
Ce sera donc un mariage en bonne et due forme. Au terme de cinq mois de bataille boursière acharnée, Arcelor accepte l'offre, pourtant au départ hostile, de Mittal Steel. L'offre améliorée du numéro un mondial de l'acier a été approuvée dimanche à l'unanimité par le conseil d'administration du géant sidérurgique européen. Le prix de base par action a été relevé de 10% à 40,40 euros (contre 37,74 euros précédemment).
Autres concessions : Lakshmi Mittal accepterait de procéder à des cessions d'actifs considérés par Arcelor comme sous-productifs, notamment américains, et d'être minoritaire au sein du nouvel ensemble, au maximum 45% (certains évoquaient dimanche soir le chiffre de 43,4%), alors qu'il visait au départ la majorité. Et le nouveau groupe sera baptisé Arcelor-Mittal. En revanche, incertitude sur sa direction : alors que certains soutenaient dimanche l'hypothèse d'une simple vice-présidence du conseil de surveillance, sans fonctions exécutives, pour Lakshmi Mittal, d'autres sources proches du dossier affirmaient en soirée que Mittal prendrait la direction effective du nouvel ensemble.
La tentative Severstal
Exit donc le groupe russe Severstal, avec lequel Arcelor avait pourtant envisagé un mariage pour contrer les appétits de Mittal. C'était d'ailleurs officiellement pour trancher entre les offres Severstal et Mittal que les administrateurs d'Arcelor étaient réunis dimanche. Mais l'option Severstal avait déjà suscité l'hostilité d'actionnaires et d'administrateurs d'Arcelor, contraignant la direction à revoir sa position et à se retourner vers son rival Mittal Steel - après avoir tout fait pour repousser les avances du groupe indien, allant jusqu'à invoquer des différences culturelles rendant tout projet de rapprochement voué à l'échec...
Jusqu'à ces derniers jours, le patron exécutif d'Arcelor, le Français Guy Dollé, répétait que son groupe ne se marierait "jamais" avec son concurrent. Selon lui, Mittal et Arcelor n'habitaient "pas sur la même planète". "Tout oppose" les deux groupes, tant en termes d'aciers produits que de cultures et de gouvernances d'entreprises, avait-il martelé, insistant parfois maladroitement sur la nationalité "indienne" de Mittal. Surtout, Guy Dollé avait paru ulcéré par la manière dont Lakshmi Mittal lui aurait annoncé son projet d'OPA : "A l'apéritif, entre la poire et le fromage", à Londres en janvier puis par un message sur son téléphone portable.
Reste qu'au final, ce sont les actionnaires qui décideront, en acceptant d'apporter ou non leurs titres à l'offre de Mittal. Pour l'heure, ils sont les grands gagnants de cette guerre. Depuis le début des offensives, le titre est passé de 22 euros le 26 janvier, à la veille de l'annonce de l'OPA de Mittal, à 35 euros le 21 juin, et Mittal leur propose désormais plus de 40 euros. Les syndicats, eux, s'inquiètent. "Il y aura des restructurations, c'est sûr et certain, y compris en France. Tout l'argent qu'ils vont donner aux actionnaires, il va bien falloir le prendre quelque part, donc il y aura une recherche de gains de productivité", a estimé Patrick Auzanneau, délégué national CFDT, regrettant que les "financiers" aient "gagné", au détriment de l'industriel. La CGT d'Arcelor a déclaré pour sa part qu'il était "hors de question de cautionner" la "fusion purement financière" avec Mittal.
Photo d'ouverture : devant le siège d'Arcelor, dimanche, pendant le conseil d'administration - DR
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