© INTERNELe marché du disque est reparti sensiblement à la baisse au premier trimestre 2006, une chute qui n'a été que très partiellement compensée par la progression pourtant nette des ventes en téléchargement, selon les chiffres rendus publics par le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep). Ce bilan, présenté mercredi à la presse, est "assez décevant", a reconnu le directeur général du Snep Hervé Rony, qui évoque une "spirale très mauvaise" pour les "ventes physiques" (singles, albums et vidéo musicale).
Le chiffre d'affaires en France (gros hors taxe) du marché physique a baissé de 12% par rapport au premier trimestre 2005. Cette chute, qui survient après une année 2005 charnière (baisse modérée, -2,6%), a été "très peu compensée" par le triplement des "ventes numériques" (téléchargements et téléphonie mobile), a précisé M. Rony lors d'un point de presse. Le Snep invoque plusieurs facteurs pour expliquer ces mauvais chiffres, dont l'examen au Parlement du projet de loi DADVSI (droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information) et le mouvement contre le CPE (contrat première embauche). "Le débat sur la loi DADVSI a eu un gros impact sur les consommateurs, qui ont beaucoup téléchargé (illégalement, NDLR) à ce moment-là, comme s'ils se disaient : 'dépêchons-nous avant la fin'", a avancé Christophe Lameignère, vice-président du Snep et président de Sony-BMG France. En outre, "c'est une intuition, mais on peut penser que pendant la crise du CPE, les jeunes ont eu autre chose à faire que d'aller acheter des disques", a ajouté le producteur.
Le téléchargement légal représente 5% du marché
Au 31 mars 2006, le marché numérique, qui concernait beaucoup plus les sonneries et les titres pour mobiles (63%) que les téléchargements sur Internet (37%), ne représentait que 5% des ventes de gros (11,2 millions), contre 95% pour le marché physique (208,1 millions). Le repli des ventes physiques se décompose en -6% pour les singles, -12% pour les albums et -29% pour les vidéos musicales, ce dernier segment étant revenu à son niveau de 2003. A ce propos, le SNEP note que "le marché de détail en magasins s'est fortement déconcentré : les volumes des 200 meilleures ventes d'album ont chuté de 44% en trois ans, soit deux fois plus fortement que l'évolution globale du marché des albums (-21%)". "Sur le haut du classement, les gros volumes que l'on pouvait faire, on ne les fait quasiment plus jamais", a souligné M. Lameignère, citant les ventes de "première semaine" des derniers albums de Patrick Bruel (environ 100.000) et Florent Pagny (40.000). "Ce sont des records historiques vers le bas", a ajouté le vice-président du Snep.
La variété francophone perd du terrain
Du point de vue des répertoires, la variété francophone perd du terrain (-23%). Mais la variété internationale frémit (+6%) tandis que le classique se redresse fortement (+24%, une hausse qui, de surcroît, n'intègre pas les labels distribués par Abeille Musique, donc les plus de 100.000 exemplaires vendus de l'intégrale Mozart de Brilliant Classics). Globalement, le Snep espère que ces chiffres trimestriels ne seront qu'un "accident conjoncturel". Les producteurs parient sur la numérisation croissante de leurs catalogues pour enrayer la crise: quelque 765.000 titres étaient délivrés aux plateformes à la fin mars 2006, soit un coefficient multiplicateur de 2,5 sur 15 mois.
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