viticulteur manif parisienne vin © LCILCI.fr : La Commission européenne a recommandé l'arrachage de 400 000 hectares de vignes en Europe pour résorber la crise de surproduction. Est-ce la bonne solution ?
Christian Gely* : Les propositions sont une catastrophe pour la viticulture française. La Commission est partie d'un constat erroné en disant que la consommation de vin est en baisse. C'est vrai en France et en Europe mais pas du tout au niveau mondial où la consommation augmente. Nous avons des stocks, signe de surproduction, puisque nous perdons des parts de marché. Le problème, c'est l'export. L'arrachage de 400 000 hectares de vigne, soit 12% de la surface vinicole européenne, n'arrangera rien. Cela va juste ouvrir le marché français aux pays du nouveau monde, alors que la pénétration est faible aujourd'hui. La grande distribution, qui représente 70% des ventes de vin en France, n'observe que 2% de parts de marché pour les pays tiers.
LCI.fr : Quelle solution vous satisferait-elle ?
Christian Gely : Nos vins sont mal adaptés à la consommation mondiale. Nous devons revoir notre marketing. Ce que nous avons privilégié les vingt dernières années, c'est-à-dire placer le plus de vins possibles en AOC (appellation d'origine contrôlée), n'est plus du tout ce qu'il faut faire aujourd'hui pour sortir de la crise. Le marché des AOC n'est pas en progression, contrairement aux vins du nouveau monde (Chili, Argentine, Australien, Californien, ndlr).
LCI.fr : Quelles peuvent être les conséquences d'une politique d'arrachage pour les viticulteurs français ?
Christian Gely : En terme d'emplois, on considère qu'un hectare de vignes équivaut à un emploi direct ou indirect (selon la Confédération paysanne, le ratio est d'un emploi pour 3 hectares, ndlr), ce qui pour la France, impliquerait la disparition de 80.000 à 100.000 emplois. Par ailleurs, cela poserait des problèmes environnementaux car les vignes sont sur des terrains secs et il n'est pas possible d'envisager d'autres cultures sur ces terrains.
LCI.fr : Que demandez-vous à la Commission ?
Christian Gely : Nous lui demandons de revoir sa copie et, plutôt que de détruire le potentiel français, d'aider les producteurs à gagner des parts de marché dans le monde et les entreprises à s'adapter à la nouvelle donne.
L'Etat à l'unisson avec les viticulteurs |
Le ministère de l'Agriculture a jugé "inacceptable" le projet de réforme de la Commission européenne "d'autant qu'il s'appuie sur une analyse partiellement erronée du marché, conduisant à des propositions mal adaptées". Pour le gouvernement, "il manque à ce projet le souffle et l'ambition dont la filière a besoin. Si certaines évolutions de l'OCM (Organisation commune de marché) actuelle sont nécessaires, plusieurs des alternatives évoquées par la Commission ne peuvent qu'être rejetées par la France".
* Christian Gély est le président de la commission viticulture de la FNSEA. Il participait à la manifestation contre les propositions européennes d'arrachage jeudi à Paris.
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