Contrat premier embauche : "la double peine pour les jeunes"

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 23 janvier 2006 à 16h57 , mis à jour le 24 janvier 2006 à 10h06

L'Unef, premier syndicat d'étudiants de France, appelle à une mobilisation avec les syndicats et la gauche contre le nouveau contrat de travail proposé par Villepin. Les explications de son président, Bruno Julliard.

manif étudiants paris 27 nov © INTERNE

Que reprochez-vous au contrat première embauche proposé par Dominique de Villepin ? 

On considère que la politique du gouvernement en matière de chômage des jeunes est marquée sous le sceau du cynisme. Ce chômage des jeunes est une réalité et il faut lutter contre cette situation dramatique. Mais la mesure annoncée par Dominique de Villepin est un alibi. Je qualifie le contrat première embauche proposé de double-peine pour les jeunes. A la précarité existante s'ajoute une nouvelle précarité, celle du premier contrat. Il y aura peut-être un effet d'aubaine pour les entreprises mais cette précarité va être insupportable pour les jeunes. En effet, on aura des jeunes qui se demanderont s'ils seront encore présents dans l'entreprise le lendemain. C'est un peu comme à Roland Garros : chacun se demandera s'il passera le tour suivant. Par ailleurs, nous doutons vraiment de l'efficacité de cette mesure. La lutte contre le chômage est un alibi pour précariser le marché du travail.

Quelle alternative proposez-vous ? 

Dans ce contrat proposé, on considère qu'il faut deux ans pour juger de la compétence d'un jeune avant de lui donner un vrai CDI. C'est une durée un peu insultante pour la personne qui est testée. Je ne pense pas que cela soit raisonnable. Il y a en fait une volonté de réduire les protections sociales qui existent en France. Le Premier ministre semble vouloir se faire le chantre du modèle social français mais en réalité, il est l'un des pires pyromanes de ce système. Moi je préfère qu'un jeune ait plusieurs CDD de deux ans qu'un contrat première embauche. En termes de protection sociale, le CDD est bien plus avantageux. La prime de licenciement est bien plus importante et surtout, il faudra justifier la fin du contrat.

Par ailleurs, s'il faut vraiment arrêter un contrat de travail, il existe déjà la procédure de licenciement économique. Et cette dernière a été assouplie par une décision de justice récente. La jeune génération a grandi avec le chômage. Elle sait qu'il faut agir mais les réponses apportées par le gouvernement ne sont pas bonnes. Il y a les discours et la réalité. Par exemple, les pouvoirs publics ont supprimé 40% des places aux concours dans l'enseignement. On a supprimé l'an dernier 5000 postes dans l'Education nationale.

La solution pour vous, ce sont les emplois publics ? 

Pas forcément. Mais je remarque seulement les contradictions entre les annonces du gouvernement et les décisions prises. Lorsqu'il y a un besoin de fonctionnaires, la réponse, c'est la suppression de postes. Ce n'est pas cohérent. La fonction publique est tout de même en France un élément essentiel de la politique de l'emploi.

Et pour le secteur privé ? 

Je n'ai pas fait d'études d'économie. Mais je m'étonne par exemple de l'absence de discours du gouvernement sur le pouvoir d'achat. Actuellement, dans les négociations avec les syndicats de fonctionnaires, le ministre de la Fonction publique propose une hausse des salaires de 0,5%. On ne suit même pas le cours de l'inflation. Il me semble que pour réduire le chômage, il faudrait d'abord une croissance forte et une politique économique cohérente.

Comment sentez-vous la mobilisation en cours ? N'est-elle pas à contre-courant de l'opinion ? 

Non. Nous faisons actuellement le tour des universités et la pétition contre le contrat première embauche fonctionne bien. Notre combat contre le contrat première embauche va être aussi actif que contre le CIP, le smic jeunes de Balladur proposé en 1994. Nous ferons un parallèle même si le contenu des contrats n'est pas le même. Mais la logique de précarité est la même. Les jeunes sont devenus une variable d'ajustement. On est passé du sous-Smic au sous-CDI. Je ne vois pas pourquoi notre génération devrait vivre moins bien que la génération précédente.

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 23 janvier 2006 à 16:57
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22 Commentaires

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  • Les syndicats étudiants, le 24/01/2006 à 10h05

    L'UNEF et les autres syndicats étudiants gauchistes sont une fois de plus englués dans un contre-sens total. Le contrat première embauche est la plus grande chance donnée aux jeunes depuis 30 ans pour trouver un emploi et s'insérer dans la vie active autrement que par des stages et des CDD de courte durée. Ce que les jeunes ont envie de crier aujourd'hui c'est: "donnez-moi une chance de faire mes preuves!!" et ce nouveau contrat va permettre aux employeurs de leur donner cette chance qui ne leur était plus donnée depuis trop longtemps. La réalité, c'est que les dirigeants des syndicats étudiants sont beaucoup plus soucieux de leur future carrière au PS, au PC ou chez les verts que de l'intérêt réel des jeunes qui arrivent sur le marché du travail.

  • Julien, le 24/01/2006 à 09h51

    L'Unef est un syndicat de gauche, ils ne vont donc pas dire le contraire. C'est vraiment énervant! Le CPE est un contrat anti-précarité. La période d'essai de 2 ans peut-être ramenée à un an en accumulant les stages et au bout de 4 mois, si le jeune est licensié il reçoit une prime de 460 euros par l'Etat, il ne faut quand même pas pousser! Je ne suis pas ultralibéral mais j'admets que le libéralisme est la dernière solution qui existe pour l'emploi, n'en déplaise à tous ces gauchistes et anarchistes.

  • Laurent, le 24/01/2006 à 09h44

    Avec la génération étudiant "moins j'en fait mieux je me porte" la France est sauvée !

  • Biehler, le 24/01/2006 à 09h35

    J'ai entendu une phrase dîte avec humour concernant cette jeune génération. "la génération mondialisation c'est 'le salaire chinois pour tous sauf pour les patrons' Je crois en cette jeunesse, elle a su imposer ses idées en matière de téléchargement, elle fera de même pour l'emploi.

  • MB, le 24/01/2006 à 09h22

    L'UNEF, syndicats des moins j'en fais mieux je me porte et des j'attends qu'on me donne tout. Il faut voir un peu ceux de l'unef quand ils se pointent dans un amphi pour faire un spitch, ca vole bas. Sûr que bcp d'entre eux tiendront un autre discours lorsqu'ils bosseront dans le privé.

  • Alain, le 24/01/2006 à 09h21

    Sans programme valable et réaliste, les socialistes sont acculés à faire descendre dans la rue des lycéens et des étudiants juste pour semer la pagaïe en espérant que celle-ci fera tourner l'electorat en leur faveur !! Piètre idée mais dévstatrice chez des jeunes qui ont surtout besoin d'apprendre que de descendre dans la rue. Se servir de la chair à canon "jeune", c'est minable, Mr Hollande!

  • Cheche, le 24/01/2006 à 09h20

    Donc, il vaut mieux être chomeur que travailler sans la certitude d'avoir un emploi à vie dés 22 ans ! Il a raison, tellement raison que personne ne l'embauchera et que de toute façon, il n'acceptera aucun emploi.

  • Bastien, le 24/01/2006 à 08h57

    J'ai 21 ans, un bac+2 et je suis au chomage depuis 6 mois. Les seuls contrats que l'on me propose sont des cdd de 3 mois maximum plus ou moins à temps partiel. Et on peut difficilement vivre avec cela. Alors du précaire pour du précaire, vu qu'on n'est pas bien protégé socialement... C'est encore vos guerres idéologiques de petit bourgeois, mais nous, en réalité, vous vous en moquer. Les classes populaires ne seront plus les pantins électoraux de la gauche et de la droite. Quand on voit certains fastes républicains, qu'on nous dise pas que la dette publique est énorme, y a trop de privilèges dans ce pays.

  • A, le 24/01/2006 à 07h53

    Il n'y a pas de renouveau dans le langage des jeunes de la gauche gauche. On se demande même pourquoi les médias en parlent tant...

  • Lolo, le 23/01/2006 à 23h16

    Quels boulets ces syndicats ! Pour eux, les patrons sont des grands méchants loups qui ne cherchent qu'à virer des petits jeunes. C'est du n'importe quoi. J'ai l'impression de vivre dans un cauchemard. Reveillez vous les idéalistes soixante-huitards !

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