric de Massy)de vos réactions me donnent la nausée. Personnellement je ne connais personne au chômage qui ne déprime pas de ne rien faire, d'être inutile à la société. Surtout quand on a cru, comme Patricia, et comme la plupart des personne qui travaillaient "normalement" depuis des années que le monde du travail les attendaient, qu'ils retrouveraient du travail en un rien de temps. le Messieur Anthony, Steph, Ziwig et tout ceux qui pensent comme vous, je vous souhaite de tout coeur d'être un jour au chômage et vous changerez d'attitude. Mais ou est donc votre humanité ?

  • Lucifer90, le 28/10/2005 à 10h33

    Je vous invite à regarder le film de Pierre Carles "Danger Travail" et lire les travaux de Loïc Wacquant sur le travail que beaucoup ici trouvent normal et joyeux... je n'espère pas les convaincre...on ce convainc pas les membres d'une secte qu'ils sont soumis au mimétisme de la religion du travail... Diaboliquement

  • Lucifer90, le 28/10/2005 à 10h22

    Comme si le travail était l'aboutissement de toute existante? y en a qu'on les idées courtes ! Diaboliquement

  • Xavier, le 28/10/2005 à 10h05

    Je suis également d'accord avec cette dame. Les politiques ont trop tendance à généraliser le chomage, car il existe vraiment des personnes en recherche d'emploi qui font tout pour s'en sortir. Certaines personnes se permettent de faire des commentaires sur les chômeurs alors qu'ils n'ont jamais connu le chômage ; ils travaillent parfois dans de grandes entreprises depuis toujours et n'ont jamais connu une seule journée de chômage. Alors, SVP, un peu de respect envers ceux qui cherchent vraiment et combattons ceux qui abusent.

  • Alexandra, le 28/10/2005 à 09h44

    Je comprends tellement cette femme, je vis exactement les mêmes choses aujourd'hui (elle me donne envie de pleurer). Je suis tellement contente de voir que quelqu'un ressent la même chose que moi (je pensais être une personne isolée). On souffre de voir les gens travailler alors que nous sommes complètement déconnectées de la société : Mentalement car on est seul, on a quasi plus de contact (oui oui les gens vous évitent). Physiquement car on bouge moins, et financièrement.

  • Anthony, le 28/10/2005 à 09h35

    A écouter cette demoiselle, les chomeurs profitant du système n'existe pas et sont des "légendes urbaines", personne n'en connait directement... Personnellement j'en connais une bonne dizaine et je peux lui donner les noms, prénoms, adresse si elle veut, qui touche le chomage et se font bronzer les doigts en éventails sans chercher le moindre emploi, car il risquerait de les faire gagner moins d'argent qu'en restant au chomage.pfff...

  • Steph, le 28/10/2005 à 09h20

    Au chomage depuis 4 ans? Il serait en effet temps de reflechir a une reconversion! Tant pis pour les etudes, d'abord trouver de quoi vivre, ensuite il sera temps de chercher dans sa vbraie branche...

  • Johanna, le 28/10/2005 à 09h16

    Malheureusement pour l'avoir expérimenté en 1997 et 98, ce n'est vraiment pas facile si l'on a plus d'un an de chômage. De plus, si comme moi vous essayez de changer de branche, il y a toujours le regard suspicieux du recruteur. La société veut diminuer le nombre de sans emploi à tout prix, mais les patrons de leur côtévous regargdent d'un sale oeil lorsque pour trouver un job, vous voulez complètement vous reconvertir (de secrétariat au sport dans mon cas). J'espère qu'elle trouvera un CDI ou CDD. Sinon personnellement, je n'ai jamais rencontré dans mon entrourage un fainéant qui vivait des allocations aux frais de la société. Je me doute bien que cela existe, mais ils doivent représenter une minorité.

  • Lavalade, le 28/10/2005 à 08h50

    Elle est bien cette Patricia

  • Ziwig, le 28/10/2005 à 08h32

    Encore un exemple. Mlle Sudolski écrit un livre, tout en touchant les assedics. Si le livre se vend bien, est-ce qu'elle rendra à l'état l'argent des assedics touché pour l'écrire. Car c'est son métier d'écrire..... Une France ou tout le monde veut être Kalife et ou peu de gens en ont les capacités.

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