© DRQu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ? Pas sûr. Les viticulteurs français sont à la peine depuis plusieurs années et le seul prestige de leur vin ne suffit plus à maintenir leurs ventes. A l'étranger surtout où les vins français souffrent de la concurrence des vins du nouveau monde mais aussi auprès d'une clientèle jeune et peu oenophile. Les vins chiliens, italiens ou australiens sont plus "lisibles", plus simples que les français, selon Christophe Villelégier, directeur de la filière vin chez Casino.
Ils misent aussi sans complexe sur l'esthétique. Depuis quelques années, le caviste Nicolas consacre deux rayons entiers au vin de "nouveau monde". Ces bouteilles ont en commun des étiquettes plus colorées, plus modernes, parfois même flashy. "Cela séduit assez une clientèle jeune, les 25-35 ans", reconnaît Agnès Vivet, responsable d'un magasin Nicolas à Paris.
Concurrencer les sodas et les eaux
Pour autant, les vins étrangers représentent une part infime du marché français : 2% des ventes de vins en grandes surfaces qui, à elles seules, concentrent 70% des achats en France. Mais ces méthodes pourraient aider les producteurs français à conquérir de nouveaux clients.
"Les jeunes sont rarement des oenophiles et notre produit, frais, simple et sans prétention, n'est pas en concurrence avec des grands crus mais avec de la bière, des eaux ou des sodas", explique Christophe Palmowski, directeur marketing du vin Fruité Catalan. Lancé il y a tout juste un an, ce vin du pays de Roussillon a déjà été vendu à un million d'exemplaires, essentiellement en grande surface. Le produit a été créé ex-nihilo à partir d'enquête marketing afin de séduire une clientèle jeune et féminine.
L'étiquette fait vendre
"Les hommes vont dans les foires au vin mais le reste de l'année, ce sont les femmes qui font les courses", affirme le directeur marketing. Et pour ce dernier, en regardant l'étiquette, le consommateur doit déjà savoir ce qu'il va acheter et le goût auquel il peut s'attendre. "Comme pour les pizzas". De fait, les bouteilles de Fruité Catalan affichent la couleur : bouchon rose, papillon sur l'étiquette et grappe de cerises et de mûres pour suggérer les arômes... "On n'achète pas notre vin pour une grande occasion mais pour se faire plaisir au quotidien, entre copains, autour d'un apéro".
Le packaging et le design sont donc incontournables. Les fameuses "Petites récoltes" en sont l'illustration. Crée en 1990 avec des couleurs originales, sur les étiquettes une écriture "à la main" comme sur les pots de confitures, cette gamme est une réussite. "Nous vendions ces produits depuis longtemps mais sous des étiquettes plus classiques : le simple fait de changer l'emballage a fait grimper les ventes", constate Agnès Vivet. 
Décomplexer le client
L'originalité n'est cependant pas toujours récompensée. Nicolas a lancé il y a peu une collection intitulée "Grandes initiales" composée de Chardonay, Cabernet sauvignon, Pinot noir, Gamay... Les étiquettes sont transparentes et seules sont mentionnées les premières initiales des vins "Pi" pour Pinot, "Ca" pour Cabernet... "Ca ne marche pas, nous allons revenir à une étiquette plus classique. Les clients ont besoin d'avoir plus d'informations : le cépage, le millésime et la région au minimum", explique Agnès Vivet.
"Il faut décomplexer les clients", juge, lui, Christophe Villelégier. Pour conquérir de nouveaux clients et notamment les jeunes, l'enseigne mise sur des produits simples, conviviaux, véhiculant des notions de plaisir. Elle tente également, comme la plupart des enseignes, de donner des repères et de rassurer avec sa marque distributeur.
Le bourgogne n'est pas soluble dans le marketing
Les prestigieux bordeaux et autres bourgognes chics doivent-ils dépoussiérer leur image pour conquérir un nouveau public ? Pas sûr. "La clientèle est assez traditionnelle sur ces produits, elle risquerait d'être désorientée", explique la caviste chez Nicolas. "Les consommateurs ont surtout besoin d'être guidés, d'être aidés dans leur choix et l'étiquette ne suffit pas. Avoir quelqu'un en rayon, même si c'est un investissement, répondrait à une vraie demande", selon Christophe Villelégier.
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