Pour des DRH, le CPE est un projet mal vendu

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 07 mars 2006 à 17h16 , mis à jour le 07 mars 2006 à 18h39

Reçu lundi par Dominique de Villepin, Sylain Lecoq, le responsable d'un club de DRH décrypte le "cafouillage de communication" lors de la présentation initiale du Contrat Première Embaûche. Il détaille les améliorations proposées par certains chefs d'entreprise au gouvernement.

emploi travail chômage Anpe

Qu'avez-vous dit au Premier ministre lundi lors de votre entretien à Matignon ? 

En tant que club de DRH, nous avons confirmé au Premier ministre que l'ensemble des CDI prévus en embauche dans les grandes entreprises serait maintenu. Ce sont des emplois pourvus par des jeunes issus d'écoles de commerce et d'ingénieurs. Il n'y aura pas là de remplacement par des CPE.

Puis, à sa demande, nous avons expliqué à Dominique de Villepin notre perception du CPE. Selon nous, il concerne deux catégories de personnels très différents :

- d'une part, les jeunes qui sortent du système scolaire avant le bac, sans qualifications. Ces personnes ont besoin d'une réelle formation de base pour certains métiers tels que la restauration, le bâtiment ou la santé. Ce sont plus de 20 000 emplois non pourvus. Or, cette formation initiale n'est pas prévue dans le projet CPE, c'est une de nos exigences. Le contrat débuterait alors par une formation de 6 à 9 mois. Du coup, beaucoup des CPE seraient raccourcis et transformés en CDI automatiques, parce que les bons que nous avons, qu'on a formés, il n'est pas question qu'on les perde. Dans beaucoup de cas, les deux années du CPE seront ramenées à un an.

- d'autre part, pour la deuxième catégorie, les jeunes universitaires, il ne faut pas présenter les deux ans comme une période d'essai. C'est un cafouillage de communication dommageable. Il faut la présenter comme une période de consolidation économique et commerciale. En effet, dans un contexte de croissance molle, une entreprise ne va pas recruter en CDI si la pérennité du poste n'est pas assurée. Au bout de quelques mois, l'employeur devra alors se lancer dans une procédure de licenciement, ce que les entreprises ne veulent pas faire. En conséquence, le CPE a la vertu de la flexibilité économique. Mais on n'a pas du tout expliqué cela aux jeunes, ce qui les a fait partir en torche à juste titre. On n'a pas besoin de deux ans pour juger de la compétence d'une personne. En éliminant cette fausse idée de période d'essai, on peut alors expliquer que les entreprises ont vraiment besoin de deux ans pour s'assurer de la viabilité économique d'un poste.

Comment expliquez-vous cette contestation d'une partie de la jeunesse ? 

Tout d'abord, je me souviens avoir été étudiant et méconnaître alors la réalité du monde de l'entreprise. Il faut faire beaucoup plus de pédagogie. Cet effort d'explications n'a été fait ni par le gouvernement, ni par les syndicats patronaux ou de salariés, et peu par les médias. Par ailleurs, le débat prend aujourd'hui une teneur idéologique qui n'a rien à voir avec le problème de l'emploi des jeunes.

 Le Premier ministre s'est-il montré ouvert au dialogue lors de cette réunion ? 

Je ne le connaissais pas et il s'est montré très à l'écoute et soucieux de trouver des solutions. Il a pris beaucoup de notes et nous a questionnés sur nos propositions. Je lui ai tout de même fait remarquer qu'il eut été préférable d'avoir ces discussions avant la mobilisation et les manifestations. Il a esquissé un sourire.

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 07 mars 2006 à 17:16
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5 Commentaires

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  • Patrick, le 08/03/2006 à 17h04

    Bonjour les drh sont a la solde des patrons pour mettre les gens non productifs a la porte avec le cpe ca leur fait moins de travail ils craignent pour leur avenir

  • Gerald, le 08/03/2006 à 11h45

    C'est normal que les politiques et les syndicats aient du mal à comprendre les réalités de l'entreprise: ni les uns ni les autres n'ont la moindre idée de comment elles fonctionnent.

  • Chidan, le 07/03/2006 à 20h49

    De qui se moque t'on ,on ne met pas un projet en place sans avoir consulter personne,absolument personne,pour etre pretendre par la suite ouvrir des negociations ou debats,c'est ou nous prendre pour des imbéciles ou l'etre completement ! à vous de choisir

  • Bevant, le 07/03/2006 à 20h00

    J ai une fille en terminale heureusement qu elle est capable de se faire sa propre opinion car les professeurs étant contre ils influencent hélas les élèves ce qui devrait etre totalement interdit.

  • Bea, le 07/03/2006 à 19h29

    La pédagogie économique en France n'a jamais été un fort et encore moins le pragmatisme. Business est un mot honteux. Et en général les mentalités et les discours sont bien trop politisés et idéologiques. Encore des maux bien français...

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