© LCINoël Forgeard savait-il, lorsqu'il a vendu une partie de ses actions en mars dernier, que ces dernières risquaient de s'effondrer en raison de retards de livraison des A380 ? "Bien évidemment non", a assuré vendredi l'intéressé sur Europe 1. "Les problèmes de retard ont été mis sur la table courant avril et à la fin du mois de mai", a expliqué le co-président exécutif d'EADS, précisant que ces problèmes "apparaissaient pour beaucoup redressables".
"Le travail approfondi a abouti le 13 juin à un constat qu'on a publié le jour même", a-t-il ajouté. L'annonce de ces délais supplémentaires a immédiatement entraîné un décrochage de l'action de 26%, mercredi à la Bourse de Paris. "Qu'on laisse (mes enfants) tranquilles, ce n'est pas eux qui ont donné les ordres de Bourse, c'est moi qui les ai donnés", a ajouté Noël Forgeard "exaspéré" que ses enfants soient cités dans la presse.
"Une sonnette n'a pas fonctionné"
"L'A380 est un avion très compliqué, vue l'ampleur formidable du programme, il y a eu un goulot d'engorgement, et une sonnette d'alarme qui n'a pas fonctionné en temps opportun. C'est très tardivement que les équipes nous ont informés que la file d'attente avait pris une longueur telle" qu'il y aurait des retards, a-t-il dit. Mais il a aussitôt précisé qu'aucune commande d'A380 n'avait encore été annulée. Quant au retrait partiel de Lagardère et de DaimlerChrysler du capital d'EADS, autre élément susceptible de faire baisser les titres, le patron affirme n'en avoir pris connaissance que le 20 mars, soit quelques jours après avoir lui-même vendu ses actions.
DaimlerChrysler, premier actionnaire du groupe aéronautique EADS, affirme lui aussi avoir ignoré les retards de livraisons de l'A380 quand il a vendu des titres en avril dernier. Le constructeur automobile a vendu, en même temps que Lagardère, une part de 7,5% d'EADS, descendant ainsi à 22,32% du groupe aéronautique.
Tollé syndical et politique
Cette controverse, qui intervient un mois après l'annonce de la fermeture de la Sogerma, filiale d'EADS à Mérignac, a provoqué un tollé chez les leaders syndicaux et dans l'opposition. Le patron de la CFDT, François Chérèque, s'est déclaré "extrêmement choqué", reprochant au dirigeant du groupe de "se faire de l'argent sur les difficultés de l'entreprise". Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a dénoncé les "attitudes de responsables d'entreprises qui dépassent tout entendement sur les règles de leur rémunération". Pour le président de la CFTC, Jacques Voisin, le comportement du dirigeant d'EADS "frise la provocation" et apparaît "comme du mépris" pour les salariés. Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, s'est déclaré "inquiet des annonces successives relatives à EADS", qui risquent de "fragiliser le secteur essentiel de l'industrie aéronautique".
Dans le monde politique, le premier secrétaire du PS François Hollande, s'est dit "choqué" par le comportement de Noël Forgeard et a demandé au gouvernement de dire "s'il lui accorde encore sa confiance". De son côté, le député des Landes Henri Emmanuelli a annoncé que les membres socialistes de la commission des finances allaient demander la transformation de cette instance en "commission d'enquête" sur EADS.
L'AMF dit enquêter "depuis plusieurs semaines" sur le titre EADS L'Autorité des marchés financiers (AMF) a indiqué vendredi dans un bref communiqué qu'elle enquêtait "depuis plusieurs semaines sur le marché du titre EADS". "Les événements les plus récents seront examinés dans le cadre de cette enquête", a-t-elle seulement précisé. Cette enquête était notamment réclamée par l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam).
(Image d'archive : Noël Forgeard)
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