Préparatifs de mariage pour GDF et Suez

le 26 février 2006 à 08h46 , mis à jour le 27 février 2006 à 10h24

Au sein des deux entreprises, on s'activait dimanche soir pour mettre au point les modalités du rapprochement annoncé samedi par Dominique de Villepin. Une union dénoncée par les syndicats, qui redoutent les conséquences pour l'emploi et les tarifs, et par l'Italie, qui dénonce un "néo-protectionnisme".

villepin_fusion_suez_gdf

Suez et Gaz de France, dont le gouvernement a précipité la fusion pour éviter la chute d'un fleuron du capitalisme français dans des mains étrangères, tentaient de fixer dimanche les modalités d'une opération qui donnera naissance à un géant français et européen de l'énergie. A ce stade des négociations, Gaz de France absorberait le groupe privé Suez à l'issue de la fusion et deviendrait un groupe privatisé.

Dominique de Villepin a annoncé samedi le mariage entre les deux français, cinq jours après que le groupe italien d'électricité Enel a manifesté sa volonté d'acheter Suez. Reste à savoir combien gardera l'Etat français, qui détient 80,2% de GDF mais dont la part sera diluée mécaniquement après la fusion. L'Etat détiendrait entre 35 et 45% du nouvel ensemble fusionné, avec une forte probabilité pour être au-delà de 40%, a-t-on appris dimanche de sources concordantes. Une chose est sûre, l'Etat restera incontournable. "La participation de l'Etat ne sera en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34%", a déclaré Thierry Breton. Le mariage entre Suez, cinquième électricien et sixième groupe gazier en Europe, et GDF, deuxième opérateur gazier européen, pèsera plus de 70 milliards d'euros en Bourse, juste derrière EDF.

Le gouvernement veut aller vite

A l'Agence des participations de l'Etat (APE) comme au sein des deux entreprises, les équipes s'activaient dimanche pour boucler les détails de l'opération. Gaz de France, conseillé par les banques Lazard et Merrill Lynch, avait prévu la tenue d'un nouveau conseil d'administration dimanche dans la soirée pour donner le feu vert à l'opération. Son PDG Jean-François Cirelli devrait tenir une conférence de presse lundi. Suez, conseillé par Calyon et Rothschild, devait également convoquer un conseil dimanche soir, uniquement si le dossier de fusion est bouclé. Les deux groupes avaient convoqué en urgence samedi soir leurs conseils. Chacun a mandaté son PDG pour poursuivre les discussions permettant la fusion "dans le respect des concertations nécessaires". Chacun a aussi souligné samedi "la nécessité du respect de la culture des deux groupes" et l'importance que le projet soit "créateur d'emplois".

Le gouvernement veut en tout cas aller vite : le Parlement sera saisi dans les plus brefs délais pour modifier la loi qui empêche l'Etat de descendre en dessous de 70% du capital de GDF, et Thierry Breton recevra lundi à Bercy les syndicats pour entamer les négociations sur le statut des gaziers. Mais le mariage pourait durer des mois avant d'être consommé car le processus est fait d'étapes intermédiaires : changement de la loi, dépôt d'une offre, examen de la Commission des participations de l'Etat.

Mais l'opération est loin de ne faire que des heureux. Les syndicats, "abasourdis" par l'annonce du gouvernement, ont dénoncé une mesure précipitée signant la privatisation de GDF, avec de lourdes conséquences pour l'emploi, les tarifs et les investissements de l'entreprise. La CGT appelle d'ores et déjà les personnels à "préparer la riposte" lundi. Le premier secrétaire du PS François Hollande a résumé dimanche une fusion par trois mots : "improvisation, précipitation, privatisation". Et pour l'Italie, c'est un camouflet. Le ministre de l'Industrie Claudio Scajola a déclaré dimanche que le "néo-protectionnisme" menaçait "le destin politique et économique de l'Union européenne".

Dominique de Villepin, annonçant le projet de fusion samedi. Image LCI.

le 26 février 2006 à 08:46
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Pierre, le 26/02/2006 à 10h50

    Qu'en est ce que l'etat va cesser de mettre son nez dans les affaires!

  • Romeo, le 26/02/2006 à 10h46

    L'Europe économique n'existe pas, mais le grand Capital lui il existe, pour preuve

  • GG, le 26/02/2006 à 10h00

    C'est encore le consommateur qui va trinquer. vive le liberalisme et ses consequences sur la vie de milliers de gens au profit des nantis.

  • Roger, le 26/02/2006 à 09h32

    On voit bien que l'Europe économique et politique n'existe pas. LOrsqu'Arcelor fait une OPA hostile sur un aciériste canadien, personne ne bronche. Mais lorsque c'est Arcelor qui est visé, branle-bas de combat ! Lorsque la BNP veut avaler une banque italienne, même chose, tout le monde applaudit. Mais lorsque Enel veut absorber Suez, rien ne va plus !!! Le Gouvernement français est en train de batir un "mur de la honte" économique pour isoler la France du reste du monde, et il sera le premier étonné lorsque la réciproque nous sera appliquée !!!!!!!!

Lire tous les commentaires

      logAudience