Premier bilan de la loi contre les discriminations au travail

le 08 mai 2006 à 16h17 , mis à jour le 08 mai 2006 à 16h26

Cinq ans après l'adoption de la loi, le bilan est mitigé. Les procès concernent toujours largement des discriminations syndicales, les autres cas de discrimination (raciale, sexuelle...) parvenant peu devant les tribunaux. Mais en matière de sanctions, les juges hésitent moins à ordonner le rétablissement de la victime dans ses droits.

Le travail ne libère pas, il stresse © INTERNE

La loi contre les discriminations au travail du 16 novembre 2001, qui vise à faciliter le recours en justice des salariés, n'a guère eu d'effet sur le nombre de plaintes déposées pour discriminations ethniques ou sexistes, selon un premier bilan réalisé par des juristes. Lors des discussions au Parlement de ce texte qui aménage la charge de la preuve en faveur du plaignant, les opposants à la loi avaient prédit un "engorgement des tribunaux" et estimé qu'on allait "transformer l'employeur en bouc-émissaire". Cinq ans après, si le contentieux civil a légèrement augmenté, c'est principalement pour des plaintes liées à l'appartenance syndicale.

La loi de 2001 a étendu les motifs sanctionnables dans le code du travail (origine, sexe, appartenance syndicale ...) à l'orientation sexuelle, l'apparence physique, le patronyme, l'âge. Elle a bousculé les pratiques en aménageant la charge de la preuve. Jusqu'alors, c'était au salarié, en cas de litige, à prouver qu'il était victime de discrimination. Désormais, c'est à l'employeur de se justifier.

"La loi n'a pas permis de faire émerger toutes les discriminations"

Reste que, parmi les décisions de justice civile et pénale, analysées par Marie-Thérèse Lanquetin (Paris X) et Manuela Grévy (Paris I) dans un rapport réalisé à la demande du ministère du Travail, les discriminations syndicales sont largement prépondérantes. "Ce sont des procès menés souvent de façon collective, qui ont une visibilité, et les syndicats ont maintenant une grande maîtrise en ce domaine", explique Manuela Grévy. Elle ajoute : "La loi n'a pas permis, loin de là, de faire émerger toutes les discriminations qu'on pressent dans les entreprises, notamment raciales". Les procès en ce domaine restent peu nombreux. Les discriminations envers les femmes, concernant notamment les inégalités salariales, n'ont pas non plus profité de la loi. Les nouveaux motifs de discrimination sont "quasiment absents" des tribunaux.

Concernant les sanctions, le rapport souligne une petite évolution. Les juges au civil hésitent moins à ordonner, non plus seulement une indemnité, mais le rétablissement de la victime dans ses droits, avec rattrapage dans la hiérarchie de l'entreprise ou dans le salaire. En revanche, alors qu'elle a une valeur symbolique et une portée médiatique plus importante, la sanction pénale "est discréditée par l'insignifiance des peines prononcées", estiment les juristes.

Par ailleurs, les victimes de discrimination portent rarement plainte individuellement. Les affaires de discrimination ethnique par exemple sont soutenues par des associations anti-racistes. "Cela restreint leur nombre", estime Manuela Grévy, qui ajoute cependant que les syndicats "semblent commencer à monter au créneau sur les affaires concernant les femmes". La loi "n'est pas assez connue", affirme Patrick Aubert, au ministère du Travail (Direction des populations et migrations). Alors que se tient mardi une nouvelle réunion des partenaires sociaux sur la "diversité" au travail, Patrick Aubert estime essentiel de "sensibiliser syndicats, associations, conseillers prud'homaux, barreaux, pour que tous s'emparent de cette loi". La Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations), récemment mise en place, devrait, rappelle-t-il, jouer un rôle en ce sens.

Photo d'ouverture : archives

le 08 mai 2006 à 16:17
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4 Commentaires

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  • Catherine, le 10/05/2006 à 07h42

    Il y a une discrimination criante sur toutes les chaînes de télévision : la différence de couverture des jeux olympiques et celle des jeux paralympiques. A quand nos chaînes de télé devant les tribunaux ?

  • Patrick, le 09/05/2006 à 18h23

    Bonjour les dhr sont la pour licencier les gens et pas autre chose c'est eux les premiers fautifs et ensuite si la personne ne convient pas au poste pour lequel elle a etee embauchee soit on la change de poste soit on la licencie et la discrimination n'a rien a voir la dedans

  • Durand, le 09/05/2006 à 12h03

    La discrimination n'est pas dans le sens qu'on croit. Le communautarisme est à l'oeuvre partout. Les drh ont tendance à favoriser leur ethnie d'origine. Je l'ai connu. discyrimination positive mais un effort dans les 2 sens.

  • Pierre marie vallez, le 08/05/2006 à 20h35

    Quand un étudiant français n'a plus de place dans une branche qu'il a choisi, tout ça parce qu'il y a un quotat d'étrangers à respecter en priorité, comment on appelle ça??????

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