© LCIQuel est, selon votre étude, l'impact des violences urbaines sur le tourisme en France ?
Didier Arino * : Nous avons effectué une étude auprès de 500 établissements touristiques toutes catégories confondues sur ces 15 derniers jours. L'impact est pour le moment réduit : 5% à Paris et en région parisienne et 2% dans le reste de la France. Certaines agences ont cependant enregistré jusqu'à 20 ou 30% d'annulations. Ce sont notamment les agences qui travaillent avec une clientèle américaine, russe et japonaise. Les touristes européens, qui représentent 80% du marché français, ont extrêmement peu annulé.
L'impact est donc relativement limité.
D.A : Oui, mais cela vient casser une dynamique de progression. Nous sommes en 2005 sur une hausse de 3% alors que la France avait enregistré une baisse d'activité les trois dernières années. Cette année, la clientèle américaine est en hausse de 12%, de 15% pour les Asiatiques et stable pour les Européens. Or, si cette baisse de 5% constatée les deux dernières semaines se maintenait, cela représenterait un manque à gagner de 3 milliards d'euros par an. C'est sur le premier semestre 2006 que nous pourrons observer l'onde de choc en prenant 2005 comme année de référence.
Les événements sont-ils très relayés à l'étranger ?
D.A : Il faut se rendre compte de la façon dont ces événements sont traités à l'étranger. Aux Etats-Unis, les médias comparent la situation française à l'Irak, en Russie, ils font le parallèle avec la Tchétchénie. Pour illustrer les sujets, Fox News réalise des habillages montrant la Tour Eiffel en flammes. Pour des gens qui ne connaissent pas la France et qui ne savent pas comment le pays est organisé, c'est angoissant. En terme de couverture médiatique, le temps consacré aux violences dans les banlieues françaises équivaut à des campagnes publicitaires de 100 millions d'euros. Ce chiffre est à comparer au budget de la France pour la promotion de son tourisme qui ne doit pas excéder 4 à 5 millions d'euros par an. Il faut admettre que la France est facilement donneuse de leçons : regardez comment on a couvert Katrina en raillant les Etats-Unis et leurs services de secours. Il est tout à fait possible que les correspondants étrangers en France aient eu envie de rendre la pareille.
La France a-t-elle connu d'autres événements de ce type donnant une mauvaise image d'elle-même par le passé ?
D.A : Oui, de nombreux : en 1995 lors des attentats, pendant la guerre du Golfe car dans l'esprit des Américains, la France n'était guère éloignée de l'Irak et plus récemment lorsque la France s'est opposé à l'administration Bush et à sa campagne irakienne. La France a donc les moyens de se relever de cette mauvaise passe mais elle risque de se priver un temps d'une clientèle riche et en pleine expansion.
* Didier Arino est directeur de Protourisme, cabinet de conseil et d'études.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




