
lci.fr : Laurent Sous, vous élevez des poulets Label Rouge à Saint-Yaguen, près de Mont-de-Marsan. Fabrice Philbert, vous êtes directeur commercial d'un abattoir de la région. Après une chute des ventes de près d'un tiers les deux dernières semaines, le marché semble se redresser ces derniers jours. Comment expliquez-vous cela ?
Laurent Sous : Ca prouve avant tout que la peur de la grippe aviaire n'est pas la seule cause de la diminution de la consommation. Dès que la grande distribution joue le jeu et remet de la volaille en rayon, les courbes de ventes repartent à la hausse. Lors du Salon de l'agriculture, les gens ne venaient pas nous dire qu'ils ne mangeaient plus de poulet, ils voulaient simplement être rassurés sur ce qu'ils pouvaient manger.
Fabrice Philbert : A la première alerte, les grandes surfaces ont anticipé une baisse des achats, en réduisant la place des volailles dans les rayons. Résultat : tandis que les ventes de poulet labellisé dégringolaient, les consommateurs se sont tournés vers des cordons-bleus sous vide, des beignets de poulets et toutes sortes de produits transformés dont la qualité et la traçabilité sont sans comparaison avec les nôtres.
lci.fr : Comment expliquez-vous que les volaillers, qui ne peuvent être accusés de boycotter le poulet, ont aussi constaté une baisse très importante de leurs ventes ? C'est bien que le client se détourne du poulet, non ?
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Fabrice Philbert : Oui, les ventes chutent car les médias ont entretenu la psychose. La grippe aviaire est un sujet qui se vend bien. Chaque soir à la télévision, il y a cette carte, comme pour la météo, qui montre l'état d'avancement de la maladie, le tout accompagné d'une musique dramatique. Histoire de faire monter la pression.
lci.fr : Et que pensez-vous du déploiement des experts et des forces de l'ordre dans l'Ain ? Le gouvernement n'a-t-il pas, avant les médias, sur-réagi ?
Fabrice Philbert : Non, cette mobilisation est légitime. On lui a tellement reproché les mensonges de Tchernobyl ou, plus récemment, la gestion de l'épidémie de chikungunya, qu'il prend toutes les précautions.
lci.fr : Quelle aurait été la bonne couverture médiatique ?
Laurent Sous : La télévision a focalisé sur la grippe aviaire et sur ses conséquences hypothétiques. Elle n'a pas suffisamment montré les éleveurs, leur travail et les précautions qu'ils prennent. Le consommateur est rassuré quand il peut voir quelqu'un du terroir. Les opérations organisées par les éleveurs dans les grandes surfaces font augmenter par deux la vente des produits. Nous aurions dû aller à la rencontre des gens dès la première alerte en octobre, les convaincre que notre façon de travailler est la meilleure garantie.
lci.fr : Peut-on encore se prévaloir de l'argument "élevé en liberté" quand le gouvernement impose le confinement des volailles?
Laurent Sous : Le décret impose de réduire au maximum le séjour à l'extérieur. Il n'impose pas le confinement total qui est, d'ailleurs, impossible pour le bien-être des animaux. Nos poulets ne sont pas simplement élevés en plein air, dans un espace grillagé. Ils vivent en liberté, dans la forêt où ils trouvent une alimentation particulière. Nous avons opté pour une souche rustique, très nerveuse, très sensible au manque de lumière. Le confinement serait fatal. Nous allons plus loin que ce qu'impose la loi en exerçant une surveillance de tout moment sur les élevages et en ouvrant nos portes aux visites inopinées de vétérinaires.
lci.fr : Vous respectez les obligations légales et sanitaires. Mais comprenez-vous que le consommateur soit méfiant, comme vous avez pu le constater lors du Salon de l'Agriculture ?
Fabrice Philbert : La grippe aviaire, comme d'autres maladies, est inévitable. C'est rassurant de savoir que le cas dans l'Ain a été immédiatement détecté, que l'animal n'est pas entré dans la chaîne alimentaire et que d'autres élevages n'ont pas été contaminés. Les gens devraient être rassurés de voir que les éleveurs ont maîtrisé la crise tout en jouant la transparence. Ca nous rend malades de voir que le système sanitaire, qui nous coûte des millions d'euros depuis des années, ne permet pas d'enrayer la chute des ventes.
lci.fr : Pourquoi le consommateur vous ferait-il confiance ? Après ce qu'a vécu l'éleveur de l'Ain, assailli par les médias, n'allez-vous pas réfléchir à deux fois avant de déclarer un animal malade ?
Laurent Sous : Pour qui nous prenez-vous ? D'abord, l'Etat garantit l'indemnisation de l'éleveur qui serait obligé d'abattre les animaux. Ainsi, il n'a pas de raison financière de cacher un cas. Ensuite, il existe la fiche sanitaire, un journal tenu au jour le jour de l'état de l'élevage. Un camion qui arriverait à l'abattoir avec une fiche douteuse repartirait immédiatement chez l'éleveur. Mais avant tout, je suis humain, j'ai une famille. Les animaux que je vends sont aussi ceux que ma famille et moi mangeons. Voilà la meilleure garantie.
Fabrice Philbert : Imaginons même le cas d'un éleveur peu scrupuleux qui ne déclarerait pas un cas de grippe aviaire. Il ne nous faudrait pas longtemps à nous, abatteurs, pour nous en rendre compte. Nous connaissons à l'unité près le nombre de poulets mis en élevage puis amenés à l'abattage. Nous sommes nous-mêmes contrôlés au poulet près, y compris lorsque les animaux sont commercialisés en pièces découpées. Chaque poulet est numéroté.
A voir : le site Qualité Landes
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