
Qu'avez-vous dit au Premier ministre lundi lors de votre entretien à Matignon ?
En tant que club de DRH, nous avons confirmé au Premier ministre que l'ensemble des CDI prévus en embauche dans les grandes entreprises serait maintenu. Ce sont des emplois pourvus par des jeunes issus d'écoles de commerce et d'ingénieurs. Il n'y aura pas là de remplacement par des CPE.
Puis, à sa demande, nous avons expliqué à Dominique de Villepin notre perception du CPE. Selon nous, il concerne deux catégories de personnels très différents :
- d'une part, les jeunes qui sortent du système scolaire avant le bac, sans qualifications. Ces personnes ont besoin d'une réelle formation de base pour certains métiers tels que la restauration, le bâtiment ou la santé. Ce sont plus de 20 000 emplois non pourvus. Or, cette formation initiale n'est pas prévue dans le projet CPE, c'est une de nos exigences. Le contrat débuterait alors par une formation de 6 à 9 mois. Du coup, beaucoup des CPE seraient raccourcis et transformés en CDI automatiques, parce que les bons que nous avons, qu'on a formés, il n'est pas question qu'on les perde. Dans beaucoup de cas, les deux années du CPE seront ramenées à un an.
- d'autre part, pour la deuxième catégorie, les jeunes universitaires, il ne faut pas présenter les deux ans comme une période d'essai. C'est un cafouillage de communication dommageable. Il faut la présenter comme une période de consolidation économique et commerciale. En effet, dans un contexte de croissance molle, une entreprise ne va pas recruter en CDI si la pérennité du poste n'est pas assurée. Au bout de quelques mois, l'employeur devra alors se lancer dans une procédure de licenciement, ce que les entreprises ne veulent pas faire. En conséquence, le CPE a la vertu de la flexibilité économique. Mais on n'a pas du tout expliqué cela aux jeunes, ce qui les a fait partir en torche à juste titre. On n'a pas besoin de deux ans pour juger de la compétence d'une personne. En éliminant cette fausse idée de période d'essai, on peut alors expliquer que les entreprises ont vraiment besoin de deux ans pour s'assurer de la viabilité économique d'un poste.
Comment expliquez-vous cette contestation d'une partie de la jeunesse ?
Tout d'abord, je me souviens avoir été étudiant et méconnaître alors la réalité du monde de l'entreprise. Il faut faire beaucoup plus de pédagogie. Cet effort d'explications n'a été fait ni par le gouvernement, ni par les syndicats patronaux ou de salariés, et peu par les médias. Par ailleurs, le débat prend aujourd'hui une teneur idéologique qui n'a rien à voir avec le problème de l'emploi des jeunes.
Le Premier ministre s'est-il montré ouvert au dialogue lors de cette réunion ?
Je ne le connaissais pas et il s'est montré très à l'écoute et soucieux de trouver des solutions. Il a pris beaucoup de notes et nous a questionnés sur nos propositions. Je lui ai tout de même fait remarquer qu'il eut été préférable d'avoir ces discussions avant la mobilisation et les manifestations. Il a esquissé un sourire.
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