Les assureurs des municipalités se retourneront contre l'Etat

Par Propos recueillis par David STRAUS, le 10 novembre 2005 à 17h14 , mis à jour le 16 novembre 2005 à 10h52

La SMACL, l'assureur de nombreuses collectivités locales, estimait jeudi à 50 millions d'euros l'ardoise des violences urbaines pour ses seuls clients. A défaut d'intervention de l'Etat, elle prédit une augmentation des cotisations, voire des municipalités sans assurance.

Un dépot de bus brûlé à TrappesUn dépot de bus brûlé à Trappes © dr

tf1.fr : A combien s'élève à ce jour la facture des émeutes pour la SMACL, qui assure 80% des villes de plus de 20.000 habitants ?

Jean-François Irastorza, porte-parole de la SMACL : A ce jour, nous évaluons à 50 millions d'euros les indemnisations que nous allons devoir verser aux collectivités assurées par la SMACL. Cela représente les dommages occasionnés à une quinzaine de gymnases, une vingtaine d'écoles, 23 mairies, quelques centres sociaux. Les dégâts les plus importants concernent le gymnase de Noisy-le-Grand d'une valeur de 6 millions d'euros et 24 cars ayant brûlé sur un parking de Trappes. 80% des dommages concernent des bâtiments publics, 10% des véhicules et 10% du mobilier urbain. 80% des sinistres concernent l'Ile-de-France.

tf1.fr : Pourrez-vous faire face à ces demandes d'indemnisation ?

J.-F. I. : Nous n'allons pas nous défiler par rapport à nos obligations. Nous tergiversons pas, nous payons d'abord. Mais après, nous allons chercher un recours. Or, ce recours est tout trouvé. L'article 92 de la loi du 7 janvier 1983 stipule en effet que "l'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens".

tf1.fr : La SMACL va donc se retourner contre l'Etat devant les juridictions ?

200 millions
c'est, en euros, ce que devraient coûter les violences dans les banlieues
aux compagnies d'assurance.
Une vingtaine de millions seront dus au titre des voitures incendiées,
selon la Fédération française des sociétés d'assurances

J.-F. I. : Notre président Bernard Bellec a écrit au Premier ministre Dominique de Villepin pour lui demander de reconnaître d'emblée la responsabilité de l'Etat sans que les assureurs soient obligés d'aller devant les juridictions. Le gouvernement doit reconnaître que ces événements dépassent de loin le risque que doit assumer une collectivité dans le cadre normal de ses activités. Il s'agit d'un phénomène national qu'il serait injuste de faire peser sur des municipalités déjà lourdement défavorisées.

tf1.fr : N'est-ce pas le rôle d'un assureur de supporter les dommages occasionnés à ses clients ?

J.-F. I. : Je le répète, nous ne nous défilerons pas. Mais le gouvernement doit prendre conscience que la barque est trop chargée. En 1997, lorsque les collectivités publiques ont eu l'obligation d'avoir recours aux appels d'offres pour contracter des assurances, il y avait en moyenne 15 sociétés qui se portaient candidates. Aujourd'hui, il en reste trois ou quatre, les autres ont jeté l'éponge car la couverture du risque n'est plus du tout rentable. L'augmentation des cotisations est inévitable. Certains concurrents se sont tournés vers les municipalités où les gymnases ne brûlent pas. La peur de la SMACL est de se retrouver seule sur le marché. Notre vocation ne saurait être réduite au portage des risques récusés par le reste du marché!

Un site pour les victimes

Le ministère de la Justice a rendu public jeudi "un document pratique à l'attention des victimes des violences urbaines" qui explique les "premières démarches à effectuer par les victimes d'agression ou de dégradation". Ce document est consultable sur le site internet du ministère de la Justice, en cliquant ici. Le ministère conseille également d'appeler sa plateforme téléphonique d'aide aux victimes, le 08VICTIMES (08 842 846 37), qui fonctionne sept jours sur sept de 9 à 21h.

(Image d'archives : à Trappes, 24 autobus ont brûlé sur un parking)

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Par Propos recueillis par David STRAUS le 10 novembre 2005 à 17:14
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1 Commentaires

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  • ., le 11/11/2005 à 08h43

    Et comme l'état c'est nous , devinez qui va payer !! On casse pour montrer .... quoi finalement ? Et avant les évènements, les incivilités , les voitures brulées , les écoles incendiées dont personne ne parlait c'était pour quoi ?!

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