
Le basket-ball est une institution aux Etats-Unis. Mais le championnat de NBA n'est pas le seul à passionner des millions de fans à travers le pays. Le sport universitaire est tout aussi populaire que les Ligues professionnelles. Il n'est donc pas étonnant de voir les médias s'y intéresser de près. CBS, la chaîne détentrice des droits de ce championnat a ainsi tenté une expérience révolutionnaire : diffuser gratuitement sur Internet pendant 16 jours les matches de la reprise du championnat universitaire, communément appelée la "folie de mars". Jusqu'ici, les événements sportifs proposés sur Internet étaient payants, en "pay-per-view". En 2005, CBS avait proposé les premiers matches du championnat pour 19,90 dollars sur les portails Yahoo Inc., et CSTV Networks Inc.
L'audience cumulée de la première journée du championnat, le 16 mars, a réuni plus d'1,2 million de spectateurs, selon CBS. La chaîne espère pulvériser ces jours-ci le record de 5 millions de spectateurs sur la même journée, détenu depuis juin par le portail AOL Music de Time Warner, avec la diffusion des concerts Live 8.
Demander aux annonceurs de payer
Ce test mis en place par CBS pourrait bien révolutionner le marché des retransmissions sportives dans le monde. Mais cette offre gratuite pose le problème du financement. En 1999, la chaîne américaine avait racheté les droits de diffusion et d'exploitation numérique des championnats universitaires pour 6 milliards de dollars. Les responsables de la chaîne ont alors cherché un moyen de rentabiliser au mieux ces droits, puisque CBS ne peut diffuser localement qu'un seul des nombreux matches de basket qui ont lieu simultanément.
En lançant cette offre gratuite, l'objectif de CBS est simple : créer une nouvelle source de revenus. "Au lieu de demander aux téléspectateurs de payer, ils demandent aux annonceurs", explique John Swallen, vice-président de la société d'analyse TNS Media Intelligence. "C'est l'occasion de voir si ce nouveau modèle de revenus peut fonctionner".
Pour éviter tout risque de cannibalisation, la chaîne a cependant interdit l'accès Internet à tout match diffusé au même moment par la chaîne locale de CBS, mais donne accès aux autres rencontres se déroulant au même moment ailleurs dans le pays. Les internautes pourront théoriquement avoir accès à 37 des 56 matches qui se dérouleront sur la période.
A voir : site de CBS March On Demand
La "folie de mars" nuit gravement aux affaires |
Cette expérimentation ne fait pas que des heureux. La question est une source de préoccupation pour les employeurs. Des enquêtes ont déjà montré les années passées une nette chute de productivité lors de la "folie de mars", y compris avant la diffusion sur Internet. Selon une estimation de l'agence de reconversion Challenger, Gray and Christmas, les pertes de revenus liées aux employés occupés à regarder les matches en ligne pendant ces 16 jours, pourraient atteindre jusqu'à 3,8 milliards de dollars. Certaines entreprises, comme Corporate Executive Board, basée à Washington, ont ainsi décidé de suspendre l'accès de leurs salariés aux émissions en ligne. "Il s'agit de penser aux affaires", a expliqué un responsable, Derek van Bever, au Washington Post. "Existe-t-il une bonne raison de courir ce risque ? La réponse est non". "Evidemment nous sommes ravis que ce programme ait une telle popularité que les employeurs sentent le besoin de créer des règles pour empêcher les gens de regarder", se réjouit la porte-parole de CBS Sports. Le site de CBS s'est du coup doté d'un "clic pour le patron", qui permet aux utilisateurs, à l'approche de leur supérieur, de ramener sur l'écran une pleine page emplie de données financières. "C'est juste pour plaisanter", précise la porte-parole. |
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