Natixis prend forme dans la contestation

le 12 mars 2006 à 19h48 , mis à jour le 13 mars 2006 à 20h31

Les dirigeants de la Banque Populaire et de la Caisse d'Epargne ont présenté lundi leur projet de rapprochement, qui devrait créer un nouveau géant bancaire : Natixis. Un projet toujours contesté par la Caisse des Dépôts, et qui suscite la colère des syndicats, redoutant les conséquences sociales.

Banque guichet caisse d'épargne © DR

Les patrons des groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire ont officiellement présenté lundi Natixis, futur géant bancaire issu du rapprochement de la quasi-totalité de leurs filiales qui devrait voir le jour fin 2006. Charles Milhaud, patron de l'Ecureuil, et Philippe Dupont, patron des Banques Populaires, ont affirmé que des "fuites" les avaient contraints "à précipiter" leur calendrier. Ils avaient convoqué dans l'urgence leurs conseils d'administration dimanche et annoncé dans la foulée l'ouverture de "négociations exclusives". Selon eux, le projet n'en est qu'à ses "prémices" et rien n'est "verrouillé", mais la silhouette du nouvel ensemble est déjà largement dessinée.

Côte à côte, les deux patrons ont vanté les mérites d'un mariage atypique dans lequel les réseaux d'agences bancaires vont rester indépendants et où certaines activités ne seront pas fusionnées, à l'instar de l'assurance. Natixis "aura vocation à être un acteur majeur sur tous les métiers", a dit Philippe Dupont, ajoutant que la structure commune "rassemblera tout ce qui peut créer de la valeur". En matière d'assurance, les deux groupes disposent déjà de "partenaires efficaces, donc les synergies seraient minces comme du papier à cigarettes", a-t-il précisé. Reste que des synergies sont prévues "dès l'origine" par la fusion des activités de banque de financement, de gestion d'actifs, de services financiers (y compris Coface), de gestion privée, de capital-investissement.

"Une politique du coup de force"

Chaque partenaire détiendra 34% de son capital et au minimum 25% sera coté en Bourse. Le solde de 7% est destiné à d'"autres actionnaires institutionnels", ont-ils indiqué sans citer la Caisse des Dépôts. Actionnaire stratégique de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE), l'établissement public compte utiliser son droit de veto sur le rapprochement qui "porterait gravement atteinte aux intérêts de la CNCE et de ses actionnaires". Il réagit très mal au fait d'avoir été informé tardivement du projet, contrairement à ce que prévoit le pacte d'actionnaires qui le lie aux Caisses d'Epargne.

Il n'est pas le seul. Plusieurs syndicats de la banque et de la finance ont dénoncé lundi ce rapprochement, fustigeant un adossement "des Caisses d'Epargnes au marché financier" et une atteinte à la mission "d'intérêt général" de la Caisse des dépôts. Les fédérations Banque-Assurance et Finances de la CGT ont critiqué ainsi "le caractère secret des tractations menées", et "l'incompatibilité avec les missions dévolues par la loi aux Caisses d'Epargne (notamment financement du logement social, lutte contre l'exclusion, protection de l'épargne populaire)". Les fédérations pointent aussi "des conséquences sociales facilement imaginables". La CFDT critique "une politique du coup de force". La CFE-CGC condamne "une manoeuvre boursière qui, au passage, serait destructrice pour certaines filiales concernées", demandant : "Quelle confiance les futurs actionnaires pourraient-ils avoir dans des entreprises dont les dirigeants ne connaissent que des méthodes de soudards ne respectant rien ni personne ?".

Photo d'ouverture : guichet d'une Caisse d'Epargne - DR

le 12 mars 2006 à 19:48
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