© INTERNEAu milieu des tables de bois du Phytobar, un café-restaurant bio du 5ème arrondissement de Paris, pas de cendrier. Sur le bar, non plus. Normal, on est dans un des 80 établissements "100 % sans tabac" qui a adhéré à la charte proposée en 2004 par la Ville de Paris et le Syndicat national des hôteliers. Fetna, une jeune femme libanaise de passage à Paris, apprécie cette ambiance "où l'on respire". "Je viens ici tous les jours ! Je ne fume pas, je suis pour la nature, pour les choses organiques". Il ne faut pas croire pour autant que les établissements "100 % sans tabac" sont réservés aux gens qui ne fument pas.
Alexandre Kaliszack, le gérant, le confirme : "Contrairement à ce que je pensais, la plupart de nos clients sont fumeurs. Ils viennent dîner ou boire un verre et sortent fumer une cigarette. D'ailleurs, c'est sympa car des personnes font connaissance comme ça. Ici, c'est bio et non-fumeur, d'accord mais ce n'est pas triste pour autant : on boit, on chante, on écoute de la musique... "
"Une bonne surprise"
Au Saint-Christophe, un hôtel classieux du quartier latin, des bouquets de fleurs fraîches ont détrôné les cendriers. "Une très bonne surprise" pour Tara Grawczyk, une touriste américaine venue de Chicago. "Nous sommes non fumeurs et l'on déteste l'odeur de cigarette", explique-t-elle dans un large sourire.
Devant la forte demande de chambres "non-fumeur", en grande majorité de la part de sa clientèle anglophone, M. Robat, le propriétaire des lieux, a décidé il y a deux ans d'interdire totalement cigares et cigarettes. Un autocollant bleu, discret, le rappelle sur la porte d'entrée. Pour lui, sa démarche est "naturelle". "Cela fait partie de la qualité qu'un client est en droit d'attendre" explique-t-il. Avec cette interdiction, plus de problème de trous de cigarettes dans les moquettes et d'odeurs imprégnées sur les tissus d'ameublement.
Les clients, eux, apprécient qu'on puisse leur proposer une chambre où ils sont certains de ne pas passer après un fumeur. C'est le cas de Valérie Ignerski qui séjourne régulièrement au Cécil Hôtel, "100% sans tabac" depuis 2004. Elle parle d'un "plus pour les non-fumeurs". "Depuis que je connais les hôtels sans tabac, je ne choisirai plus que ceux-là" ajoute-t-elle.
"Des mégots dans les toilettes"
Pour ce qui est des clients, certains demandent toujours où ils peuvent s'en griller une sans gêner. Fumer dehors est la seule possibilité et "ça se passe le mieux du monde" explique M. Robat. Un cas qui n'a pas valeur d'exemple. "Hier, un client qui avait réservé pour 6 jours est parti au bout de 24 heures parce qu'il ne pouvait pas se passer de fumer dans sa chambre" raconte François Meisel, le directeur de l'hôtel Cécil à Paris dans le 14ème arrondissement.
Dans chacun des hôtels sans tabac, certains inconditionnels n'hésitent pas à déroger à la règle. "Je retrouve parfois des mégots dans les toilettes" raconte M. Robat, qui n'exclut pas que certains se cachent dans la salle de bains ou fument à la fenêtre.
"Un argument économique"
Dans certains endroits, le label "100% sans tabac" s'impose comme un argument économique. C'est le cas au Cardinal, un restaurant du 2e arrondissement de Paris. Chamkhia Choukri, le directeur, explique : "Nous nous sommes aperçus que l'espace non-fumeur du rez-de-chaussée n'était plus suffisant. Il y avait une demande de la part de nos clients de pouvoir dîner dans un espace non enfumé. Nous y faisons d'ailleurs un chiffre d'affaires conséquent. De moins en moins de Français fument, il est donc normal que l'espace qui leur est réservé augmente en conséquence."
A l'Hôtel Terrass, à Paris, dans le 18e arrondissement, même constat de Jean-Luc Binet. "La moitié de notre établissement est non-fumeur soit un étage sur deux. Nous avons opté pour ce système pour deux raisons : le tabac est un problème de santé public que personne ne peut ignorer, et c'est un argument économique.
Dans certains cas, l'absence totale de fumée s'impose. "Thés de Chine" est un lieu de dégustation. Rien de plus naturel, pour Vivien, le patron, car " le thé est fragile et la fumée de cigarette altère son goût". Richard Rittelmann, un baryton d'une trentaine d'années, passe la porte du salon de thé et confirme : "quand on goûte à des boissons savoureuses, on n'aime pas être pollué par une quelconque fumée".
Interdiction de fumer dans les lieux publics : " une décision avant la fin de l'année " |
Une "décision sera prise avant la fin de l'année" sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, a affirmé mercredi le ministre de la Santé Xavier Bertrand, interrogé sur France Info à l'occasion de la Journée mondiale sans tabac. Le ministre, qui "souhaite qu'on aille vers cette interdiction", a indiqué qu'une consultation très large était lancée à partir de mercredi sur Internet (www.forum.gouv.fr) ou en écrivant au ministère de la Santé "qui sera terminée avant la fin de l'été". Les "esprits ont évolué", a ajouté le ministre, en affirmant que ce n'est "plus le principe qui est en jeu, ce sont les modalités d'application".
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