
C'est un Bernard Thibault très sûr de lui qui s'est exprimé lundi. Le secrétaire général de la CGT a appelé le 48e congrès de Lille à lui laisser les coudées franches pour "bouger la CGT" et à l'adapter aux nouvelles réalités du monde du travail, en s'appuyant longuement sur la victoire remportée avec le CPE grâce à l'unité syndicale.
"Nous n'allons pas demander aux salariés de s'adapter à la CGT, nous allons bouger la CGT pour aller vers eux !", a lancé à la tribune le leader du premier syndicat français, en dressant le bilan de son 2ème mandat pendant une heure et demie. A l'heure actuelle, la France a le plus bas taux de syndicalisation des pays de l'OCDE: 9,7%, contre par exemple 25% en Allemagne.
Costume sombre et cravate rouge, parlant avec aisance, M. Thibault a longuement évoqué les douze semaines de lutte victorieuse contre le CPE, qui ont selon lui "validé" sa stratégie depuis son accession à la tête de la CGT en 1999.
"Ensemble, nous étions plus forts"
Cette "belle page écrite par le syndicalisme français", est un "succès collectif" permis par "l'unité des lycéens, étudiants et salariés" et le "soutien inédit des syndicats de nombreux pays" d'Europe, a-t-il souligné, défendant le rassemblement des syndicats en France et à l'international. La "mobilisation conjointe des salariés et d'une grande partie de la jeunesse" a été "décisive", dans cette victoire, a-t-il martelé.
"Ensemble, nous étions plus forts", a rappelé M. Thibault, rendant hommage aux trois leaders des organisations étudiantes Bruno Julliard (Unef) et lycéennes, Karl Stoeckel (UNL) et Tristan Rouquier (Fidl) présents, et ovationnés par les congressistes. Il a ensuite appelé les syndicats à "faire la peau" au contrat nouvelles embauches (CNE), au coeur des prochaines manifestations du 1er mai.
Les congressistes, qui vont voter jeudi sur le document d'orientation, la feuille de route du syndicat pour les trois ans à venir, doivent "confirmer" et "accélérer" la stratégie "validée depuis trois congrès", a-t-il souhaité.
Car avec 711.000 syndiqués, dont 53% issus du privé et "moins d'un tiers de femmes", et avec 25.000 nouveaux adhérents depuis le congrès précédent, la CGT "a encore du chemin à faire" pour atteindre son cap d'un million de syndiqués.
"Rester unie"
Elle doit "conquérir de nouveaux droits", tels que la "sécurité sociale professionnelle", un "ensemble de droits indiviuels, transférables d'une entreprise à l'autre", a plaidé M. Thibault. Tout en se félicitant de voir ce thème "au coeur du débat public", il a mis en garde contre "les contrefaçons" d'une idée "brevetée CGT". Le syndicat doit aussi engager la réforme de ses structures en créant des syndicats de sites, au plus près des salariés précaires ou travaillant dans la sous-traitance, a-t-il dit.
Après avoir plaisanté et lancé des piques à l'égard du Medef ou du gouvernement, tout au long de son discours, Bernard Thibault a repris son sérieux pour tenter de déminer l'épineux sujet de la réforme du système de répartition des cotisations versées par les adhérents.
Cette réforme, contestée en interne, n'est "pas incompatible" avec une "autonomie des syndicats jalousement surveillée", a-t-il assuré. Combattue par de puissantes fédérations (chimie, cheminots...), elle permettrait de centraliser et d'automatiser le reversement, entre structures de la CGT, des quelques 3 millions d'euros de cotisations annuelles.
Evoquant la "secousse" interne provoquée par le douloureux épisode du référendum européen de 2005, il a souligné que la CGT avait su "rester unie" en dépit de "différences d'appréciation".
(Bernard Thibault au congrès lundi/DR)
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