© DR"Nous devions quitter les lieux avant midi, c'était un ordre", explique un cadre de la société UFM, Unité de fabrication mécanique, à Châteaubriant, en Loire-Atlantique. Mais il est un peu plus de midi et ce salarié n'a pas encore tout à fait fini de mettre ses affaires dans des cartons. Après plus de 25 ans d'ancienneté chez UFM, société familiale spécialisée dans la fabrication de moules en caoutchouc (notamment pour l'industrie automobile), celui-ci a appris le matin même par la voix de sa directrice générale, que l'entreprise avait été placée en liquidation judiciaire. Selon le délégué CFDT de l'entreprise, le patron aurait préféré saborder la société qu'il a lui-même créée en 1977 plutôt que d'accepter l'existence d'un syndicat en son sein.
Rappel des faits. En 1995, l'entreprise emploie jusqu'à 108 personnes. En 2004, Guy Marie, PDG de la société, passe la main à sa fille, Sandrine. " Les affaires sont un peu moins florissantes et le patriarche revient en proposant une baisse de salaire d'environ 30% aux cadres ", explique Roger Corvé, délégué CFDT et ancien salarié d'UFM. Deux personnes refusent : elles seront licenciées. Fin 2004, un plan de licenciement concerne neuf personnes. " Il y a eu un harcèlement moral terrible : les personnes étaient insultées, faisaient l'objet de brimades : le patron les traitait de bons à rien allant jusqu'à dire, ‘j'aurais ta peau', il ne faisait pas dans la dentelle ", rapporte Roger Corvé. Résultat, quatorze personnes portent plainte pour harcèlement moral à la gendarmerie de Châteaubriant et une section syndicale CFDT naît en février 2005.
Délocalisation
Or " Guy Marie avait prévenu tout le monde ", rapporte Luc Fereau, délégué CFDT Métallurgie pour la Loire-Atlantique, " si nous créions un syndicat, il fermait l'entreprise ". En mars 2005, sa fille leur annonce que l'usine sera fermée au mois d'août faute de commandes. Le délégué syndical estime que les commandes ne manquaient pas mais étaient détournées vers la Tunisie où là, pas trace de syndicat. UFM y a en effet une filiale à Souss dont le carnet de commandes serait alimenté par une autre filiale, une société commerciale... dirigée par le gendre de Guy Marie. Juillet 2005, la société est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Nantes. Dans la foulée, un nouveau plan social est mis en place et concerne cette fois-ci 30 personnes dont les deux élus du personnel.
Dernier acte jeudi avec la liquidation judiciaire de l'entreprise. " Ce qui nous révolte, c'est que seule l'UFM va être liquidée et c'est l'Etat qui va tout payer alors que les contrats partent vers la Tunisie. En attendant, nous, on est sur le carreau et sans indemnités ". Contactée par tf1.fr, la direction d'UFM n'a pas souhaité s'exprimer.
Occupation des locaux |
Photo : les salairés d'UFM en décembre 2005 devant leur entreprise à Châteaubriant en Loire-Atlantique
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