
La riposte est prête. Afin de contrer l'attaque dont il fait l'objet de la part de l'Italien Enel, lequel a annoncé mercredi qu'il envisageait de faire une OPA hostile sur Suez pour mettre la main sur sa filiale belge Electrabel, le groupe français va s'allier à Gaz de France. Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé samedi le projet de fusion des deux entreprises pour créer un des plus importants groupes gaziers au monde. Le groupe Suez devait tenir un conseil d'administration samedi soir pour "examiner les modalités et le calendrier de la fusion". Le Parlement devra par ailleurs être saisi pour permettre ce rapprochement : l'Etat détient actuellement près de 80% du capital de GDF et la loi lui interdit de descendre sous les 70% - d'où une nécessaire modification législative. Selon des sources gouvernementales, la fusion donnera naissance à "une entreprise à capitaux mixtes" et l'Etat sera "présent directement dans sa gestion".
La rapidité de l'annonce se justifie : le temps était compté car, selon une source proche du dossier, Enel avait prévu de réunir dimanche son propre conseil d'administration afin de lancer, peut-être dès lundi, son offre de rachat. Dans une déclaration, Dominique de Villepin a clairement évoqué "l'importance stratégique de l'énergie" pour expliquer cette décision - même si, probablement pour éviter les accusations de protectionnisme, il s'est gardé de faire référence à la menace Enel. Et, "dès lundi" a-t-il souligné, Thierry Breton entamera des négociations avec les partenaires sociaux en vue de procéder à cette fusion et d'adapter les statuts des personnels des entreprises.
"Une restructuration importante se profile, ce sera dramatique"
"L'indépendance énergétique de notre pays est un enjeu stratégique pour la France", a indiqué le Premier ministre. "C'est aussi une exigence majeure pour tous les Français. Elle suppose de nous doter de tous les instruments nécessaires. Depuis plusieurs mois, les entreprises Gaz de France et Suez discutent d'un projet industriel afin de mettre en commun des activités proches et complémentaires dans les domaines de la production, du transport et de la distribution énergétique. Compte tenu de l'importance stratégique de l'énergie, la fusion de Gaz de France et de Suez semble aujourd'hui la voie la plus appropriée. Avec cette fusion, nous avons l'ambition de créer un des tout premiers groupes mondiaux de l'énergie, en particulier dans le secteur du gaz."
Le président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, l'UMP Patrick Ollier, a adressé samedi un satisfecit au gouvernement Villepin : "Le gouvernement a bien fait d'agir vite en donnant les moyens à cette fusion. Il y va de l'intérêt national". Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s'est félicité d'une "bonne nouvelle de la France". A l'étranger aussi, le projet de fusion a été approuvé par le ministre belge des Finances. Mais l'annonce de Dominique de Villepin a été plus aigrement commentée par le ministre italien de l'Economie. Il a demandé que cesse "la course des Etats européens pour construire des barrières de protection", ajoutant : "Si les choses se poursuivent ainsi, les facteurs de risques augmenteront".
Du côté du personnel de GDF aussi, l'annonce a fait grincer des dents. "Ma réaction est très claire : le personnel ne va pas accepter cette mascarade, car il s'agit d'une pièce montée depuis longtemps, et l'objectif, c'est de donner Gaz de France à Suez", a fulminé Olivier Barrault, administrateur CGT de Gaz de France. "On veut supprimer le caractère public de GDF pour créer un opérateur privé en concurrence avec EDF, ce qui va créer les conditions d'une augmentation de tarifs encore plus fulgurante. Pour le personnel, cette absorption de GDF par Suez aura des conséquences sociales très importantes (...) Une restructuration importante se profile, ce sera dramatique".
Photo d'ouverture : l'annonce du projet de rapprochement par Dominique de Villepin - DR
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