© TF1Trois semaines après son introduction en bourse, la direction d'EDF a fait savoir la nuit dernière qu'elle comptait supprimer plus de 6.000 postes en deux ans. Jeudi matin, le Premier ministre Dominique de Villepin, déclarait que cette décision avait été prise avant l'ouverture du capital de l'électricien. Le groupe français prévoit d'investir 40 milliards d'euros sur cinq ans, dont plus de la moitié en France, et ce dans tous les secteurs : production, transport, distribution d'électricité. Un tel montant représente une augmentation de près d'un tiers par rapport à la période précédente 2001-2005, avait déjà souligné le PDG Pierre Gadonneix. Selon celui-ci, cet engagement "après 10 ans sans investissements en installations nouvelles" permettra "d'installer plus de 5.000 mégawatts sur le territoire français, soit l'équivalent de 5 réacteurs nucléaires existants". C'est dans ce contexte que l'électricien a annoncé son intention de supprimer plus de 5.000 emplois (6.000 selon certaines sources) d'ici fin 2007 par le non remplacement partiel des départs à la retraite et sans licenciement. A la faveur des départs en retraite, 9.000 au total d'ici 2007, a indiqué la direction, EDF compte remplacer "un départ sur trois, ou sur quatre selon les métiers.
Ere nouvelle
Ouverture du capital via une augmentation de capital de 15%, introduction du titre en bourse marquée tout à la fois par un engouement populaire (cinq millions de petits porteurs) mais aussi par quelque déconvenu à la cotation : le sentiment prévaut qu'EDF est entrée dans une ère nouvelle, bien que l'Etat conserve 85% du capital.
Mercredi, le tire a terminé à 31,66 euros, en hausse de 0,25%, mais juste en dessous des 32 euros du prix d'achat au moment de l'introduction valorisant le groupe à 57,4 milliards soit légèrement en dessous des 58 mds d'euros de départ. Débuts modestes, donc, après qu'EDF eut pris soin de conclure un contrat de service public avec l'Etat, pour notamment garantir le haut niveau de sécurité des installations nucléaires et assurer sa part dans "la solidarité nationale" et la lutte "contre l'exclusion sociale".
La CGT "sidérée"
L'annonce concernant l'emploi a quoi qu'il en soit été très mal reçue par la Fédération CGT de l'Energie (53% aux élections professionnelles), qui s'est dite "sidérée par une annonce qui préfigure une autre logique économique dans le droit fil de l'ouverture du capital d'EDF, de sorte que le gouvernement doit très vite faire entendre sa voix". "S'agit-il d'un effet d'annonce pour faire monter le cours de la bourse ?" s'est interrogé Maurice Marion, porte-parole de la fédération.
"On voit qu'après l'ouverture du capital, le débat change de nature, on est dans une autre logique économique avec plein cap vers le profit, au moment où le contrat de service public qu'a signé l'entreprise appelle au contraire de consolider l'emploi", a ajouté M. Marion. "Ces projets sont aux antipodes du vécu des salariés d'EDF qui pointent un manque de personnel dans tous les services, pour faire face aux intempéries, procéder aux travaux dans des délais acceptables, et développer les services de proximité en liaison avec les collectivités locales, en direction notamment des plus démunis", a souligné encore le porte-parole de la CGT. Selon lui, "il va nécessairement y avoir une confrontation".
La confédération Force ouvrière voit également "un lien de cause à effet" entre l'ouverture du capital d'EDF et l'annonce de suppressions d'emplois. "C'est bien le mécanisme de privatisation qui est engagé, l'ouverture du capital allant de pair avec l'introduction de modes de gestion privée". Et du côté des partis politiques, le PCF a qualifié de "scandaleuse et injustifiable" la décision de supprimer 6.000 emplois et a appelé la gauche à "bâtir" une politique pour redonner à cette société son "statut pleinement public". Alain Bocquet appelle à reconsidérer la privatisation d'EDF.
GDF prévoit 1.000 embauches sur 3 ans Gaz de France va embaucher 1.000 personnes sur les trois prochaines années et aucune suppression de postes n'est envisagée, a fait savoir jeudi la direction du groupe, quelques heures après l'annonce de plusieurs milliers de suppressions d'emplois à EDF.
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