© DRQuel peut être l'impact d'une poursuite de la hausse du prix du pétrole sur l'économie française ?
Frédéric Reynes* : La hausse du prix du brut provoque une hausse de prix des produits intermédiaires qui coûtent plus cher à fabriquer. Soit les entreprises répercutent les coûts supplémentaires sur le prix que paiera le client soit elles rognent sur leur marge. Dans le dernier cas, cela se fera sentir sur leur capacité à investir et, à terme, sur leurs embauches. Dans le premier cas, c'est le pouvoir d'achat des ménages français qui sera touché et si cela n'est pas compensé par une hausse des crédits à la consommation ou une moindre épargne, la consommation baissera.
Peut-on évaluer l'incidence de la hausse du pétrole sur la croissance française ?
F.R : Il faut rester prudent car les estimations dépendent de beaucoup de facteurs. L'OFCE a tout de même émis des hypothèses. Une hausse de 15 dollars du baril de brut entraîne une baisse de 0,3% du PIB (produit intérieur brut qui mesure la croissance). Et si la banque centrale modifie sa politique monétaire, c'est-à-dire remonte les taux d'intérêt afin d'éviter un retour de l'inflation, la perte de croissance passe à 0,5%.
Certains analystes soulignent que les hausses de prix des dernières années n'ont pas empêché la croissance mondiale de se maintenir à un bon rythme. N'y a-t-il donc pas de raison de s'inquiéter ?
F.R : Tout dépend de la façon dont la France va réagir à long terme concernant l'énergie et l'évolution du prix du pétrole est elle-même très difficile à déterminer. Un baril à 80 dollars (il a récemment dépassé les 70 dollars, ndlr) est inévitable, la question est de savoir quand. Avant le problème était de faire coïncider l'offre et la demande, l'Opep (groupement des pays producteurs de pétrole) fixait un prix et produisait en conséquence. Depuis 2004, l'Opep n'arrive plus à faire respecter ce prix ; elle a augmenté sa production mais cela ne suffit pas à enrayer la hausse du prix.
Peut-on comparer la situation actuelle aux chocs pétroliers des années 70 ?
F.R : Non, nous étions beaucoup plus dépendant du pétrole à l'époque et même si la hausse des prix est forte aujourd'hui, elle n'est " que " de 250% sur les 5 dernières années quand elle avait été de 450% en un trimestre en 1973 et de 180% en un an en 1979. Nous étions à l'époque dans une économie inflationniste alors qu'aujourd'hui l'inflation est maîtrisée.
* : Frédéric Reynes est économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et spécialisé dans les questions pétrolières.
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