Grippe aviaire : les entreprises se préparent dans la discrétion

Par Par David STRAUS, le 20 janvier 2006 à 01h43 , mis à jour le 20 janvier 2006 à 07h32

De nombreuses sociétés françaises ont élaboré un plan de prévention et, le cas échéant, de lutte contre une pandémie de grippe aviaire. Instructions en interne, télétravail, achat d'antiviraux, elles semblent parées mais refusent souvent de le dire.

foule emploi stress © INTERNE

A ce jour, la grippe aviaire reste une maladie menaçant essentiellement les oiseaux et, ponctuellement, les humains. Economiquement, le H5N1 n'est qu'un hoquet. Ce pourrait le rester. Mais le conditionnel est un temps que supporte mal le business. A défaut de certitude, la tactique des entreprises est d'envisager le pire. Le pire, c'est la pandémie, la mutation du virus permettant la contamination directe d'homme à homme. Quand, combien de temps, combien de malades ? Les experts scientifiques au sein des gouvernements et des organisations internationales ne peuvent que formuler des hypothèses... et les dirigeants d'entreprises choisir parmi celles-ci.

Un médecin du travail résume ainsi le film d'une hypothétique pandémie retenu par son entreprise, une importante société française : "La contamination se fera par voie aérienne et les malades montreront les premiers symptômes dans les 48 heures. Entre-temps, toute personne se trouvant à moins de deux mètres risquera d'être contaminée à son tour. Ce qui risque de multiplier le nombre des malades. Il y aura probablement deux vagues, dont une première de dix à douze semaines. En France, la grande majorité des malades guérira mais beaucoup ne viendront pas travailler".

Un quart des employés absents

Le personnel d'Air France, exposé, 
a déjà l'expérience du SRAS - TF1

Le taux d'absentéisme est précisément ce que veulent évaluer les entreprises afin d'assurer la continuité de la production. Aux malades, il faut ajouter les proches qui resteront à la maison pour les soigner. Au pic de la crise, il est probable que les salariés seront appelés à ne pas sortir de chez eux.

L'Organisation mondiale de la Santé recommande aux entreprises de tabler sur un taux d'absentéisme de 25% en moyenne. La banque britannique HSBC estime que la moitié de son personnel pourrait être absent du bureau. En phase ultime, BNP-Paribas a prévu de maintenir son activité avec un quart de ses salariés, ce qui implique notamment un système de télétravail.

250.000 masques 

Comité de suivi en interne et information de ses 105 000 salariés, en particulier ceux travaillant à l'étranger, la banque française à l'instar de quantité d'autres sociétés a déjà mis en application les premières étapes de son plan. Le groupe de restauration Sodexho a réduit drastiquement les visites d'élevages avicoles dans les zones à risque. Selon le Sunday Telegraph, "plus de 80%" des grandes sociétés britanniques ont pris leurs dispositions, ce qui peut aller jusqu'à l'arrêt ou la relocalisation de certaines activités, et l'achat d'antiviraux ou de matériels médical.

"Sans vouloir être alarmiste", Air France a notamment acquis des masques de protection, BNP-Paribas aussi. "250.000", précise même la banque. Une confidence inhabituelle. La RATP se borne à indiquer qu'elle travaille avec le gouvernement. La communication de Leclerc assure que "le groupe n'a aucune politique particulière en la matière". Pernod-Ricard ne souhaite pas communiquer. La plupart des sociétés contactées par tf1.fr rechignent à révéler les détails de leur plan, voire l'existence de celui-ci.

Civiques ou cyniques ?

Le télétravail permet
de maintenir une activité - LCI
"Sans doute ne veulent-elles pas rendre public à ce jour leurs plans en cours de constitution", avance le docteur Philippe Guibert, chez International SOS qui épaule plus de 300 multinationales dans la mise en place de protocoles de prévention et de lutte contre une éventuelle pandémie. "Nous travaillons sur des hypothèses extrêmes, qui sans doute ne se réaliseront pas, confirme une médecin du travail. Nous ne voulons pas les 'populariser'". "Il est important de parler d'une seule voix, et cela revient à l'Etat", estime-t-on au Medef qui, sur ce point, est d'accord avec la CFDT : "Devant les incertitudes, la publicité n'est pas du ressort de chacun". Néanmoins, le syndicat juge "positive" l'anticipation par les sociétés qui le peuvent et appelle la puissance publique à s'assurer du sort des salariés des entreprises plus modestes.

Mais le civisme n'est pas toujours la raison du silence. Les sociétés les mieux préparées, celles qui pourront maintenir leur activité auront un avantage sur leurs concurrentes. Certaines préfèrent donc laisser le voile sur leurs armes de contre-offensive. D'autres, au contraire, n'hésitent pas à communiquer. Le fabricant d'ordinateurs Dell table sur le dopage de son chiffre d'affaires en cas d'épidémie. "Nous livrons à domicile", a récemment souligné son DG Kevin Rollins. Pendant l'épidémie de SRAS, "notre activité a explosé en Chine", a-t-il rappelé, parce que les clients étaient soit en quarantaine, soit claustrés afin d'éviter de se trouver en contact avec le virus mortel. Cynique ? "Pragmatique, répond-on au siège d'une grande société française. En Europe, il est tabou de dire que le risque économique est quasiment aussi important pour les gens que le risque sanitaire." C'est dit.

Par Par David STRAUS le 20 janvier 2006 à 01:43
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8 Commentaires

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  • Arnaud, le 22/01/2006 à 17h51

    Regis de Paris, tu as prévu l'abrit anti-atomique ?

  • Philippe, le 22/01/2006 à 09h30

    Comme auraient dit "Les nuls" à leur grande époque : Régis, t'es vraiment un Régis, y'a pas de doute !!

  • Persan, le 22/01/2006 à 07h45

    A moimeme : tu as déjà vu des cadres faire tourner une boîte ? Je trouve pour ma part intéressant que des sociétés privées se préoccupent du problème même si elles le font plutôt par intérêt que par philantropie.je ne fais pas trop confiance aux politiciens sur ce coup là !

  • Regis, le 21/01/2006 à 08h54

    Reponse a tf: sauf que moi j'ai deja le tamiflu en reserve et qu'en cas de pandemie, j'ai prevu mon point de repli a la campagne avec ma combi nbc et un stock de bouffe et d'eau au cas ou... mieux vaut prevenir que mourrir.... :-)

  • Alain jeuhomme, le 20/01/2006 à 19h51

    Rien a foutre ces patrons francais !Pour justifier les pertes de leurs entreprises ,ils vont accuser la grippe aviare comme responsable.

  • Tf, le 20/01/2006 à 14h52

    En tout cas au premier cas dans ma boite, je prend des vacances.... Regis, Paris si tes en contact avec un cas, il sera deja trop tard le virus etant volatile et la contamination se fait par la respiration de ce fait tu mourras en vacances ...

  • Regis, le 20/01/2006 à 14h00

    En tout cas au premier cas dans ma boite, je prend des vacances....

  • Moimeme, le 20/01/2006 à 12h40

    Je suppose que ces mesures ne concernent que les cadres sup et pas les employes les syndicalistes et les ouvriers

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