© INTERNEQue vous inspire le projet de loi présenté ce matin en conseil des ministres qui encadre les cultures et les essais d'OGM en France * ?
Vincent Perrot : Un des gros problèmes que nous pose ce projet de loi c'est qu'il demande aux producteurs d'OGM de se déclarer mais ces informations ne seront pas connues des autres producteurs et notamment des agriculteurs bio. Or, ceux qui voudraient se protéger et rester au plus près des 0% d'OGM ne pourront pas le faire. Les agriculteurs bio ne sauront pas où se trouvent les champs OGM. Si l'on voulait couler l'agriculture bio en France, on ne pourrait pas faire mieux.
Le projet de loi prévoit de mettre en place un système d'indemnisation des agriculteurs bio dont les cultures seraient contaminées.
V.P : Oui mais les agriculteurs devront chaque année faire analyser leurs cultures et ça, ce coût supplémentaire n'est pas pris en compte par le système d'indemnisation. Des analyses étaient déjà pratiquées par les organismes de certification mais pas de la même ampleur. Résultat : produire bio va coûter plus cher au producteur et cela ne va pas aider à développer la filière. La France ne consacre que 2% de sa surface agricole utile au bio contre 9% en Italie ou 11% en Autriche.
Le Fonds d'indemnisation n'est-il pas finalement comparable au " droit de polluer " concernant l'industrie puisque l'indemnisation ne se fera que lorsqu'une contamination aura été constatée et non pas en amont ?
V.P : Oui, effectivement. Les cultures OGM auront le droit de contaminer les producteurs bio à partir du moment où elles auront versé leur participation au Fonds d'indemnisation *. Il n'est d'ailleurs pas juste que ce soit au paysan d'abonder ce fonds. Nous aurions souhaité que les semenciers soient impliqués. Ils sont quand même les premiers impliqués et on ne connaît pas les effets à long terme des OGM sur la terre. Prenons un exemple : un agriculteur bio qui constatera des traces d'OGM dans sa production ne pourra être indemnisé que s'il y a eu des cultures OGM à proximité la même année. Or, pour le Colza, les graines peuvent rester 10 ans dans le sol.
Comment réagissent les agriculteurs que vous représentez ?
V.P : Ils sont fous. Mais nous n'allons pas baisser les bras. On ne peut plus rien faire au niveau du gouvernement mais nous allons faire un lobbying d'enfer auprès des députés et des sénateurs pour ajouter au projet de loi des amendements qui nous seront plus favorables. Nous voulons savoir où seront les champs OGM et nous aimerions qu'avant l'implantation de cultures OGM, on tienne compte des cultures bio environnantes. Nous allons par ailleurs écrire au Premier ministre d'ici la fin de la semaine pour lui demander une indemnisation supplémentaire des agriculteurs bio pour le préjudice moral et financier qu'ils vont subir.
* Le projet de loi présenté mercredi matin en Conseil des ministres est une transposition dans la loi française d'une directive européenne datant de 2001. Après avoir imposé un moratoire sur les cultures OGM de 1999 à 2004, l'Union européenne les a réautorisées. Il est en revanche des prérogatives des Etats membres de défiir les systèmes d'indemisations pour les productions environnantes qui seraient touchées.
** Le projet de loi prévoit que le Fonds d'indemnisation sera alimenté par une taxe que paieront les agriculteurs qui auront recours aux OGM. Cette taxe ne devrait pas dépasser les 100 euros par hectare de culture.
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