Caisse d'Epargne / Banque Populaire, un mariage contrarié ?

le 13 mars 2006 à 20h20 , mis à jour le 13 mars 2006 à 20h22

Le rapprochement entre les deux banques était en négociation depuis deux mois. Ce dimanche, toutes deux ont réuni leurs conseils d'administration pour l'avaliser. La Caisse des dépôts, laissée à l'écart du projet, s'indigne et brandit son droit de veto.

Banque guichet caisse d'épargne © DR

Le projet de rapprochement entre les groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire, négocié dans le plus grand secret, s'est heurté dimanche à l'opposition de la Caisse des dépôts, laissée dans l'ignorance alors qu'elle est l'actionnaire stratégique de l'Ecureuil. Pour une source proche des deux banques, toutefois, "il s'agit d'une réaction épidermique mais pas d'une critique sur le fond du projet."

Les conseils d'administration des deux banques se sont réunis dimanche après-midi pour avaliser leur projet de rapprochement destiné à donner naissance à la deuxième banque française. Les deux groupes ont annoncé en soirée dans un communiqué commun leur entrée officielle en négociations. Le mariage devrait se faire via une structure commune rassemblant toutes leurs filiales. Les "travaux sérieux" de rapprochement ont débuté il y a près de deux mois au plus haut niveau des deux banques mais la Caisse des dépôts n'a été informée du projet que jeudi. Et seulement parce qu'il s'ébruitait.

Protestations de la Caisse des dépôts, des syndicats et du PCF

"Des premières informations obtenues sur les conditions et les résultats de la négociation, il apparaît que le projet porterait gravement atteinte aux intérêts de la CNCE (Caisse nationale des Caisses d'Eparne, ndlr) et de ses actionnaires", a déclaré la Caisse des dépôts dans un communiqué diffusé une heure après le début des conseils. "Dans ces conditions, Francis Mayer (directeur général de la Caisse des dépôts, ndlr) a indiqué (...) qu'il ferait jouer sur ce projet le droit de veto" prévu dans le pacte d'actionnaires liant l'établissement public aux caisses régionales qui détiennent 65% de la Caisse nationale, ajoutait-elle. Soulignant qu'elle n'a "pas été informée" du projet, la Caisse des dépôts a relevé que "cela constitue un grave manquement aux règles élémentaires de la gouvernance des entreprises".

La CFE-CGC a pour sa part dénoncé lundi les "méthodes de soudards" employées pour le rapprochement des deux groupes, "sans que les personnels concernés soient en quoi que ce soit pris en compte"... Le PCF a demandé la "suspension immédiate" du projet et réclamé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire.

De Natexis à Natixis

Le projet prévoit que Natexis, banque d'affaires des Banques Populaires, servirait de réceptacle aux filiales car elle a l'avantage d'être déjà cotée. Rebaptisée Natixis (Ixis est la banque d'affaires des Caisses d'Epargne), cette structure abriterait les banques d'affaires, la gestion d'actifs, l'immobilier, l'assurance et une partie de la banque de détail grâce à des certificats coopératifs d'investissements (CCI, donnent droit à des dividendes sans droit de vote). Les deux réseaux de distribution resteraient toutefois indépendants, mais l'usine de fabrication des produits commercialisés en agences devrait être commune. Chaque partenaire détiendrait 34% de Natixis, le reste étant coté. La Caisse des dépôts pourrait obtenir une part d'environ 5 à 8%.

Natixis, doté de 40 milliards d'euros de fonds propres, se placerait au deuxième rang en France, derrière le Crédit Agricole, avec une part de marché de 20 à 22%. Reste une inconnue: le sort de CNP Assurances, qui est détenu à 37% par la Caisse des dépôts, à 36% par Sopassure, société commune de La Poste et des Caisses d'épargne et à 1% par l'Etat. Ils sont liés par un pacte d'actionnaires jusqu'au 31 décembre 2008. Le projet de rapprochement a créé la surprise car, après de longs mois de travail, le Conseil de surveillance de la Caisse nationale devait donner le 22 mars l'ultime feu vert à son entrée en Bourse fin 2006. Si le rapprochement avec les Banques populaires aboutissait, il mettrait fin à ce processus de cotation.

Photo d'ouverture : guichet d'une Caisse d'Epargne - DR

le 13 mars 2006 à 20:20
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