
Après l'annonce d'EADS vendredi de la fermeture prochaine du site de la Sogerma à Mérignac, en Gironde, les salariés de la filiale du groupe aéronautique ont exprimé lundi leur colère et leur incompréhension, face à cette décision qui suscite aussi la mobilisation des élus locaux. Encore sous le choc lundi matin, au retour de week-end, environ 200 salariés ont pénétré de force dans l'enceinte de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, qui jouxte leur entreprise, spécialisée dans la maintenance aéronautique civile et militaire. Le géant européen d'aéronautique et de défense EADS avait décidé vendredi, au cours d'une réunion de son conseil d'administration, "l'arrêt des activités déficitaires" de sa filiale en difficulté Sogerma, avec pour conséquence la fermeture du site de Mérignac, qui emploie un millier de salariés.
Déjà mobilisés depuis plusieurs mois pour essayer de sauver leur entreprise, les employés n'ont pas hésité à forcer un barrage de CRS. Après près de deux heures de sit-in sur le tarmac, les manifestants ont finalement quitté dans le calme l'aéroport. "On s'attendait à ce que les salariés montrent leur colère car on a été très choqués de l'annonce et eux aussi", a expliqué Philippe Lozano, délégué central CGT, précisant qu'il avait appris la nouvelle par les médias.
Lettre ouverte au Premier ministre
Dans une lettre ouverte au Premier ministre publiée lundi, le président du Conseil régional d'Aquitaine Alain Rousset (PS) s'est interrogé sur le "silence assourdissant de la part du gouvernement", tandis que le parti socialiste exprimait "sa solidarité". Lundi après-midi à Matignon, le Premier ministre Dominique de Villepin a affirmé que la fermeture de la Sogerma représentait "un sujet de préoccupation majeure pour le gouvernement". Il a également indiqué avoir demandé au ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo "de prendre contact avec la direction d'EADS pour trouver une solution pour chacun des salariés et rechercher tous les moyens de préserver ce site industriel".
A Mérignac, dans la matinée, une délégation de l'intersyndicale CFE-CGC-CGT-FO-CFDT avait rencontré la direction de l'entreprise. Deux cadres de la direction, dont le directeur des ressources humaines, avaient ensuite tenté de répondre à l'inquiétude du personnel en expliquant que la fermeture du site s'accompagnerait de reclassements au sein d'EADS. Une information en partie confirmée dans la journée par un porte-parole de l'entreprise, selon lequel plus de 500 reclassements ont été jusqu'à présent proposés au sein du groupe. "Nous entrons dans une phase de concertation, avec une réunion du comité d'entreprise le 23 mai", mais déjà, "Airbus et Eurocopter ont un besoin urgent de personnel" et "si certains employés sont d'accord, cela peut se faire très vite", a ajouté ce porte-parole.
Les emplois proposés en priorité aux salariés de Mérignac par une cellule d'information sont disponibles au sein du groupe EADS à Toulouse (Haute-Garonne), à Marignane (Bouches-du-Rhône) et "quelques dizaines" en Allemagne, a-t-il précisé. "Nous, on a des projets industriels et on va faire des propositions alternatives pour que l'établissement ne ferme pas", a indiqué de son côté le délégué CGT. Le PDG de Sogerma Services Anne-Marie Perus devrait s'exprimer devant le personnel mardi matin, a-t-il ajouté. Les syndicats espéraient aussi une mobilisation des élus locaux et des partis politiques pour intercéder en leur faveur auprès de l'Etat, actionnaire d'EADS.
Photo d'ouverture : manifestation de salariés de la Sogerma - DR
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