
Grande première, les stagiaires ont fait grève jeudi. Un mouvement symbolique pour exprimer leur ras le bol des "abus" de stages en entreprise et réclamer un statut. Lionel, 30 ans, est membre de Génération précaire, le mouvement né en septembre à l'origine de cette mobilisation de stagiaires... Interview.
Pourquoi cette grève ? Et qu'a-t-elle de symbolique ?
On veut alerter le gouvernement, les partenaires sociaux et le parlement sur les réalités des stagiaires qui tendent à devenir une nouvelle catégorie de salariés mais sans salaire. C'est le jour où l'on appelle pour la première fois les stagiaires à faire grève. C'est un défi parce que les stagiaires n'étant pas salariés, ils n'ont pas le droit de grève.
Une délégation sera reçue au ministère délégué à l'Emploi. Gérard Larcher s'est d'ores et déjà déclaré favorable à la rédaction d'une charte...
Une charte n'est pas une mauvaise idée en soi mais on craint que cela ne soit pas suivi d'effets. Ce n'est pas suffisant. On veut mettre en place un cadre contraignant. Avec deux revendications principales : l'inscription du stagiaire comme salarié à part entière c'est-à-dire quelqu'un qui bénéficierait de toutes les protections du code du travail. Seconde revendication : une rémunération minimum obligatoire et pas seulement au bon vouloir du gentil employeur... même si certains ont une politique de rémunération.
Vous dénoncez à la fois le "stage photocopieuse" mais aussi ceux trop lourds en terme de charge de travail...
Effectivement mais le stagiaire qui était là uniquement pour décorer est une époque révolue. Ou presque. Il a été renversé par un stagiaire qui remplace de plus en plus le salarié. Le stagiaire d'aujourd'hui est pleinement opérationnel et travaille bien souvent autant que quelqu'un qui est embauché.
Mais n'est il pas valorisant justement de faire lors de son stage avec un "vrai travail" ?
Si bien sûr mais c'est aussi à double tranchant. Effectivement le stagiaire y gagne une réelle expérience. Mais il se pique son potentiel futur boulot et représente une menace pour les salariés. Dans une PME de 2-3 salariés, il va y avoir quatre ou cinq stagiaires qui vont se succéder pour faire tourner la boutique. Pourquoi embaucher puisque les stagiaires sont là pour faire le travail ? Selon des chiffres de l'Apec, dans 90% des cas, il n'aura pas de travail à l'issue de son stage. Au chômage ou avec un nouveau stage, il va se retrouver à la case départ.
Les stagiaires lancent leur "grève festive" devant Radio France |
Une vingtaine de stagiaires ont donné le coup d'envoi de leur"grève festive" jeudi en se rassemblant près des locaux de Radio France à Paris, qu'ils accusent d'être une entreprise "stagiophage". Après ce rassemblement, ils devaient poursuivre par un pique-nique avant de se retrouver à Bastille dans l'après-midi pour un "grand jeu de société". Au même moment une délégation doit être reçue au ministère délégué à l'Emploi. Le ministre, Gérard Larcher, s'est déjà déclaré favorable à la rédaction d'une "charte" sur l'accueil des stagiaires en entreprise. Le ministère de l'Education nationale a, de son côté, décidé d'ouvrir des concertations sur la question des stages, afin de "mesurer l'étendue du problème" et de "préciser les règles" aux organismes de formation qui signent les conventions. |
(La manifestation des stagiaires le 1er novembre/DR)
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