L'arrachage est une "catastrophe"

Par Par Sophie LUTRAND, le 22 juin 2006 à 16h38 , mis à jour le 22 juin 2006 à 17h32

Alors que la Commission européenne a préconisé l'arrachage de 400 000 hectares de vignes pour réduire les problèmes de surproduction en Europe, plusieurs dizaines de professionnels ont manifesté jeudi après-midi à Paris contre ces recommandations. Pour le président de la FNSEA viticulture, "c'est une catastrophe".

viticulteur manif parisienne vinviticulteur manif parisienne vin © LCI

LCI.fr : La Commission européenne a recommandé l'arrachage de 400 000 hectares de vignes en Europe pour résorber la crise de surproduction. Est-ce la bonne solution ? 

Christian Gely* : Les propositions sont une catastrophe pour la viticulture française. La Commission est partie d'un constat erroné en disant que la consommation de vin est en baisse. C'est vrai en France et en Europe mais pas du tout au niveau mondial où la consommation augmente. Nous avons des stocks, signe de surproduction, puisque nous perdons des parts de marché. Le problème, c'est l'export. L'arrachage de 400 000 hectares de vigne, soit 12% de la surface vinicole européenne, n'arrangera rien. Cela va juste ouvrir le marché français aux pays du nouveau monde, alors que la pénétration est faible aujourd'hui. La grande distribution, qui représente 70% des ventes de vin en France, n'observe que 2% de parts de marché pour les pays tiers.

LCI.fr : Quelle solution vous satisferait-elle ?

Christian Gely : Nos vins sont mal adaptés à la consommation mondiale. Nous devons revoir notre marketing. Ce que nous avons privilégié les vingt dernières années, c'est-à-dire placer le plus de vins possibles en AOC (appellation d'origine contrôlée), n'est plus du tout ce qu'il faut faire aujourd'hui pour sortir de la crise. Le marché des AOC n'est pas en progression, contrairement aux vins du nouveau monde (Chili, Argentine, Australien, Californien, ndlr).

LCI.fr : Quelles peuvent être les conséquences d'une politique d'arrachage pour les viticulteurs français ?

Christian Gely : En terme d'emplois, on considère qu'un hectare de vignes équivaut à un emploi direct ou indirect (selon la Confédération paysanne, le ratio est d'un emploi pour 3 hectares, ndlr), ce qui pour la France, impliquerait la disparition de 80.000 à 100.000 emplois. Par ailleurs, cela poserait des problèmes environnementaux car les vignes sont sur des terrains secs et il n'est pas possible d'envisager d'autres cultures sur ces terrains.

LCI.fr : Que demandez-vous à la Commission ?

Christian Gely : Nous lui demandons de revoir sa copie et, plutôt que de détruire le potentiel français, d'aider les producteurs à gagner des parts de marché dans le monde et les entreprises à s'adapter à la nouvelle donne.

L'Etat à l'unisson avec les viticulteurs 

Le ministère de l'Agriculture a jugé "inacceptable" le projet de réforme de la Commission européenne "d'autant qu'il s'appuie sur une analyse partiellement erronée du marché, conduisant à des propositions mal adaptées". Pour le gouvernement, "il manque à ce projet le souffle et l'ambition dont la filière a besoin. Si certaines évolutions de l'OCM (Organisation commune de marché) actuelle sont nécessaires, plusieurs des alternatives évoquées par la Commission ne peuvent qu'être rejetées par la France".

* Christian Gély est le président de la commission viticulture de la FNSEA. Il participait à la manifestation contre les propositions européennes d'arrachage jeudi à Paris.

Par Par Sophie LUTRAND le 22 juin 2006 à 16:38
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12 Commentaires

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  • Jean, le 23/06/2006 à 15h00

    Il fut une époque ou certains viticulteurs voulaient entrer en bourse . Il y a encore très peu de temps , les viticulteurs se croyaient les champions du monde . Il y a une époque ou on aurait pu planter des vignes sur la place de la mairie , on l'aurait fait ! Maintenant d'autres pays font d'aussi bons vins , voir de meilleurs vins , à des prix très concurrentiels . Et voilà ces mêmes viticulteurs qui n'ont pas su s'adapter mais qui savent toujours demander des aides puisque le bon contribuable est là pour payer , s'insurgent contre des décisions européennes . Bien sûr , pour eux il est préférable de continuer à surproduire en réclamant chaque année des aides à l'état , donc aux imbéciles de contribuables que nous sommes tous .

  • Natasha, le 23/06/2006 à 14h49

    Apparemment les pays importateurs ne partagent pas l'avis de Marcel de Bordeaux. C'est la ou est le probleme....

  • Eric, le 23/06/2006 à 14h22

    Le cout de la surproduction de vin européen est estimé à 1 milliard d'euros de traitement (donc de dépenses somptuaires). Il est largement temps de mettre fin aux revendications d'un lobby qui plus personne ne soutient. Si le vin se vend mal c'est parce que plus personne n'en boit, je n'ai jamais vu un jeune de - de 25ans commander ou acheter du vin, c'est la fin d'une époque tant pis il faut passer à autre chose. Moi meme je ne bois pas de vin, pour autant je continue à payer des impots pour le traitement de la surproduction et pour les subventions des viticulteurs, arretez de faire payer aux contribuables les erreurs de gestion d'un lobby beaucoup trop protégé.

  • Philippe, le 23/06/2006 à 14h20

    Merci à Jean Yves de Lyon de nous apprendre que "le vin français, c'est de la piquette" mieux vaut entendre çà que d'être sourd. En revanche, le mal bien français, c'est de ne pas savoir vendre. Commençons par revoir notre système d'étiquettage pour les vins d'exportation, afin que les consommateurs des pays visés y trouvent les infos qu'ils cherchent. Et investissons dans une bonne équipe de vendeurs qui prospectent aux quatre coins de la planète!

  • Robert, le 23/06/2006 à 13h04

    Pour une fois la décision de la commission européenne est une bonne chose.Il y a beaucoup de trop vignes en France par rapport à la consomation, il ne faut pas céder une fois de plus face au lobby du pinard qui est qd meme un produit dangereux pour la santé.

  • Bazin, le 23/06/2006 à 11h53

    EN FRANCE ON NE SAIT QUE DIRE NON NON ET NON QUAND IL Y A CRISE IL FAUT UN REMEDE ET L'ARRACHAGE EST LE MEILLEUR ET LE BEST EST D'ARRETER LES SUBVENTIONS A L'AGRICULTURE. FINIT LA POULE AUX OEUFS D'OR

  • Martin, le 23/06/2006 à 11h17

    Oui c'est une catastrophe pour le monde viticole, par contre avons nous adaptez nos appellations et nos vignobles depuis 20 ans? dés lors que nous savions tous,depuis cette période que nous serions confronté à ce probléme.Voir INAO,ITV,Ministère de l'agriculture,les vignerons ont aussi profité d'années exceptionnelles sans rien réformer, ni prévoir l'avenir.aujourd'hui c'est l'évidence.

  • Marcel, le 23/06/2006 à 10h29

    Mais bon sang quittons cette Europe qui est aux ordres et à la botte des pays anglo-saxons. Toutes les décisions de Bruxelle vont dans le sens de dérouler le tapis rouge aux producteurs australiens et américains sur les cadavres des vignobles français. Excusez moi mais j'ai gouté des vins américains et australiens, rien à voir avec nos vins qui sont tout en subtilité alors que ces vins étrangers sont tout dans l'alcool. Bruxelle nous assassine et il y en a plus que marre... Refusons ces directives débiles édictées par des renégats.

  • J-Yves, le 22/06/2006 à 18h55

    Le marketing est une mauvaise excuse bien Francaise. Le vin francais est trop cher et c'est de la piquette. C'est un scandale que l'UE subventionne l'incompetance. L'UE ne propose pas d'aide aux petits commercants du coin. Le gars du coin, s'il ne vends pas, il ferme boutique. La regle doit etre la meme pour tous. Si le vignoble n'est pas rentable, qu'ils plantent des choux.

  • Bidou, le 22/06/2006 à 18h53

    Monsieur Gély a-t-il raison de dire que l'arrachage de 400000 hectares de vignes ne règlera rien ? J'aimerais qu'il ait raison et que l'on renonce à l'arrachage mais ce ne sera pas possible. Je suis un contribuable qui n'éprouve aucun plaisir à financer l'arrachage des vignes. Je serais plutôt partisan de la loi du marché : si le vin est bon et pas cher, la viticulture doit fonctionner. Mais je suis complice de ceux qui tordent le cou des viticulteurs : mon pays a décidé d'empêcher les travailleurs de travailler plus de 35 heures, il prélève des taxes exagérées sur le travail, sur le foncier, sur le carburant, sur le travail, sur la propriété et sur bien d'autres choses. Les machines et les ingrédients de traitement des vignes sont hors de prix, à tel point que nos viticulteurs gagnent à aller les chercher en Espagne. Ainsi, le prix de revient du vin est élevé et les concurrents sont favorisés. Je compatis au sort des viticulteurs mais je suis désolé de ne rien pouvoir faire pour eux hormis payer des subventions. La viticulture connaîtra le sort des mines de charbon.

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