© INTERNEtf1.fr : Votre société, International SOS, est le leader mondial de l'assistance médicale et de la gestion de crise à l'international. Plus de 300 entreprises dans le monde ont fait appel à vos services pour préparer au mieux la gestion d'une crise sanitaire liée à la grippe aviaire. Pourquoi de nombreuses sociétés rechignent-elles à communiquer sur cette préparation ?
Docteur Philippe Guibert, directeur médical des programmes de santé : Personne ne détient la vérité en la matière car il existe de nombreuses inconnues qui ne seront levées qu'en cas de pandémie avérée. Pour bien se préparer à une éventuelle crise, les entreprises doivent se fonder sur des informations, émettre des hypothèses, parfois contraignantes, afin d'évaluer comment elles protégeront leurs personnels et maintiendront leurs activités. Sans doute ne veulent-elles pas rendre public à ce jour leurs plans de préparation en cours de constitution. En revanche, communiquer en interne est une des premières mesures d'un plan efficace. Et beaucoup de sociétés l'ont déjà fait.
tf1.fr : N'ont-elles pas la crainte de passer pour cyniques ? Car, il s'agit bien pour elles de calculer comment maintenir leur activité économique quand une partie de leur personnel sera malade.
P.G. : Tous nos interlocuteurs, sans exception, nous demandent d'abord comment protéger leurs employés et leurs familles, comment éviter de les exposer à un risque au regard de la maladie. Viennent ensuite des considérations de productivité ou de relations aux investisseurs. Cependant il est vrai que certaines sociétés ne communiquent pas sur les moyens mis en oeuvre afin de conserver un avantage concurrentiel en cas d'épidémie. "Si nous passons bien le cap, nous n'aurons pas eu d'interruption dans nos activités et aurons conservé un avantage concurrentiel en termes de marketing social" : tel est leur raisonnement.
tf1.fr : Constatez-vous différentes manières d'appréhender le risque entre les entreprises anglo-saxonnes et celles d'Europe ?
P.G. : Les Anglo-Saxons ont peut être une propension à anticiper au maximum, à prévoir le pire. Les Latins sont peut être plus sur un mode réactif mais tout aussi efficace. Bien souvent, les deux modèles se rejoignent, ce qui permet de prendre les bonnes décisions au bon moment.
tf1.fr : Votre métier est d'aider les décideurs des entreprises à préparer une éventuelle crise. Mais avez-vous des échos du côté des salariés ?
P.G. : Les expatriés et les employés amenés à voyager ont posé des questions. Les décès en Indonésie d'octobre dernier avaient notamment suscité quelques inquiétudes, mais globalement le degré d'anxiété est faible. Les employeurs ont très tôt su les rassurer en leur faisant part du fait que l'entreprise prenait toute la mesure de l'ampleur de la situation et en les informant des dispositions prises : stock de masques, d'antiviraux, mesures d'hygiène collective et individuelle, politique de voyages... En France, il semblerait que le plan de préparation gouvernemental et la communication sur ce sujet ont suffi à rassurer la population.
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