Les conseils d'un caviste face au "tsunami du pinard"

Par Propos recueillis par Pascal EMOND, le 08 décembre 2005 à 19h03 , mis à jour le 30 octobre 2006 à 19h42

A la tête des caves Augé, une institution parisienne vieille de 155 ans, Marc Sibard, loué par les plus grands chefs, est sans doute le plus âpre défenseur parisien des vins bio. Il nous livre quelques conseils d'achats "au juste prix" et des accords malins.

Le vin français a le vent en poupe

tf1.fr : Quelles grandes tendances ressentez-vous chez vos clients ?
Marc Sibard : Une demande de vrais vins avec de vrais goûts. Quand on boit un pinot noir de Bourgogne, on ne doit pas pouvoir le confondre avec un châteauneuf du pape. Une énorme partie du vignoble français est faite plus par des œnologues, rois des levures et du bidouillage, que par de vrais vignerons inscrits dans une logique de terroir. Ce que je veux, c'est quelqu'un qui vient me dire : " votre morgon est absolument fabuleux ". Mais mon morgon, je le vends à 15€ et j'en suis fier. En grande surface, on en trouve à 6 € mais ce n'est pas le même produit. Il vaut mieux boire moins, mais mieux, un vin qui a du caractère. Mais ça ce n'est pas marqué sur l'étiquette...

tf1.fr : La crise viticole est sur toutes les lèvres. On accuse beaucoup les vins étrangers...Marc Sibard : La demande de vins étrangers chez moi est insignifiante. Nous en faisons depuis des années mais nous aimerions un peu mieux savoir comment ils sont travaillés. Mais attention, il y a aussi des cochonneries en France où on n'a pas pris conscience du " tsunami du pinard " qui est en train d'arriver. On ne peut pas faire n'importe quoi en matière de plantation, de rendement. Le loup, ce n'est pas le vin étranger, c'est la manière dont se comporte le vigneron français.

tf1.fr : Passons à table, faut-il choisir un vin en fonction d'un plat ou le contraire ?
Marc Sibard :
Dans l'absolu, pour faire joli, il faut choisir le vin en premier. Mais qui a le temps aujourd'hui ? La variété de cépages et terroirs en France est telle qu'elle peut s'accorder avec 99% de la cuisine que nous faisons. Donc, plutôt le plat en premier, puis on choisit le vin.

tf1.fr : Un plat de fête avec un petit vin de pays, est-ce une hérésie ?
Marc Sibard :
Le plus difficile en gastronomie : savoir faire simple. C'est beaucoup plus dur que de faire compliqué. Alors à plat simple, vin simple, à plat riche, vin riche, soit. Et pourtant, avec un homard froid il n'y a rien de meilleur qu'un muscadet très bien fait qui va soutenir la vivacité de la chair. Or bien souvent, le homard on lui colle de grands chardonnays de Bourgogne et on ne sent plus rien de cette chair. Le vin est au service du plat, pas l'inverse.

tf1.fr :  Peut-on parler de règles incontournables dans les accords mets-vins ?
Marc Sibard : On fait ce qu'on veut dès lors qu'on ne commet pas la faute de goût ultime : penser qu'on a acheté un grande bouteille parce qu'elle coûtait 50 €. Le grand drame c'est de penser qu'il faille dépenser plus pour avoir mieux. Il faut payer le juste prix. Mais, attention, à moins de 5€, on ne parle plus de vin : c'est vendange mécanique, désherbage chimique, levurage exogène... Boire bon, c'est à la portée de tout le monde. Pour cela, n'ayez pas peur de rentrer chez des spécialistes.

tf1.fr : L'hiver est là, quels vins s'y prêtent le mieux ?
Marc Sibard :
Alors qu'au printemps, à la floraison, on apprécie des vins jeunes et frais, car on cherche à se désoiffer, avec l'automne et l'hiver, on veut se réchauffer avec des vins plus âgés et plus puissants, typiquement Rhône et Bourgogne.

tf1.fr : Une grande tendance : la cuisine orientale, épicée ou aigre-douce. A quels vins marier ces plats ?
Marc Sibard :
Des vins du sud mais surtout pas taniques : plutôt cépage grenache que mourvèdre. Jamais de grand terroir sur les mélanges sucré-salé. Sur un travers de porc caramélisé, mieux vaut un cayranne ou un gigondas qu'un châteauneuf du pape

tf1.fr : Votre coup de cœur du moment ?
Marc Sibard :
Un côtes d'Auvergne de Jean Maupertuis, cépage Gamay à 6,50 €. Quelqu'un qui ne sacrifie pas son vin sur l'autel de l'exportation.

tf1.fr : Et avec quel plat le sert-on?
Marc Sibard :
Du cochon ! Une palette de porc ou un petit salé aux lentilles.

tf1.fr : Quel accord mets-vin reste gravé dans votre mémoire ?
Marc Sibard :
Un Côtes du Rhône " La mémé " domaine de Gramenon, un grenache issu de vignes centenaires, avec une daube provençale aux truffes noires.

Les coups de cœur de Marc Sibard

A moins de 7 euros :
- Cheverny rouge clos du tue bœuf 2004 6,90
- Muscadet vieilles vignes 2004, La Sénéchalière, 6 €

De 7 à 15 euros
-Côtes du Rhône poignée de raisin 2004, domaine Gramenon, 9,95 €
-Morgon Côtes de Py 2003, Jean Foillard, 15€
-Côtes de Beaune blanc Monsnières 2002, domaine de la Combe 10,50 €

Plus de 15 euros :
- Patrimonio Grotte di Solo 2003, domaine Arena, rouge ou blanc, 19,95 €
- Bandol rouge 2000, Château Sainte-Anne 15,50 €
-Saint-Romain rouge 2003, domaine Chassornay 27 €
- Sauternes Château Rousset Peyraguet 2000 19 €

Caves Augé, 116, boulevard Haussmann, 75008 Paris. Tél. : 01-45-22-16-97

Par Propos recueillis par Pascal EMOND le 08 décembre 2005 à 19:03
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4 Commentaires

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  • Patricia, le 09/12/2005 à 17h30

    Et oui il y a un an, la plupart des gens ne savaient même pas ce que voulait dire le mot tsunami, et depuis il est employé à toutes les sauces. je trouve cela scandaleux et irrespectueux vis à vis, de ces milliers de pauvres gens qui sont mort en un instant noyés, mutilés etc.... paix à leurs âmes.

  • Dom, le 09/12/2005 à 11h16

    J'adore les titres sur LCI : après "le tsunami du pinard", va-t'on avoir droit au "11 septembre du chapon", au "Tchernobyl de la choucroute" ou bien à "la grippe aviaire de l'huitre creuse"? Un peu moins de racolage dans les titres et plus d'infos, SVP? Mine de rien après la lecture de l'interview je ne vois toujours pas de quoi il retourne avec ce "tsunami du pinard"? Une déferlante dans les vignes, un engloutissement des caves? Publié ou pas publié?...

  • Hardivin, le 09/12/2005 à 10h28

    Caviste moi meme je ne peux qu'etre d'accord avec Christophe....le seul bémol étant le choix d'une cave aussi importante et appartenant à un groupe espagnol !!!

  • Christophe, le 09/12/2005 à 10h00

    Bonjour à tous, Moi qui suis amateur de vins, je suis heureux de voir qu'on mette en avant un métier très important qu'est le caviste. Ceux qui ne sont pas là seuleument pour vendre mais surtout pour trouver des vins et les sélectionner ! Merci à eux.... A Béziers, je connais une famille de cavistes qui valent le détour ( si vous passez par cette ville, ou ils sont aussi sur le net ! ) et qui ont sélection de vins de toute la france extraordinaire mais surtout une selection de vins du Languedoc Roussillon qui peut surprendre plus d'un amateur de Bordeaux, de Bourgogne ou de Beaujolais... Tout ça pour dire que les cavistes sont très important surtout quand on habite dans un appartement où on ne peut pas stocker trop de vins ! Ckc

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