Le succès de la mobilisation n'est-il pas le fait des étudiants ?
Bernard Thibault : La mobilisation étudiante est plus importante, notamment en région parisienne car le 7 février, nous étions en période de vacances scolaires. C'est d'ailleurs ce qui nous permettait de penser que la journée de mardi serait plus suivie. Dans les cortèges, il y avait un tiers de jeunes lycéens et étudiants et deux tiers de salariés du public et du privé. Il y a eu une complémentarité intergénérationnelle que le gouvernement doit prendre en compte.
Le taux de participation dans des bastions tels que la RATP ou la SNCF a cependant été très faible.
B.T : Nous n'avions pas fait de l'arrêt de travail un objectif en soi. Nous avons surtout tablé sur la participation aux manifestations en laissant le choix à chacun de poser un arrêt de travail ou pas. Cela veut dire que nous avons des crans supplémentaires à notre disposition pour de prochaines actions.
Ne pensez-vous pas que les salariés se sentent moins concernés par le CPE ?
B.T : Ce n'est pas une mobilisation envers les plus jeunes. Ce qui était porté aujourd'hui, c'est la mobilisation contre une précarité qui se généralise dans le monde du travail. Le gouvernement n'a pas caché que c'était aujourd'hui une mesure réservée aux moins de 26 ans mais qu'il ne s'en tiendrait pas là. Beaucoup de salariés ont compris que le mauvais sort qu'on réservait aux jeunes était une anticipation sur ce que le patronat visait d'ici quelques mois pour l'ensemble des salariés.
Les syndicats se réunissent jeudi pour décider des suites à donner. Que va proposer la CGT ?
B.T : Nous allons faire le point jeudi matin avec l'ensemble de nos organisations départementales pour déterminer la suite adéquate à donner à la mobilisation. Nous n'avons pas encore de propositions. Je pense qu'avec les autres organisations syndicales, nous allons nous mettre d'accord sur un prochain rendez-vous national.
Après l'échec de l'action syndicale sur la réforme des retraites, de l'assurance maladie ou de l'ouverture du capital d'EDF et de GDF, le CPE est l'occasion pour les syndicats de "se refaire" ?
B.T : Nous ne pouvons pas laisser le gouvernement installer un droit de licenciement instantané sans avoir de motif à présenter pour les employeurs. Il n'est pas possible d'imaginer que la France revienne en arrière sur une législation de plus de trente ans. C'est dire que nous ne lâcherons pas le morceau sur une question comme celle-là.
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