
Suez et Gaz de France, dont le gouvernement a précipité la fusion pour éviter la chute d'un fleuron du capitalisme français dans des mains étrangères, tentaient de fixer dimanche les modalités d'une opération qui donnera naissance à un géant français et européen de l'énergie. A ce stade des négociations, Gaz de France absorberait le groupe privé Suez à l'issue de la fusion et deviendrait un groupe privatisé.
Dominique de Villepin a annoncé samedi le mariage entre les deux français, cinq jours après que le groupe italien d'électricité Enel a manifesté sa volonté d'acheter Suez. Reste à savoir combien gardera l'Etat français, qui détient 80,2% de GDF mais dont la part sera diluée mécaniquement après la fusion. L'Etat détiendrait entre 35 et 45% du nouvel ensemble fusionné, avec une forte probabilité pour être au-delà de 40%, a-t-on appris dimanche de sources concordantes. Une chose est sûre, l'Etat restera incontournable. "La participation de l'Etat ne sera en aucun cas inférieure à la minorité de blocage, soit 34%", a déclaré Thierry Breton. Le mariage entre Suez, cinquième électricien et sixième groupe gazier en Europe, et GDF, deuxième opérateur gazier européen, pèsera plus de 70 milliards d'euros en Bourse, juste derrière EDF.
Le gouvernement veut aller vite
A l'Agence des participations de l'Etat (APE) comme au sein des deux entreprises, les équipes s'activaient dimanche pour boucler les détails de l'opération. Gaz de France, conseillé par les banques Lazard et Merrill Lynch, avait prévu la tenue d'un nouveau conseil d'administration dimanche dans la soirée pour donner le feu vert à l'opération. Son PDG Jean-François Cirelli devrait tenir une conférence de presse lundi. Suez, conseillé par Calyon et Rothschild, devait également convoquer un conseil dimanche soir, uniquement si le dossier de fusion est bouclé. Les deux groupes avaient convoqué en urgence samedi soir leurs conseils. Chacun a mandaté son PDG pour poursuivre les discussions permettant la fusion "dans le respect des concertations nécessaires". Chacun a aussi souligné samedi "la nécessité du respect de la culture des deux groupes" et l'importance que le projet soit "créateur d'emplois".
Le gouvernement veut en tout cas aller vite : le Parlement sera saisi dans les plus brefs délais pour modifier la loi qui empêche l'Etat de descendre en dessous de 70% du capital de GDF, et Thierry Breton recevra lundi à Bercy les syndicats pour entamer les négociations sur le statut des gaziers. Mais le mariage pourait durer des mois avant d'être consommé car le processus est fait d'étapes intermédiaires : changement de la loi, dépôt d'une offre, examen de la Commission des participations de l'Etat.
Mais l'opération est loin de ne faire que des heureux. Les syndicats, "abasourdis" par l'annonce du gouvernement, ont dénoncé une mesure précipitée signant la privatisation de GDF, avec de lourdes conséquences pour l'emploi, les tarifs et les investissements de l'entreprise. La CGT appelle d'ores et déjà les personnels à "préparer la riposte" lundi. Le premier secrétaire du PS François Hollande a résumé dimanche une fusion par trois mots : "improvisation, précipitation, privatisation". Et pour l'Italie, c'est un camouflet. Le ministre de l'Industrie Claudio Scajola a déclaré dimanche que le "néo-protectionnisme" menaçait "le destin politique et économique de l'Union européenne".
Dominique de Villepin, annonçant le projet de fusion samedi. Image LCI.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




