© LCILa CGT a connu des heures plus glorieuses. Est-elle en déclin ?
Dominique Labbé* : Les problèmes à la CGT ont commencé avec la chute du mur de Berlin. Le parti communiste était la colonne vertébrale du syndicat et depuis sa dislocation, les facteurs de discordes ont été importants. Il y a deux lignes fortes au sein du syndicat aujourd'hui : une favorable à une union avec le PS et qui souhaite combiner la lutte avec le dialogue social. Il existe par ailleurs de très fortes minorités comme à Marseille qui sont sur une ligne ultra et favorisent des liens avec l'extrême gauche, les trotskystes ou encore le mouvement alter mondialiste.
Le congrès risque-t-il d'être le théâtre de la discorde de ces deux tendances ?
D.L : Le congrès n'a pas l'importance qu'on lui donne. Les fédérations départementales ont eu pour mot d'ordre de donner la meilleure image possible de la CGT et de choisir comme délégués le plus possible de femmes, de jeunes ou de personnes issues de l'immigration. Il y aura sans doute un peu plus de voix discordantes qu'avant -à l'image du cafouillage lors du référendum sur la constitution européenne (Bernard Thibault était favorable au oui tandis que les instances de la CGT ont décidé d'appeler à soutenir le non, ndlr) et le congrès ne sera peut-être pas à l'image des grands messes que nous avons connues.
La bataille du CPE a -t-elle remis en selle la CGT après plusieurs combats sociaux perdus ?
D.L : En effet, concernant le CPE, la CGT s'est raccrochée aux wagons des jeunes manifestants car il faut bien dire qu'avant qu'ils ne descendent dans les rues, les organisations syndicales s'étaient contentées de simples communiqués de protestation. Mais ce n'est pas pour autant que la CGT va gagner des adhérents. Depuis la fin des années 70, toutes les organisations syndicales sont incapables de transformer en adhésions la mobilisation des grands mouvements sociaux. Si l'on prend les grèves de 1995, temps fort du mouvement social, les syndicats en sont sortis sans un adhérent de plus.
Cela pose la question de la représentativité des syndicats.
D.L : La loi désigne cinq syndicats comme étant représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE-CGC, ndlr) et leur alloue à cet effet des moyens financiers confortables. Or les bureaucraties n'ont pas besoin d'adhérents. Selon les chiffres que publie la CGT, les cotisations ne représentent qu'un tiers des ressources du syndicat.
Comment expliquez-vous que la CGT reste cependant le premier syndicat dans les élections professionnelles ?
D.L : La confédération reste très populaire parmi les salariés d'exécution (ouvriers, petits employés...) car elle a une image de "grande gueule", de syndicat qui ne se laissera pas faire. Mais les ouvriers sont de moins en moins nombreux. La moyenne d'âge des adhérents pose un problème : les retraités sont majoritaires à la CGT cheminots et sont 40% dans la fédération énergie.
Pourquoi cette désaffection quand même les pays où le syndicalisme n'est pas dans les habitudes ont des taux de syndicalisation supérieurs à la France ?
D.L : La France a le même taux de salariés syndiqués que la Turquie, c'est-à-dire moins de 10% quand même les Etats-Unis ont 18% de syndiqués malgré une législation très restrictive. En France, les syndicats ne sont pas menacés de péricliter mais manquent d'enracinement social. Les salariés ont parallèlement le sentiment d'avoir été abandonnés alors que les conditions de travail se dégradent. Quand, dans mes recherches, je rencontre des syndicalistes, je me rend compte qu'ils ne voient quasiment jamais ni les salariés ni les adhérents qu'ils représentent.
*Dominique Labbé est enseignant et chercheur à Sciences-Po Grenoble et co-auteur de "Histoire du syndicalisme 1906-2006", Seuil et de "La CGT organisation et audience depuis 1945" avec Dominique Andolfatto.
Photo : cortège de la CGT en 2003 lors des manifestations contre la réforme des retraites.
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