
La filière avicole, éleveurs et industriels, s'inquiète de plus en plus après l'arrivée de la grippe aviaire en France, même si elle espère que les mesures de prévention mises en place permettront d'éviter une catastrophe pour un secteur déjà durement touché. Le résultat définitif des tests sur un canard sauvage trouvé mort lundi dernier à Joyeux (Ain) a confirmé samedi qu'il était bien porteur du virus H5N1. Lundi Didier Houssin, délégué interministériel à la grippe aviaire, a indiqué de nouveaux cas n'étaient "pas exclus". Des résultats sont attendus lundi ou mardi pour plusieurs volatiles.
"On est sur le pied de guerre. Toute la filière doit renforcer sa communication pour insister sur le fait que la consommation de volailles n'entraîne aucun risque pour l'homme", affirme Christian Marinov, de la Confédération française de l'aviculture. "Nous craignons une nouvelle baisse de la consommation même si on sait que, pour le moment, aucun élevage n'est touché", ajoute Alain Melot, président de la Fédération des industries avicoles.
Des risques "non négligeables"
"Il y a de très fortes probabilités qu'on découvre en France très prochainement, comme en Allemagne, de nombreux autres oiseaux sauvages infectés par le virus H5N1", reconnaissait-on dimanche au ministère de l'Agriculture. Les cadavres d'une quinzaine d'oiseaux retrouvés dans différents départements sont examinés au laboratoire de Ploufragan (Côtes-d'Armor). Les premiers résultats devraient être connus au début de la semaine. Les risques de propagation de la grippe aviaire à d'autres oiseaux sauvages autour de Joyeux ne sont "pas négligeables", a-t-on appris dimanche auprès de la direction des services vétérinaires du département.
La filière avicole, très divisée et ne disposant pas d'une interprofession dotée d'importants moyens financiers comme celle de la viande bovine au moment de la maladie de la vache folle, craint que l'impact médiatique de la grippe aviaire dure des mois. Depuis le début de l'année, la consommation de volailles est en baisse de 15% en moyenne par rapport à la période correspondante de 2005, et atteint même jusqu'à 20% pour les poulets entiers et ceux bénéficiant de labels. Nombre d'entreprises, après avoir réduit leur nombre d'intérimaires et de CDD, envisagent d'avoir recours à des mesures de chômage partiel.
Des mesures "en dehors de toute réalité"
La filière du foie gras pourrait à son tour être touchée, après la décision du gouvernement de faire vacciner tous les canards et les oies des élevages situés dans les "zones humides" de trois départements (Landes, Loire-Atlantique et Vendée) dans les cas où le confinement des volailles, désormais obligatoire sur tout le territoire métropolitain, ne peut pas être mise en oeuvre. Le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras craint une interdiction des exportations vers le Japon "qui a une politique très protectionniste", et les Etats-Unis.
Face à cette nouvelle crise, le président de la FNSEA Jean-Michel Lemétayer a demandé "une réunion d'urgence" au ministre de l'Agriculture Dominique Bussereau. Il a estimé que les mesures déjà annoncées - 5 millions d'euros d'aides aux éleveurs et 1 million pour la communication - étaient "en dehors de toute réalité". Ces sommes correspondent "à la situation d'hier, certainement plus à celle d'aujourd'hui", a reconnu dimanche Dominique Bussereau, aussrant que le Premier ministre Dominique de Villepin était "prêt à prendre des mesures supplémentaires de solidarité".
| Des mesures européennes |
Les ministres européens de l'Agriculture se réunissent lundi matin à Bruxelles où ils devaient examiner de possibles mesures de soutien au secteur avicole, durement touché par la chute de la consommation de volailles. Mais la marge de manoeuvre de la Commission européenne semble plutôt limitée. "Nous sommes compatissants mais, en termes de budget européen, il y a vraiment très peu de choses que l'on peut faire", a déclaré le porte-parole du commissaire européen à l'Agriculture. Pour Bruxelles, les éleveurs de volailles ne pourront prétendre qu'à une indemnisation limitée. Au niveau national, les Etats membres sont libres d'aider leurs agriculteurs, sans avoir l'autorisation de Bruxelles, mais cela concerne un maximum de 3000 euros sur trois ans. |
D'après AFP
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