Le patron était allergique aux syndicats

Par Par Sophie LUTRAND, le 17 février 2006 à 07h00 , mis à jour le 17 février 2006 à 11h41

Une histoire d'un autre siècle ? Refusant la naissance d'un syndicat au sein de son entreprise, le patron d'une société de Loire-Atlantique aurait placé sa société en liquidation judiciaire. Il en aurait profité pour transférer une partie de son activité en Tunisie.

UFM social licenciements © DR

"Nous devions quitter les lieux avant midi, c'était un ordre", explique un cadre de la société UFM, Unité de fabrication mécanique, à Châteaubriant, en Loire-Atlantique. Mais il est un peu plus de midi et ce salarié n'a pas encore tout à fait fini de mettre ses affaires dans des cartons. Après plus de 25 ans d'ancienneté chez UFM, société familiale spécialisée dans la fabrication de moules en caoutchouc (notamment pour l'industrie automobile), celui-ci a appris le matin même par la voix de sa directrice générale, que l'entreprise avait été placée en liquidation judiciaire. Selon le délégué CFDT de l'entreprise, le patron aurait préféré saborder la société qu'il a lui-même créée en 1977 plutôt que d'accepter l'existence d'un syndicat en son sein.

Rappel des faits. En 1995, l'entreprise emploie jusqu'à 108 personnes. En 2004, Guy Marie, PDG de la société, passe la main à sa fille, Sandrine. " Les affaires sont un peu moins florissantes et le patriarche revient en proposant une baisse de salaire d'environ 30% aux cadres ", explique Roger Corvé, délégué CFDT et ancien salarié d'UFM. Deux personnes refusent : elles seront licenciées. Fin 2004, un plan de licenciement concerne neuf personnes. " Il y a eu un harcèlement moral terrible : les personnes étaient insultées, faisaient l'objet de brimades : le patron les traitait de bons à rien allant jusqu'à dire, ‘j'aurais ta peau', il ne faisait pas dans la dentelle ", rapporte Roger Corvé. Résultat, quatorze personnes portent plainte pour harcèlement moral à la gendarmerie de Châteaubriant et une section syndicale CFDT naît en février 2005.

Délocalisation

Or " Guy Marie avait prévenu tout le monde ", rapporte Luc Fereau, délégué CFDT Métallurgie pour la Loire-Atlantique, " si nous créions un syndicat, il fermait l'entreprise ". En mars 2005, sa fille leur annonce que l'usine sera fermée au mois d'août faute de commandes. Le délégué syndical estime que les commandes ne manquaient pas mais étaient détournées vers la Tunisie où là, pas trace de syndicat. UFM y a en effet une filiale à Souss dont le carnet de commandes serait alimenté par une autre filiale, une société commerciale... dirigée par le gendre de Guy Marie. Juillet 2005, la société est placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Nantes. Dans la foulée, un nouveau plan social est mis en place et concerne cette fois-ci 30 personnes dont les deux élus du personnel.

Dernier acte jeudi avec la liquidation judiciaire de l'entreprise. " Ce qui nous révolte, c'est que seule l'UFM va être liquidée et c'est l'Etat qui va tout payer alors que les contrats partent vers la Tunisie. En attendant, nous, on est sur le carreau et sans indemnités ". Contactée par tf1.fr, la direction d'UFM n'a pas souhaité s'exprimer.

Occupation des locaux

La CFDT a débuté jeudi soir une occupation à durée illimitée des locaux d'UFM " pour obliger le procureur de la République à agir pénalement " contre l'entrepreneur. " Nous avons demandé un rendez-vous avec le procureur en début de semaine prochaine ", a précisé vendredi Roger Corvé à tf1.fr. 

Photo : les salairés d'UFM en décembre 2005 devant leur entreprise à Châteaubriant en Loire-Atlantique

Par Par Sophie LUTRAND le 17 février 2006 à 07:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

11 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Blase49, le 25/05/2009 à 14h01

    J'ai travaillé 5 ans dans cette entreprise, ct je n'ai jamais compris comment il avait fait pour durer aussi longtemps !

  • Mathieu, le 17/02/2006 à 23h30

    Et si on faisait un article à chaque fois qu'un syndicaliste était allergique aux patrons ??...

  • Kogoul, le 17/02/2006 à 23h26

    HaHa.. C'est la France qui est d'un autre siecle! Bravo a ce patron qui a enfin compris que la France est finie. Ces employes meritent ce qu'ils ont maintenant, le seul probleme c'est que c'est vous mes petits Francais qui travaillent (s'il en reste) qui vont payer pour eux

  • Martine helbling, le 17/02/2006 à 17h19

    Les syndicats dans une petite ou moyenne'entreprise c'est la mort assuré.Ils montent les employés contre leur patron.Le patron ne gère plus son entreprise.J'ai fait l'expérience deux fois.Le syndicat a fait son aparition est les problèmes commencent.

  • Silonac, le 17/02/2006 à 13h57

    Ce patron à eu exactement la meme reaction que certains syndicats: l'extremisme et l'unilateralisme Il serait temps pour l'avenir de la France (syndicat et patronnat inclus)d'avoir une reflexion INTELLIGENTE sur leurs rapports. c pas gagné :-(

  • Florent, le 17/02/2006 à 13h39

    A Bernard, pour qui "les syndicats mettent trop de pressions injustifiés" : on croit rêver là ! Que la boîte doit licencier, soit. Ce n'est pas la première, et pas la dernière. Les plans sociaux sont une réalité. De là, à traiter les gens comme du bétail en leur disant 'j'aurai ta peau', il y a une marge. Je propose que le fisc lui tombe gentiment dessus, à ce tendre monsieur, en lui disant "on aura ton pognon". Face à la barbarie et au cynisme le plus total, faudrait pas s'étonner ensuite que les salariés se révoltent et mettent le feu, comme cela s'est passé ailleurs.

  • Taz, le 17/02/2006 à 11h26

    Pas étonnant puisque les organisations syndicales représentent uniquement la France qui recule.

  • Bassompierre, le 17/02/2006 à 11h15

    D'abord c'est degueulasse ensuite il reste a voir si les grands effets de manche de nos politiques contre les patrons voyous vont amener a quelque chose.Merci tf1...

  • Bernard, le 17/02/2006 à 11h08

    Les syndicats mettent trop de pressions injustifiées sur le dos des employeurs. Ces derniers finissent par en avoir marre (car après tout, les syndicalistes se plaignent mais c'est grâce aux créateurs d'entreprises qu'ils ont du boulot...) et partent à l'étranger...

  • Philippe, le 17/02/2006 à 10h52

    Il faudrait dire a ce guy marie que nous ne sommes plus au 19eme siecle.il faut qu'il soit poursuivit au prud'homme.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience