
Des milliers de viticulteurs se sont rassemblés mercredi dans plusieurs villes du midi pour alerter l'opinion sur la "crise sans précédent" qui frappe le secteur viticole. Des cortèges auxquels s'étaient joints de nombreux élus, ont traversé Narbonne, Béziers, Nîmes et Avignon pour protester contre la baisse des revenus viticoles et réclamer un moratoire des dettes fiscales et sociales. Souvent les manifestations se sont élargies à la défense du monde rural. Un mouvement de colère qui s'est encore manifesté de manière sporadique en soirée, une centaine de viticulteurs ayant bloqué provisoirement à l'aide de tracteurs l'accès à un hypermarché Carrefour d'Orange. La SNCF a également signalé des actes de vandalisme sur son réseau, qui ont interrompu pendant trois heures le trafic entre Narbonne et Béziers - vandalisme "lié complètement aux manifestations des viticulteurs", selon la SNCF.
Des viticulteurs entre désespoir et violence
Des incidents violents ont opposé dans la nuit de mercredi à jeudi plusieurs centaines de viticulteurs aux forces de l'ordre entre Pezenas et Béziers.
Publié le 26/11/2009
La baisse des revenus viticoles est due à la surproduction qui entraîne une chute des cours, alors que la consommation diminue en France. A l'exportation, les vins français sont de plus en plus concurrencés par ceux du Nouveau monde. C'est à Narbonne que les vignerons, venus de l'Aude et des Pyrénées-orientales, semblent avoir été les plus nombreux lors de cette journée de manifestation : 5.000 personnes selon la police, "beaucoup plus" selon les organisateurs. Un grand nombre d'élus, de représentants des organisations syndicales agricoles ainsi que l'évêque de Carcassonne, Mgr Alain Planet, y participaient. Des affiches rappelaient les grandes crises viticoles de 1907, 1976 et 2006. "Pour défendre la vigne et les vignerons, rupture avec l'UE !", affirmaient les banderoles.
"Nous ferons tout péter, nous garderons la vigne"
A Béziers, 4.000 à 5.000 viticulteurs (3.500 selon la police) ont défilé au son des pétards et des fanfares pour "éviter la disparition de la viticulture". Une banderole portée par dix femmes proclamait "Agriculteurs, viticulteurs, métiers d'utilité publique". Dans les rues de Nîmes, ils étaient 3.000 selon les organisateurs (2.200 selon la police), avec en tête une banderole proclamant en occitan: "Faren tot peta, gardaren li vigno" ("nous ferons tout péter, nous garderons la vigne"). Suivaient une vingtaine de tracteurs et deux vendangeuses, puis un âne, deux boucs et un mouton, représentant les éleveurs. Des chasseurs fermaient la marche. La viticulture dans le Gard, c'est "6.000 exploitations en moins en 12 ans, 100 millions de pertes cumulées en 2005, et 90% des exploitations en difficulté", a lancé Michel Allemand, président du Collectif des viticulteurs du Gard qui avait occupé la chambre d'Agriculture de Nîmes en décembre.
A Avignon, 3.000 viticulteurs (1.400 selon la police) ont défilé dans un cortège égayé par les gyrophares d'une trentaine de petits tracteurs. "Grande distribution = racket", pouvait-on lire sur des pancartes. Les responsables régionaux de la filière ont accusé l'Etat d'avoir "tué la consommation nationale" par des campagnes de santé publique "assimilant les viticulteurs à de véritables dealers". Pour les Côtes-du-Rhône où le prix de vente reste en-dessous du coût de revient, l'année 2005 a été "catastrophique", a expliqué Christian Paly, président du Syndicat général des vignerons de la région, en réclamant une aide de l'Etat "tant dans la fiscalité que dans la négociation avec les banques pour une année blanche pour les charges de dettes". La région bordelaise, première région AOC de France et qui traverse sa plus grave crise depuis 30 ans, avait donné le coup d'envoi dans la matinée, avec un rassemblement de 100 à 200 viticulteurs qui ont remis à la préfecture un cahier de revendications.
Photo d'ouverture : un des cortèges de viticulteurs qui ont défilé mercredi - DR
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