
Les syndicats ont bien reçu le faire-part de mariage entre Suez et GDF. Mais il n'est pas certain qu'ils aillent à la noce le cœur léger. Lundi, après l'annonce le week-end de l'absorption de Suez par Gaz de France, le ministre de l'Economie et les PDG des deux sociétés ont commencé à rencontrer les représentants des salariés. Ces derniers "abasourdis" dénoncent une mesure précipitée et surtout la privatisation de fait de GDF, avec de lourdes conséquences pour l'emploi, les tarifs et les investissements de l'entreprise.
Première à ouvrir le bal, la CFE-CGC a déploré lundi n'avoir "pas eu de réponse sur le projet industriel commun". "L'annonce a fait l'effet d'une bombe pour les salariés de Suez et Gaz de France, la méthode employée ne nous convient pas", a affirmé un responsable, qualifiant d'"improvisation" l'opération. "Nous avons des craintes pour l'emploi, la confiance des salariés n'y est pas, ils ont été laissés à l'écart et ne sont pas convaincus du bien fondé de l'opération", a-t-il poursuivi, faisant valoir que "les engagements pris il y a deux ans sur le statut de GDF n'ont pas été tenus".
La CGT envisage une riposte
Reçue dans la foulée, la CGT, majoritaire à GDF (53%), s'est déclarée "hostile au projet car il comporte des risques majeurs : il aboutirait à une concurrence entre EDF et GDF, engendrerait une dilution de la maîtrise publique dans le secteur de l'énergie et n'est pas de nature à favoriser la construction d'une politique européenne de l'énergie". Si le projet va à son terme, "des milliers d'emplois seront supprimés", a assuré un responsable cégétiste. La CGT compte présenter "des alternatives au choix présenté aujourd'hui: nous proposons d'élargir le noyau de la présence publique dans Suez pour bloquer toute OPA".
"Aujourd'hui GDF, demain EDF, ce que SUD Energie avait dénoncé par avance se réalise malheureusement : la privatisation totale du service public de l'Energie est bien en marche", a estimé SUD lundi, affirmant que des "milliers d'emplois risquent de disparaître". Pour SUD, au lieu de cette "guerre économique, toutes les forces devraient être orientées sur le développement d'énergies renouvelables, sur l'investissement dans la recherche, sur la mise en place d'un grand service public européen de l'énergie à l'abri des turpitudes des marchés financiers".
Berlusconi en appelle à l'UE
Lundi en milieu de journée, le ministre de l'Economie Thierry Breton a assuré qu'il apporterait "des réponses exhaustives, précises et concrètes dans les prochaines semaines". Il a confirmé que "l'Etat n'a(vait) pas l'intention de céder une action" de sa part dans Gaz de France. Selon lui, l'Etat doit rester le premier actionnaire du nouveau groupe, avec un peu plus de 34% du capital, voire près de 40% en participations indirectes. De leur côté, les deux groupes ont assuré que la fusion, effective "au cours du deuxième semestre 2006", n'engendrerait "aucune destruction d'emplois" et ne modifierait pas les statuts des personnels.
Sans doute le ministre a-t-il aussi essayé de convaincre les syndicats que l'opération est l'unique moyen de faire barrage au groupe italien d'électricité Enel qui veut acheter Suez. Dans la péninsule, l'affaire est prise comme un camouflet. "Nous nous trouvons face à une énorme violation des règles de l'UE et des règles du marché libre", a estimé lundi le ministre italien de l'Industrie, qui entend porter le dossier devant la Commission européenne. Il a annoncé qu'il rencontrerait mercredi les commissaires européens à la Concurrence et au Marché intérieur, Neelie Kroes et Charlie McCreevy. De son côté Silvio Berlusconi appelle la Commission à interneir. En l'état, Bruxelles estime pourtant l'opération conforme au droit européen.
Une "très mauvaise opération" pour DSK |
L'ancien ministre socialiste de l'Economie a qualifié la fusion entre GDF et Suez de "très mauvaise opération", lundi sur LCI. Pour le député de Seine-Saint-Denis, "il n'y a pas de logique industrielle" dans cette opération "anti-économique" qui ne sert ni "l'intérêt des usagers, ni du pays, ni de l'Union européenne". "C'est une opération qui dit non à l'Europe de l'énergie", a-t-il estimé. Car "il y avait une tentative de rapprochement entre Enel (un groupe italien, ndlr) et Suez et nous devons constituer des champions européens, or en se repliant sur une solution comme celle qui est proposée, on balaye d'un coup de plume la politique industrielle européenne", a-t-il expliqué. C'est aussi un "mauvais coup porté à EDF", parce que "Suez c'est une activité électrique, pas du tout présente en France aujourd'hui, mais avec une fusion avec GDF l'entreprise va pouvoir s'installer sur le marché français et donc c'est une déstabilisation de EDF qui est mise en place et un cadeau formidable qui est fait à une entreprise privée", a-t-il poursuivi. |
(Image LCI : Thierry Breton lors de sa conférence de presse lundi midi à Bercy)
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