© (M.DANIAU/AFP)Plutôt contents de l'opération, nos banquiers. A quelques heures du gong final de la souscription aux actions d'EDF, plus de quatre millions de petits porteurs avaient déjà souscrit à l'offre d'EDF. Du jamais vu. "Nous avons constaté un grand attrait de la clientèle, bien supérieur encore à celui pour la privatisation de GDF", se réjouissait mercredi matin Bertrand Schaefer, porte-parole au Crédit Agricole Ile-de-France. Même bonne humeur à la BNP et au Crédit Lyonnais (LCL).
Dès le 28 octobre, le marathon avait commencé sur les chapeaux de roue, mais la tiédeur des investisseurs institutionnels avait pu faire craindre une contagion aux particuliers. Il n'en a rien été. "L'un ou l'autre client a peut-être annulé son ordre, mais, au final, la force de la marque 'EDF' l'a emporté sur les craintes", explique Patrick Widmaier, directeur du groupe BNP Paribas à Amiens. "Nos clients cherchent la sécurité dans le placement, les institutionnels veulent une rentabilité plus immédiate. Le particulier se dit qu'il faudra toujours de l'électricité, les professionnels, eux, vont passer les comptes d'exploitation au crible", résume Bertrand Schaefer, qui remarque au passage que "les institutionnels pourraient changer d'avis".
Le nucléaire n'a pas découragé
Le groupe énergétique n'avait pas fait de mystère : sa campagne publicitaire (18 millions d'euros au total) visait un actionnariat populaire. Sans véritable expertise financière et plutôt heureux des dernières privatisations, le client type a acheté sans rechigner des actions cotées entre 28,50 et 33,10 euros, sans vraiment savoir combien il en obtiendra au final. Il semble s'être peu soucié d'apprendre qu'EDF est valorisée 20 fois ses bénéfices, quand les autres sociétés cotées en Europe le sont 15 fois en moyenne. Il ne s'est pas inquiété de savoir si l'électricien - toujours détenu à 85% par l'Etat - pourra fixer librement ses prix ou sera corseté dans les dix prochaines années. Quant au nucléaire, "bien loin de décourager, cela aurait été perçu comme une raison supplémentaire de souscrire, à l'heure du débat sur le coût de l'énergie", assure Patrick Widmaier.
EDF n'est pas seule à s'être démenée pour vendre ses titres, les agences bancaires ont aussi mouillé la chemise, avec à la clé quelques belles commissions. "175.000 courriers ont été envoyés à nos clients détenteurs de compte titres et ayant participé aux privatisations précédentes", explique Bertrand Schaefer. Toutes les agences bancaires ont fait chauffer les combinés téléphoniques, appelant en priorité leurs clients déjà actionnaires. "En dehors des clients habituels, nous avons vu arriver une nouvelle catégorie d'épargnants, peu familiarisés avec la Bourse", assure le directeur pour la région Nord-Ouest au Crédit Lyonnais (LCL). Dans quelle proportion ? Difficile à dire. Faible, sans doute. "Seuls 20% de nos acheteurs se sont présentés spontanément, sans sollicitation", remarque Jean-Philippe Calmette, directeur de l'agence Paris-Voltaire au Crédit Agricole.
Pas de spéculation rapide
"Les dernières privatisations m'avaient réussi mais j'avais raté celle de GDF. Cette fois la banque m'a appelée quatre fois", témoigne une jeune cliente du Crédit Lyonnais (LCL), qui juge "plus sécurisant d'acheter de l'EDF". "Avec la plupart des actions, il faut lire la presse spécialisée pour connaître la santé de l'entreprise. Avec EDF, la presse généraliste suffit", estime-t-elle. "En cas d'hésitation, il ne s'agit pas de convaincre absolument le client d'acheter. Nous lui rappelons que le risque est à la mesure de son investissement", assure Jean-Philippe Calmette qui chiffre à "600-700 euros l'ordre moyen" dans son agence parisienne. "Nous avons eu affaire à une clientèle d'épargnants à plus ou moins long terme. Nous avons mis en garde nos clients contre des opérations d'aller-retour et l'espoir d'une spéculation rapide", insiste-t-on chez LCL.
La période de réservation garantie des actions pour les particuliers s'est terminée mardi. Ils peuvent encore solliciter un ordre jusqu'à jeudi soir, mais ne seront pas assurés d'obtenir les actions demandées. Dans ces conditions, les réseaux bancaires ont tendance à lever le pied, histoire de ne pas décevoir leurs clients. Mais le ministre de l'Economie Thierry Breton a laissé entendre que la part de l'actionnariat populaire pourrait finalement dépasser la proportion initiale de 50%. Le prix définitif de l'action sera connu vendredi. La première cotation à la Bourse de Paris est prévue lundi 21 novembre à midi.
(Photo AFP / M DANIAU)
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