© INTERNE"Alstom, dès qu'elle a eu connaissance des risques liés à l'amiante, a pris des initiatives" dès les années 70 afin de "supprimer autant que possible l'utilisation d'amiante". A la barre, Jean-Michel Lemasle, président du conseil d'administration d'Alstom Power, jugée en tant que personne morale.
Sa société est jugée devant le tribunal correctionnel de Lille pour "mise en danger de la vie" de salariés à Lys-Lez-Lannoy (Nord) de 1998 à 2001 pour non-respect de la législation sur l'amiante. Jeudi Alstom Power Boilers, a répété avoir pris les mesures nécessaires pour protéger ses salariés.
Produit cancérigène
D'emblée le président du tribunal, Christophe Courtalon, a mis en contradiction ces affirmations avec les faits, en rappelant qu'en 1998 et 2001, l'amiante était encore très présente dans l'usine de chaudières nordiste. Une présence due à des accumulations anciennes de poussières d'amiante, et aussi liée à des équipements qui contiennent le produit cancérigène, comme des pinces de soudure.
Quelque 40 tonnes de poussières d'amiante seront ainsi retirées au moment du désamiantage du site en 2002, selon Me Jean-Paul Teissonnière, l'un des avocats des quelque 150 salariés partie civile. Et pourtant, aucun contrôle du niveau d'empoussièrement ne sera réalisé entre 1997 et 2001, fait remarquer M. Courtalon.
"La société a estimé qu'il n'y avait pas de raison de faire des prélèvements, parce qu'il n'y avait pas de risques d'inhalation après les mesures mises en oeuvre", s'est justifié M. Lemasle, arguant que les contrôles de 1997 avaient montré un niveau d'empoussièrement inférieur au seuil réglementaire. Pour lui, l'amiante présente à certains endroits était "inerte dans des conditions normales d'utilisation". Un argument là aussi contesté par le président pour qui des produits usagers comme des freins pouvaient libérer dans l'air des fibres d'amiante.
Quant aux salariés exposés, ils disposaient, poursuit M. Lemasle, d'un équipement adapté (combinaison, masques...), ce que nient les employés, lesquels évoquent par exemple la destruction d'un four, réalisée sans protection adéquate.
"L'immense paradoxe"
Longuement interrogé sur le "refus" de distribuer un questionnaire de recensement du personnel ayant été en contact ou travaillant avec de l'amiante, comme le demandait le médecin du travail, M. Lemasle a de nouveau assuré que la société était "convaincue d'avoir mis en oeuvre les dispositions nécessaires pour que la sécurité du personnel soit assurée".
L'homme, en poste depuis seulement novembre 2005, a fini toutefois par concéder qu'il y avait "peut-être eu une erreur d'appréciation". Le procureur Ludovic Duprey a lui souligné l'"immense paradoxe" d'Alstom à se "présenter comme un précurseur" en matière d'amiante, alors qu'"il n'y a plus grand-chose quand il s'agit de faire du concret".
Me Teissonnière a jugé hors audience que "l'état de non-information de la direction d'Alstom paraissait aberrante", les réponses des deux représentants du groupe - M. Lemasle et Bernard Gomez, dernier directeur du site de Lys poursuivi lui en tant que personne physique - apparaissant à plusieurs reprises imprécises.
Peu avant le début du procès, qui se poursuit vendredi, environ 200 personnes, dont de nombreux ex-salariés d'Alstom et une dizaine de veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante de Dunkerque, avaient manifesté devant le tribunal.
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