© INTERNEA ce jour, la grippe aviaire reste une maladie menaçant essentiellement les oiseaux et, ponctuellement, les humains. Economiquement, le H5N1 n'est qu'un hoquet. Ce pourrait le rester. Mais le conditionnel est un temps que supporte mal le business. A défaut de certitude, la tactique des entreprises est d'envisager le pire. Le pire, c'est la pandémie, la mutation du virus permettant la contamination directe d'homme à homme. Quand, combien de temps, combien de malades ? Les experts scientifiques au sein des gouvernements et des organisations internationales ne peuvent que formuler des hypothèses... et les dirigeants d'entreprises choisir parmi celles-ci.
Un médecin du travail résume ainsi le film d'une hypothétique pandémie retenu par son entreprise, une importante société française : "La contamination se fera par voie aérienne et les malades montreront les premiers symptômes dans les 48 heures. Entre-temps, toute personne se trouvant à moins de deux mètres risquera d'être contaminée à son tour. Ce qui risque de multiplier le nombre des malades. Il y aura probablement deux vagues, dont une première de dix à douze semaines. En France, la grande majorité des malades guérira mais beaucoup ne viendront pas travailler".
Un quart des employés absents
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| Le personnel d'Air France, exposé, a déjà l'expérience du SRAS - TF1 |
Le taux d'absentéisme est précisément ce que veulent évaluer les entreprises afin d'assurer la continuité de la production. Aux malades, il faut ajouter les proches qui resteront à la maison pour les soigner. Au pic de la crise, il est probable que les salariés seront appelés à ne pas sortir de chez eux.
L'Organisation mondiale de la Santé recommande aux entreprises de tabler sur un taux d'absentéisme de 25% en moyenne. La banque britannique HSBC estime que la moitié de son personnel pourrait être absent du bureau. En phase ultime, BNP-Paribas a prévu de maintenir son activité avec un quart de ses salariés, ce qui implique notamment un système de télétravail.
250.000 masques
Comité de suivi en interne et information de ses 105 000 salariés, en particulier ceux travaillant à l'étranger, la banque française à l'instar de quantité d'autres sociétés a déjà mis en application les premières étapes de son plan. Le groupe de restauration Sodexho a réduit drastiquement les visites d'élevages avicoles dans les zones à risque. Selon le Sunday Telegraph, "plus de 80%" des grandes sociétés britanniques ont pris leurs dispositions, ce qui peut aller jusqu'à l'arrêt ou la relocalisation de certaines activités, et l'achat d'antiviraux ou de matériels médical.
"Sans vouloir être alarmiste", Air France a notamment acquis des masques de protection, BNP-Paribas aussi. "250.000", précise même la banque. Une confidence inhabituelle. La RATP se borne à indiquer qu'elle travaille avec le gouvernement. La communication de Leclerc assure que "le groupe n'a aucune politique particulière en la matière". Pernod-Ricard ne souhaite pas communiquer. La plupart des sociétés contactées par tf1.fr rechignent à révéler les détails de leur plan, voire l'existence de celui-ci.
Civiques ou cyniques ?
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| Le télétravail permet de maintenir une activité - LCI |
Mais le civisme n'est pas toujours la raison du silence. Les sociétés les mieux préparées, celles qui pourront maintenir leur activité auront un avantage sur leurs concurrentes. Certaines préfèrent donc laisser le voile sur leurs armes de contre-offensive. D'autres, au contraire, n'hésitent pas à communiquer. Le fabricant d'ordinateurs Dell table sur le dopage de son chiffre d'affaires en cas d'épidémie. "Nous livrons à domicile", a récemment souligné son DG Kevin Rollins. Pendant l'épidémie de SRAS, "notre activité a explosé en Chine", a-t-il rappelé, parce que les clients étaient soit en quarantaine, soit claustrés afin d'éviter de se trouver en contact avec le virus mortel. Cynique ? "Pragmatique, répond-on au siège d'une grande société française. En Europe, il est tabou de dire que le risque économique est quasiment aussi important pour les gens que le risque sanitaire." C'est dit.
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